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Thaipoosam Cavadee à la gloire de Muruga
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Thaipoosam Cavadee à la gloire de Muruga
C?est le propre des fêtes religieuses. Il y a une légende. Une légende qui fonde une foi. Cette foi qui est l?ultime but de son existence. Pour le Cavadee, on retrouve le personnage d?Idumban (l?Orgueilleux). Son guru, le sage Agattiyâr, lui demande de se rendre au mont Kaïlash et de ramener les sommets de deux montagnes voisines. Idumban s?y rend avec sa femme et exécute la requête du sage. Il attache les deux sommets aux extrémités d?une palanche (cavadee) et se met en route.
Mais Idumban est fougueux. Et là où Dieu veut le récompenser pour sa prouesse et sa détermination spirituelle, le malheureux voit la nouvelle épreuve comme une provocation et finit par perdre sa vie. Cependant, après les invocations de ses proches, il revient à la vie. C?est ainsi que naît le symbolisme du cavadee. Tous ceux qui porteront le cavadee jusqu?au temple obtiendront la grâce de Dieu.
La voie de Dieu n?est pas toujours celle qu?on choisit. Elle est souvent parsemée d?épreuves. Celui qui ne renonce pas, celui qui a le courage de surmonter ses frayeurs et ses limites, celui-là obtiendra le mérite suprême.
Le Thaipoosam Cavadee est, depuis, célébré après dix jours de carême. Pendant ces dix jours, nos compatriotes tamouls jeûnent et prient. Dix jours pour transcender son corps et élever son esprit. Le jour du Cavadee, un poteau est érigé près du temple. Connu comme le naktal, ce poteau marque le passage sacré vers Dieu.
«Le Cavadee est un enseignement fondamental chez les tamouls. Comme Idumban qui se croyait invincible, l?être humain se laisse souvent porter par son ego. La force physique et les premières expériences spirituelles ne font pas de nous des surhommes.»
Pour tous ceux passionnés de culture et de religion, le moment marquant du Cavadee se passe le dixième jour. C?est à ce moment que des pénitents et des dévots se font implanter sur le corps un certain nombre d?aiguilles en forme de Vel. La cérémonie se tient près d?une rivière ou de la mer. Là, des tamouls, en présence de la statue divine de Muruga, auront le corps transpercé de Vels. L?implantation des aiguilles d?argent symbolise le v?u de silence. C?est le grand symbole de la victoire du bien sur le mal. Mais on croit aussi que les aiguilles d?argent favorisent le flux d?énergie solaire dans son corps.
Ce matin donc, les dévots et ceux qui se seront fait implanter des aiguilles, porteront le cavadee et se dirigeront vers le temple en se rafraîchissant le corps, surtout avec la marche à pieds nus sur le bitume, grâce à des aspersions d?eau. Les dévots seront particulièrement heureux de recevoir, sous forme de bénédiction divine, des gouttelettes de lait qui se trouvent dans les sembou.
La célébration n?est pas pour autant terminée. Une fois la prière matinale complétée, nos compatriotes tamouls reçoivent les parents, amis et proches chez eux pour un recueillement. Les jours suivants, les rituels se poursuivront. Tous visent la purification de l?âme. On relève, entre autres, le lever du drapeau, l?attache du cordon safrané au poignet des fidèles prenant part à la pénitence, aux représentations divines...
Le Cavadee est un enseignement fondamental chez les tamouls. Comme Idumban qui se croyait invincible, l?être humain se laisse souvent porter par son ego. La force physique et les premières expériences spirituelles ne font pas de nous des surhommes. Il est encore moins conseillé de se croire plus grand que son guru. Le dieu Muruga apprit à Idumban qu?il y a des frontières qu?on ne franchit pas.
En fin de compte, la quête ultime de l?homme est l?humilité. C?est un enfant de six ans qui défit Idumban. L?innocence divine vint à bout de l?orgueil terrestre.
Imbus d?un profond sentiment de joie
Tel est le parcours qu?empruntent les tamouls pendant les dix jours qui précèdent le Cavadee. Ce n?est pas seulement dix jours de jeûne. Dès le premier jour, le fidèle participe à la cérémonie du «Codhi ettram» au temple. Les prières prendront fin avec le «codhi irraka», le lendemain de la fête. Le jour de la fête, le fidèle ne consommera de nourriture que dans l?après-midi.
