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Tana baigne dans l’air des lampions

28 juin 2006, 20:00

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Tout le monde se prépare à fêter dignement la fête nationale : l’état qui organise les cérémonies officielles, les enfants qui attendent des jouets scintillants ou illuminés, les parents qui préparent le festin traditionnel et surtout les commerçants qui profitent de l’occasion pour mettre sur le marché d’autres variétés de produits. Les rues sont assiégées par une foule bruyante.

À Ambohijatovo, des enfants et des adolescents, marchands occasionnels, courent après les véhicules, pour proposer à leurs passagers des drapeaux de différentes tailles, qui claquent joyeusement au vent. La même scène se remarque dans d’autres quartiers. “Il est plus rentable de se déplacer d’un endroit à l’autre que de s’installer à une place fixe, parce que les gens n’ont pas toujours le temps de faire des courses”, explique Richard, un professionnel de ce marché.

Les prix du drapeau varient, évidemment, suivant leur taille, entre 1 000 et 15 000 ariary, voire plus. “Nous ne connaissons pas leurs mesures. Comme revendeurs, nous nous contentons de les proposer aux clients”, déclare notre interlocuteur.

Une vente toujours à la va-vite</B>

Puisque la vente se fait au milieu des embouteillages, l’opération se fait toujours à la va-vite.

Pourtant, certains marchands s’installent dans un coin.“En fait, généralement, nous vendons d’autres produits, et les drapeaux ne sont que des articles d’appoint périodique.” Noro, une commerçante des pavillons d’Analakely, espère ainsi que les passants recourent à son service.

La couture est aussi une des activités mobilisées par la préparation de la fête de l’Indépendance.En bordure Est des pavillons d’Analakely, Marie et ses deux brus sont accaparées par les machines à coudre. Elles confectionnent des drapeaux, “sur commande”.

À côté des marchands de drapeaux, les vendeurs de lampions agencent bien leurs produits pour les mettre en valeur.

Des lampions en accordéon, ronds ou ovales, en forme de losange ou d’hexagone, décorés de divers dessins et rehaussés par différentes couleurs, criardes souvent, sont suspendus sous les parasols, un peu partout dans la ville : autour des pavillons d’Analakely, à l’extérieur des épiceries et même dans quelques stations-service. Cela donne une image très gaie à la cité.

Devant une table surchargée de lampions, s’assoient Mihary et deux amies, leurs béquilles à portée de main. “La confection figure parmi les activités lucratives de notre association”, précisent-elles. Elles sont membres de la branche de l’Action pour le progrès des handicapés de Madagascar, à Sabotsy-Namehana. “Pour pouvoir fonctionner, nous faisons un emprunt à rembourser après le 26 juin”, précise Olivier Rakotosolofo, président de l’organisation.

Les trois jeunes femmes écoulent en moyenne 40 pièces par jour à 800 ariary l’unité. Un peu plus loin, un couple vend les mêmes produits en utilisant la malle de leur voiture comme étal. “C’est juste une activité temporaire. Et comme nous n’avons pas de magasin, nous essayons de nous arranger avec ce que nous avons”, déclarent Fidy et sa femme qui confectionnent eux-mêmes leurs articles. La fête nationale des Malgaches se célèbre, enfin, avec des produits chinois : les pétards, les feux d’artifice et même les lampions “made in China” gagnent du terrain. “Chaque année, d’autres variétés de ces produits s’ajoutent à ceux que nous avons l’habitude de voir, mais leurs prix ne cessent d’augmenter”, remarque Lanto, un revendeur.

Depuis le début du mois de juin, Honoré Randriamampianina, un jeune homme courageux de 26 ans, accomplit une marche quotidienne dépassant 25 kilomètres. C’est le métier qui le veut, il est marchand ambulant assurant, à l’heure actuelle, la vente de drapeaux nationaux.

Tôt dans la matinée, à six heures, il quitte son foyer à Andoharanofotsy, un sac rempli de 50 drapeaux de différentes tailles au dos. Il rejoint à pied la cité et ses proches environs. “Il est intéressant d’y passer le matin car ces lieux sont fréquentés par les revendeurs”, explique-t-il. “Vers 9 h 30, je poursuis mon trajet jusqu’à Andravoahangy, pour la même raison.”

