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Tamarin Cheshire Home souffle ses 40 bougies

31 mars 2004, 20:00

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LE 1er avril 1964, le Tamarin Cheshire Home accueillait son premier résident. Depuis, l?établissement n?a cessé de grandir, tout en continuant à adoucir la vie des handicapés physiques et mentaux qui y vivent.

Bien que situé sur la route Royale, le bruit des voitures ne perturbe pas la quiétude de l?établissement. En cette mi-journée, la légère brise de mer et le roucoulement des tourterelles incitent à la sieste. Certains parmi les 27 résidents ? 13 femmes et 14 hommes ? n?y résistent pas et s?endorment. Quelques-uns vont s?étendre dans leur dortoir alors que d?autres restent sur leur fauteuil, la tête dodelinant sur leurs épaules.

Ce n?est pas le cas de Bibi, 44 ans. Malgré ses bras tordus par des rhumatismes, elle coud des appliques sur un coussin tout en causant avec Anne-Marie, 26 ans, admise depuis seulement trois mois. Celle-ci lui répond, tout en feuilletant un manuel scolaire de français. Gisèle, 76 ans, trottine joyeusement derrière Ginette Gracieux, la matrone de l?établissement. Dehors, à l?ombre du badamier, une handicapée en fauteuil roulant converse avec deux autres résidents.

Tous semblent s?être acclimatés à cette vie en commun. Leur rêve est toutefois de réussir à prendre un jour l?avion. Ginette Lan Yee Chiu, présidente du comité de gestion et du conseil, entend bien exaucer ce voeu un jour. C?est dans les années 70 que cette ancienne bénévole de la Croix Rouge décide de rejoindre les rangs du Leonard Cheshire Mauritius. Les bases de cette organisation ont été jetées dix ans plus tôt par Dorina Simpson, épouse du secrétaire colonial, qui voulait trouver un toit pour les jeunes poliomyélitiques qui étaient toujours hospitalisées. L?Anglaise obtient du Cheshire Home britannique l?autorisation d?ouvrir une branche à Maurice à condition qu?elle s?autofinance.

Pour une somme symbolique, Dorina Simpson obtient de l?Etat le bail d?un terrain d?un arpent sur lequel se trouve un bâtiment désaffecté. Après une levée de fonds pour la rénovation, le Tamarin Cheshire Home est fin prêt. Ainsi, le 1er avril 1964, il accueille Radhay Bookhun, handicapé à la suite d?un accident de travail. Quinze jours plus tard, cinq poliomyélitiques viennent le rejoindre.

Le nombre de résidents augmentant au fil des ans, le comité de gestion rase le bâtiment initial pour construire un dortoir et une salle à manger plus vastes. Comme une dizaine de femmes handicapées mentales n?ont plus d?endroit où vivre, à part l?hôpital, les portes du Home leur sont ouvertes. A dater de ce jour-là, le centre accueille aussi bien les handicapés physiques que mentaux légers.

Pour les occuper, un atelier de couture et de travaux de bois est aménagé. Un autre dortoir est construit pour les femmes qui disposent désormais de leur propre salle de télévision. Une véranda couverte relie les différents dortoirs à la salle à manger commune.

Construire un autre bâtiment

Les résidents sont encadrés par la matrone et trois aides-soignants. Quatre autres employés complètent le personnel de l?établissement. Ginette Lan Yee Chiu préfère restreindre le nombre de résidents à 30 pour que chacun ait tout le confort voulu. Mais la liste d?attente est longue. Les résidents sont envoyés soit par le ministère de la Sécurité sociale, soit par des particuliers. Avant d?admettre un nouveau, la matrone effectue une visite dans son environnement pour évaluer si l?admission est justifiée ou non. Elle fait ensuite sa recommandation au comité de gestion qui décide en conséquence.

Soixante pour cent des dépenses encourues par le Home proviennent de l?allocation fournie à chaque résident par la Sécurité sociale, soit Rs 90 par jour et par personne. Cette subvention permet de fournir des repas corrects mais aussi d?offrir des loisirs puisqu?ils peuvent s?acheter des cassettes audio et louer des vidéos. Le comité de gestion a même pris un abonnement à une chaîne satellite.

Le Tamarin Cheshire Home complète son budget avec sa levée de fonds annuelle qui prend généralement la forme d?un dîner dansant. Quand l?argent vient à manquer ou pour des projets d?envergure, Ginette Lan Yee Chiu sollicite les entreprises, les ambassades, quand elle ne fait pas jouer ses contacts dans des clubs de service.

Afin de respecter les nouveaux règlements concernant les Homes, qui stipulent notamment que ces établissements doivent avoir des dortoirs de quatre personnes, le comité de gestion projette de faire construire un autre bâtiment. En attendant ces travaux majeurs, les résidents mettront leurs plus beaux habits cet après-midi pour célébrer les quarante ans de cette organisation qui a su accepter leurs différences et les aimer?

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