En prévision du Thaipoosam Cavadee, les Mauriciens tamouls réalisent un grand nettoyage de leurs maisons et se font préparer des vêtements neufs. Pendant dix jours, ils auront aussi accompli le jeûne, ne consommant que des aliments préparés à la maison et sans chair animale. Ils dormiront sur de fins tissus à même le sol et n?auront pas de rapports sexuels.
Le jour de la fête, la maison est parfumée et décorée de fleurs, une prière est dite devant l?autel en l?honneur de Muruga mais aussi des aînés qui ne sont plus de ce monde. Les dévots se lèvent tôt et prennent leur bain. Les hommes porteront le «vesti» ou «dhoti», les femmes le sari et les petites filles le pavaday, longue jupe traditionnelle. Les fidèles se rendent ensuite à la rivière où après une prière et l?immersion, ceux portant le cavadee se font transpercer certaines parties du corps avec les vels, fines aiguilles en argent.
Les fidèles se dirigent ensuite vers le temple, ceux ne portant pas de cavadee suivent la procession. Durant tout le trajet et même après, les fidèles chantent et dansent en hommage à Muruga. Ils sont imbus d?un profond sentiment de joie, l?«anandhum», soit une paix suprême. Au temple, une prière est dite et le lait porté par les dévots sur leur cavadee est déversé sur la statue de Muruga en signe d?offrande. Par la suite, les dévots rentrent chez eux et rompent le jeûne en famille. La visite aux proches ou l?accueil des parents chez soi est un rituel incontournable, comme pour toutes les fêtes. On offre ainsi à manger des repas à base de légumes, les «sept caris».
Il est bon de savoir que le Cavadee est célébré à n?importe quel moment de l?année. C?est à la discrétion du fidèle qui peut ainsi choisir de témoigner sa foi en son Dieu. A Maurice, outre le Thaipoosam Cavadee, célébré en janvier ou début février, il y a deux autres Cavadee : le Sittirai et le Panguni Uttiram.
Une fête prend ainsi fin. Mais la quête de la pureté se poursuit pour chaque croyant. Dieu leur aura fait traverser des épreuves. Mais Dieu indique aussi la voie. Ceux qui se purifient le c?ur se donnent la possibilité de l?entendre et de prendre son chemin. Pour rendre l?hommage qui se doit à Muruga.
L?IMPLANTATION DES «VELS»
■ Se faire implanter des aiguilles d?argent, connus comme des «Vels», est le processus cathartique que subissent les tamouls durant le Cavadee. Différentes parties du corps du pénitent sont ainsi transpercées dont la langue, les joues ou le dos avec de fines aiguilles. Le dévot attend toujours ce moment où il sent une vibration. Une vibration qui pourrait même lui ramener une larme de joie. Ce moment extatique où il sent une proximité avec Dieu. Généralement, c?est la langue qu?il se fait piquer. Mais le pénitent peut aussi choisir de se faire implanter des aiguilles dans d?autres parties du corps. Le recueillement et la prière sont les deux voies qui lui permettront de ne pas sentir des douleurs au moment de l?implantation. Ramener toute sa pensée à Muruga, à sa foi en une forme de vie divine qui transcende la douleur humaine, ce sont les moyens qui vont lui permettre de se faire piquer autant que se faire retirer les aiguilles sans ressentir de la douleur. C?est de Muruga que vient la force.
LES TAMOULS
■ La «Thaipoosam Cavadee» participe à la richesse et la mosaïque religieuses et culturelles de Maurice. Comme pour les autres communautés religieuses de l?île, les tamouls également ont ramené une tradition de l?Inde. Le Cavadee est, en effet, une tradition millénaire dravidienne du sud de l?Inde. C?est un exercice de purification qui touche tous les tamouls, surtout les pénitents. Dès le milieu des années 1850, les tamouls de l?île vont construire leur premier temple. C?est aujourd?hui, une culture riche et fortement ancrée dans la construction de l?identité mauricienne. Initialement, les premiers tamouls viennent au début du XVIIIe siècle des régions comme Pondichéry, Karikal, Yanaon ou encore le Bengale. Depuis, les tamouls vont se consacrer à se construire un espace sur le sol mauricien. Ils n?oublieront pas non plus d?affirmer leur appartenance à la religion. La célébration du «Thaipoosam Cavadee», pour sa part, se tient lorsque l?étoile Poosam coïncide avec la pleine lune au mois de Thai.
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