Un itinéraire systématique</B>

“À midi trente, j’essaie d’être en plein centre ville, continue-t-il. à ce moment-là, les employés qui travaillent aux alentours, profitent de la pause du déjeuner pour faire quelques courses. Et je termine ma journée à Ambanidia. Dans ce dernier quartier, les marchands ambulants de drapeaux sont rares.” De là, il rentre chez lui.

Cet itinéraire est systématique pour Honoré, en cette veille de la fête nationale.

“Ma femme achète le tissu au marché Ambodin’Isotry ou dans les magasins et s’occupe de la confection.” à lui de se charger de la vente. “J’arrive à écouler en moyenne 15 pièces par jour. à la fin de la journée, je gagne près de 70 000 ariary”, précise ce grand sportif malgré lui.

Cette activité, qui est très fatigante, n’est que temporaire. Elle ne s’exerce que du début du mois jusqu’au 26 juin. En dehors de cette période, Honoré se spécialise dans la vente d’articles chinois. Ce qui ne nécessite pas un long trajet.

<B>Olivia VELONJANAHARY</B>

AMNISTIE

<B>Un an de remise de peine pour 5 000 prisonniers libérés</B>

■ Le chef de l’état répond d’une manière partielle à la demande d’amnistie de l’opposition par une mesure de grâce, en toute finesse. La grâce risque de diviser l’opposition. Le pouvoir maintient sa ligne de conduite. La grâce générale décidée par le chef de l’état confirme la position inflexible du gouvernement pour répondre à l’opposition dans son insistance pour une amnistie. “En cette célébration de la fête de l’Indépendance, j’ai décidé de donner une grâce de douze mois à ceux qui se sont égarés”, a annoncé le président Marc Ravalomanana dans son message à la nation, samedi, à l’occasion de la fête nationale. La grâce promise par le chef de l’état est générale, selon l’explication de Noël Rakotondramboa, secrétaire général à la présidence.

Elle touche près de 5 000 détenus, selon Lala Ratsiharovala, ministre de la Justice. La seule condition au décret présidentiel concerne la sélection des bénéficiaires. La décision présidentielle s’applique aux prisonniers, condamnés d’une manière définitive ou qui renonceront aux voies de recours.

Sur le plan politique, ce décret présidentiel confirme la position du gouvernement sur l’amnistie, réclamée à cor et à cri par l’opposition. Le chef de l’état contourne ainsi la demande, tout en y répondant mais d’une manière partielle. Malgré les affirmations de Manandafy Rakotonirina et de Marson Evariste, conseillers du président de la République, le chef de l’état n’a pas encore accédé à la demande d’amnistie. “L’exécutif, par l’intermédiaire du président de la République, a déjà pris l’initiative suivant le pouvoir que la Constitution lui a conféré”, a répété le Premier ministre Jacques Sylla. La grâce générale annoncée par le président Ravalomanana répond pourtant, même en partie, aux réclamations de l’opposition. Elle devrait faire réfléchir les prisonniers liés aux événements de 2002. Et cela, juste à la veille des élections présidentielles.

Bon nombre des 340 détenus liés à la crise post-électorale ont été accusés et reconnus coupables d’atteinte à la sûreté de l’état. Ils devraient, en général, finir de purger leur peine d’ici un ou deux ans. La mesure annoncée par le président Ravalomanana devrait logiquement les libérer de prison, en cas de renoncement à l’appel ou à la cassation. Mais à l’image de l’ancien député Merci Ratoabolamanana, dit Ra-Merci, ou de Voninahitsy Jean Eugène, beaucoup de détenus hésitent à franchir le pas. “Une acceptation de la grâce signifie un consentement implicite des faits reprochés aux prisonniers, dans leur prise de position en 2002”, a expliqué l’un des proches de l’ancien élu d’Antsirabe. Selon la Garde des sceaux, Lala Ratsiharovala, la décision du président Ravalomanana est également importante aux yeux de la Justice. La libération de 5 000 prisonniers devrait participer au désengorgement des prisons. En revanche, c’est l’insécurité qui en pâtira, étant donné que la décision ne fait pas de distinction entre un criminel notoire et un faussaire ou un auteur de chèque sans provision. Les troupes d’élite seront davantage sollicitées pour garantir la sécurité. La mesure présidentielle s’inscrit aussi dans le cadre des préoccupations de la communauté internationale sur le respect des droits de l’Homme dans les prisons malgaches. Il en est ainsi du cas de 20 000 prisonniers, dont 60 % sont encore en détention préventive.

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