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Tchernobyl 20 ans après
<B> Plus de 16 000 morts ? </B>
Combien de morts ? Vingt ans après la catastrophe qui a frappé la centrale nucléaire de Tchernobyl, l'évaluation des dommages humains qu'elle a provoqués suscite une très vive polémique scientifique. En avril, plusieurs études importantes mais contradictoires ont été publiées : rapport de l?Organisation mondiale de la santé (OMS), rapport TORCH (The Other Report on Chernobyl), rapport de Greenpeace, études du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). A quoi s'ajoutent d'autres études de chercheurs, des colloques à Berlin, Kiev et Minsk, et des analyses de groupes antinucléaires et pro nucléaires.
Cette cacophonie pourrait laisser penser que le bilan est impossible. En fait, on peut discerner le coût humain de la catastrophe, à condition de comprendre les enjeux politiques de l'atome qui ont gêné la recherche scientifique, mais aussi les difficultés de méthode qu'elle rencontre.
<B>Dans leur chair </B>
Les célébrations pour marquer l?événement ont donné lieu à une nouvelle réflexion sur les mesures de sécurité et de nombreuses personnalités se sont prononcées pour une approche commune.
Mohamed ElBaradeï, directeur général de l?Agence internationale de l?énergie atomique (AIEA), a ainsi lancé un appel à la coopération ?au moment où nous assistons à un développement de l?énergie nucléaire pour répondre à la demande croissante d?énergie dans de nombreuses régions du monde.?
Le président américain George Bush a quant à lui rendu hommage ?à ceux qui ont perdu la vie et aux communautés meurtries?, et a réaffirmé ?l?engagement des États-Unis en faveur des initiatives en cours pour améliorer la sécurité de Tchernobyl par le confinement de son réacteur?. ?Ceux qui ont travaillé ici n?ont pas pensé à eux, ils ont compris que la catastrophe devait être enrayée, quel que soit le prix?, a souligné son homologue russe, Vladimir Poutine, qui a décoré mardi à Moscou plusieurs ?liquidateurs?.
Au Vatican, le pape Benoît XVI a rendu hommage aux victimes et déclaré que les responsables de la planète devraient faire en sorte que l?énergie soit sûre et serve à des fins exclusivement pacifiques. ?Nous prions aujourd?hui pour les victimes d?une calamité de cette ampleur et pour ceux qui portent toujours les cicatrices dans leur chair?, a-t-il dit.
<B>Le poids des lobbys</B>
Dès les premières semaines suivant l'accident, son interprétation a été prise en charge par l'AIEA (Agence internationale pour l'énergie atomique). Créée en 1956, l'Agence a pour mission, selon l'article 2 de ses statuts, de promouvoir l'énergie atomique. En août 1986, elle organisa une conférence à Vienne pour tirer les premières leçons de l'accident. La délégation soviétique présenta un rapport concluant que la radioactivité due à la catastrophe occasionnerait 44 000 morts supplémentaires par cancer parmi les 75 millions d'habitants des régions concernées. Une estimation critiquée par les experts occidentaux, comme le raconta le journal Science du 12 septembre 1986. La conférence conclut à une estimation près de dix fois inférieure. Par la suite, le rapport soviétique disparut de la circulation officielle.
De son côté, l'OMS est restée silencieuse "Nous n'intervenons qu'à la demande des gouvernements", souligne Gregory Hartl, porte-parole de l'OMS. Moscou, qui souhaitait tourner la page au plus vite, préférait traiter avec l'AIEA, très conciliante : "Même s'il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une source d'énergie intéressante", déclara ainsi Morris Rosen, un responsable de l'AIEA.
