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Terreur point com, vous n?irez plus surfer sur le net

21 août 2003, 20:00

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Il y a eu la cassette vidéo hantée de Ring, célèbre film du japonais Hideo Nakata (d?abord dans une première version en 1981), dès les premières années de l?arrivée de la vidéo dans les foyers. L?idée d?un site Internet hanté date probablement de l?année où tous les ordinateurs du monde ont été connectés en un gigantesque réseau, à moins qu?elle ne date de l?année du remake du film de Nakata. En tous cas, on aurait souhaité voir Terreur.com aussi inspiré. William Malone, le réalisateur, ou plutôt le coupable, aurait comme titre de gloire le fait d?avoir conçu le masque de Jason, le tueur de Halloween, nous dit le dossier de presse.

L?accessoire ressemblant étonnamment à un masque de Hockey sur glace, on peut dire que cela ne relève pas véritablement du coup de force. En plus, le seul et unique film précédent de William Malone (un remake de La Maison de L?Horreur de William Castle) n?a pas été une réussite.

?Vous n?irez plus surfer sur le net? ?, dit la bande-annonce . On pourrait, en réponse à cette affirmation on ne peut plus gratuite, afficher la plupart des commentaires recueillis sur ce film. Non seulement les afficher mais en plus, les réunir en une sorte de paraphrase de la fameuse tirade de Cyrano de Bergerac. Il est vrai que l?art est difficile et que la critique est aisée, aisée au point que ceux et celles qui la font s?affairent le plus souvent à montrer à quel point ils y sont à leur aise. Mais il n?en demeure pas moins que Terreur.com est un mauvais film ? avec cependant quelques passages qu?on pourrait qualifier de brillants.

Morts mystérieuses

D?abord, un citoyen ordinaire, puis deux punks allemands et après, le directeur du Département de la Santé. Ce sont les cadavres qu?on retrouve dans une grande ville non spécifiée d?un pays non mentionné. Les trois ont les yeux qui saignent et semblent porter les stigmates d?une terreur absolue. Ces gens apparemment n?ont rien en commun, mais comme on s?y attend vu le titre du film, ils se sont tous connectés à un site qui tue : terreur.com. ?Le genre de sujet qui, laissé entre les mains de n?importe qui, devient vite n?importe quoi?, dit un critique. Du point de vue du scénario, cela devient effectivement n?importe quoi et le spectateur y a droit. A commencer par la demoiselle du Département de la Santé/ Natasha McElhone qui reste dans l?histoire alors qu?il est très vite établi que ces morts mystérieuses ne sont pas dues à une épidémie, et que donc, son département n?est plus concerné par toute cette histoire. Elle reste uniquement dans le but d?entamer une liaison avec le policier chargé de l?enquête, Stephen Dorff, ou encore de sauver la situation à la fin lorsqu?ils se retrouvent tous prisonniers dans le repaire de l?affreux et que tout paraît perdu.

Il y a aussi cette facilité plus que déconcertante avec laquelle le tueur en série (Stephen Rea, vu dans The Crying Game, mais définitivement moins crédible ici) parvient à attirer sa victime, une jeune fille tout à fait normale, dans son repaire situé au c?ur de ce qui ressemble à une zone industrielle désaffectée. Cela après les heures de bureau, rien qu?en lui parlant de faire du cinéma. Il y a encore ? sans qu?on ne sache ni comment ni encore moins pourquoi (sinon que le scénariste devait lorgner du côté de Ring)? Natasha McElhone qui se rend dans un quartier sordide pour plonger avec son manteau (peut-être par peur qu?on ne le lui vole) dans les eaux croupies d?un canal pour repêcher le cadavre de la toute première victime. Le tout sans assistance policière, ni véhicule de la morgue pour le transport du cadavre. Et, on pourrait ainsi remplir toute cette page, les invraisemblances étant suivies d?absurdités, elles-mêmes entrecoupées d?inepties.

Il s?agit véritablement d?un naufrage et il est assez probable que la faute incombe à la co- production. Il a été noté dans le passé que ces productions multinationales résultent parfois en des sous-produits, les compagnies productrices tendant à établir leurs critères selon des moindres dénominateurs communs au ?spectateur type? de leur pays ou de leur clientèle habituelle, et optant pour un scénario dont la compréhension sera à la portée de ce spectateur qui, en fait, n?existe que dans leurs dossiers.

Atmosphère oppressante

On ne peut donc imputer cette catastrophe scénaristique au réalisateur, mais on peut en revanche lui reprocher le fait que les acteurs jouent sans aucune direction, parfois au bord de la caricature. Tous, sans exception, jouent chacune de leurs scènes plus ou moins (on le devine), comme ils la sentent, et ils n?ont pas l?air de bien la sentir. On peut les comprendre : d?abord parce qu?on devine qu?ils doivent avoir bien du mal à situer leurs personnages respectifs au milieu de tout ce fatras. Ensuite parce que les dialogues qui leur sont confiés ne quittent leur niveau général de nullité que pour aller flirter avec celui de la psychologie de bazar.

Toutefois, au beau milieu de cette débandade, il y a ce qu?on pourrait appeler des îlots de résistance héroïque. Ce sont ces images de cette ville non spécifiée, ville sinistre toujours montrée par temps couvert et paraissant en état de délabrement général, que ce soit dans son centre urbain ou dans sa périphérie industrielle. Il y a aussi ces intérieurs (bureaux, escaliers et couloirs d?immeubles, appartements, etc.) qui baignent dans une perpétuelle pénombre. Le tout dégage une atmosphère qui est assez oppressante. Certains critiques ont parlé d?allusions à Dark City (Alex Proyas, 1998), en fait, William Malone (à moins que le mérite ne revienne uniquement qu?à son directeur de la photo) a su là recréer celle de certains grands films du cinéma allemand des années 20; celui de G.W. Pabst (Loulou, 1929), de Fritz Lang ? comment ne pas penser au Docteur Mabuse de 1922 ? ? et surtout celui de F.W Murnau. Car, il y a bien des moments qui évoquent Nosferatu, et contrairement à ce qu?on pourrait imaginer, ce ne sont pas lors des scènes de torture. Celles-ci d?ailleurs, ne sont des allusions d?aucune sorte, mais on peut les considérer comme réussies dans la mesure où elles se déroulent sans effets sanguinolents ni apologie: tout simplement de jeux d?éclairage (et d?obscurité) quelques effets sonores et une certaine distanciation dans la réalisation. Alors, comme l?a dit un critique, ?? l?horreur née d?un malaise bien réel s?installe chez le spectateur et le prend à la gorge? ?. C?est très efficace.

Cela dit, même avec quelques passages brillants, il n?est pas question ici d?inciter les lecteurs à se déplacer pour aller voir ce qui reste un mauvais film. Seulement, pour toutes les raisons citées plus haut, Terreur point com peut être considéré comme surprenant dans ses contradictions, son mélange de nullité et de moments où on frôle le génie, etc., Alors, si vous êtes du genre à pouvoir regarder un film d?une heure et quarante minutes en faisant abstraction de 80 minutes d?idiotie, le reste valant le détour, alors ce film pourrait vous satisfaire.

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