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Ticomix, croquer la vie
Coûte que coûte, l’aventure doit se poursuivre. Sur le papier, des traits qui égratignent le grain, à coup d’urgence de créer. Pas besoin d’être ressemblant. Se nourrir à la mine de nouveaux crayons. Et pour cela, la bande de Ticomix n’a pas eu peur de descendre au charbon.
Montage financier, rouages de l’imprimerie, tournée des parrains potentiels ; autant d’univers qui se tenaient – jusqu’à tout récemment – aux antipodes de ceux imaginés par les bédéistes, dans le confort de leur chambre. Dans les cases, les personnages se bousculaient. Les bulles explosaient sous le poids de dialogues parfois caustiques, parfois drôles, parfois plats, avouons-le.
Mais ce n’est pas là l’essentiel. L’important est de persévérer, ce qu’ils ont fait. La dizaine de bédéistes, sous la bannière de Ticomix, a officiellement lancé la troisième édition de son magazine la semaine dernière. En couleur s’il vous plaît.
À la place d’honneur : Evan Sohun, qualifié de révélation du concours de BD de l’Alliance Française en remportant le prix spécial de l’ambassade de France. Il assistera au festival international de BD, Quai des Bulles à Saint Malo.
Une distinction qui lui vaut d’occuper l’ouverture de la revue avec cinq scénarii, d’une page chacun. De La monnaie zété à Zino chez le longanist, le “crayon très prometteur ” partage son sens de l’humour décalé avec les lecteurs.
D’une histoire à l’autre, se promène un quidam d’un comique extraordinaire. Un gars qui nous ressemble, un concentré d’humanité dont le crayon du bédéiste exagère les défauts à loisir pour mieux faire ressortir la bêtise. La loi des séries est immuable. Evan Sohun utilise ceux du personnage récurrent, en sa faveur. Cigarettes au bec, les mains dans les poches, son quidam est un véritable reflet du miroir : toujours prêt à dégainer une blague ou une injure, il ne manque pas de nous rappeler le quotidien.
Les traits sont pointus, le tracé rapide, mais c’est là une fausse apparence d’urgence. Tout est calculé. L’escalier qui zigzague, les bâtiments qui penchent, la corde à linge tendue à un angle surréaliste, les affiches gribouillées. La fausse impression de rapidité trahit le souci du détail d’Evan Sohun. Une attention particulière visible dans les affiches gribouillées placardées au mur dans La monnaie zété.
Mention également de l’utilisation de l’ombre étudiée pour donner de la profondeur aux dessins. C’est sa manière de mieux nous attirer dans son monde. Nous garder prisonnier de l’histoire, le temps que les cases défilent devant nos yeux.
Que dire de la profusion d’onomatopées qui nous projette dans un univers du bruit urbain où les “Tuiiite”, et les “Grrr”, ont fonction de parallèle spatio-temporel face aux “Merde”, et autre “Fais chier”, qui accentue le sentiment que nous avons de suivre un auteur accessible à tous, un auteur qui nous ressemble. Finalement de suivre l’un d’entre nous.
Ce qui ne nous empêche pas d’être sensibles au choix de Dominique Virasamy qui a préféré faire paraître Les survivants de l’espace en noir et blanc alors même que la revue se vante d’être en couleur. De la manga de John Paul Koo aux dessins ultra fignolés de Darmaraja Soorana, des rencontres fantasques orchestrées par Sébastien Tahucate – imaginez donc Saint Pierre, Hitler et Jésus à la porte du paradis – nous ne pouvons que nous réjouir et attendre impatiemment le prochain numéro.
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