Les Etats concernés ne sont pas plus enclins que l'Agence à faire la lumière. En URSS, toutes les informations sur la catastrophe restèrent, pendant des années, un secret d'Etat. Il fallut attendre 1989 pour qu'elles soient déclassifiées. Pendant deux ou trois ans, les scientifiques purent alors débattre librement de ses conséquences. Puis l'effondrement de l'URSS enterra la discussion. D'autant qu'une des structures les plus solides de l'Etat russe en déliquescence, le ministère des affaires atomiques, n'avait guère intérêt à ce débat. Quant à la Biélorussie, Etat le plus touché, le régime autoritaire de Loukachenko y limita à partir de 1994 les discussions sur le sujet. "L'Etat, qui cherche à diminuer les dépenses, est tout content d'entendre dire par les médecins du ministère de la santé que tout va bien", explique le physicien biélorusse Vassili Nesterenko.
Les difficultés méthodologiques</B>
Mais le souci politique de minorer l'impact de la catastrophe n'explique pas seul la difficulté de l'analyse. Le problème scientifique est de distinguer la mortalité due à la radioactivité des autres causes. Les spécialistes de la radioprotection raisonnent selon le principe que toute dose supplémentaire de radioactivité est nuisible, même si cette dose est très faible. A partir de là, la manière la plus simple de procéder est d'examiner les populations exposées et de les comparer à d'autres, non exposées.
Mais en raison de l'effondrement de l'Union soviétique, le système de santé s'est beaucoup dégradé dans les pays concernés : on ne dispose plus de registres de mortalité et de morbidité très fiables, et on a perdu la trace de beaucoup des personnes les plus exposées, les liquidateurs (ces hommes envoyés de toute l'URSS pour nettoyer le périmètre irradié). Diverses études de ces pays conduisent ainsi Greenpeace à dresser un bilan atteignant 93 000 morts par cancer. Les chercheurs occidentaux contestent toutefois la fiabilité de ces analyses. La même question se pose sur la fiabilité de l'enregistrement des doses radioactives ayant touché les individus.
Des centaines de personnes ont déposé des fleurs et des cierges dans les ruines de la centrale de Tchernobyl, à l?occasion du 20e anniversaire de la plus grande catastrophe de l?histoire du nucléaire.
Elle se sont inclinées devant le mur où sont gravés les noms des membres de la caserne de pompiers de cette localité d?Ukraine, arrivés les premiers sur les lieux le 26 avril 1986, peu de temps après l?explosion, à 01h23 (22h23 GMT le 25), du réacteur numéro 4 de la centrale.
Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a déclaré que l?heure était désormais venue de cicatriser les plaies.
?Après vingt ans de souffrance et de peur, cette terre doit connaître le progrès. L?hébétude dans laquelle nous a plongés Tchernobyl a pris fin. Nous sommes un peuple fort et brave et nous regardons vers l?avenir?, a-t-il déclaré.
Dans la nuit, à la lumière des cierges, plusieurs centaines de personnes avaient défilé dans les rues de Slavoutitch. La ville édifiée pour abriter les sinistrés s?est figée dans une minute de silence ponctuée par les sirènes d?alarme et le tocsin.
<B>Greenpeace manifeste à Moscou</B>
Une poignée de militants de l?ONG de défense de l?environnement Greenpeace ont manifesté sur la place Rouge à Moscou à l?occasion du 20e anniversaire de la catastrophe nucléaire civile de Tchernobyl. Treize jeunes militants écologistes, arborant des tee-shirts jaunes portant chacun une lettre et disant globalement ?Non à Tchernobyl?, se sont enchaînés aux grilles de la cathédrale Saint-Basile avant d?être emmenés par des agents en civil qui ont utilisé des cisailles pour les libérer. Les policiers, qui portaient des vestes en cuir, ont également éconduit les photographes et cameramen filmant la scène. La centrale de Tchernobyl se trouvait, à l?époque de l?explosion de son réacteur n°4, sur le territoire de l?Union soviétique dont faisait partie l?Ukraine. La Russie compte toujours onze réacteurs en activité du type de celui qui a explosé à Tchernobyl et projette de construire d?en construire 40 supplémentaires. En 1986, les autorités soviétiques avaient mis 48 heures pour se résoudre à informer le monde et leur propre population de la catastrophe.
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