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Tailleurs de réalités

14 août 2006, 00:00

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D?une pierre ramassée dans un champ sortent des visages, des désirs. Le c?ur rouge d?un bout de cyprès crie une vision du monde. Nous appelle au secours des valeurs. Veut éviter que nos repères ne foutent le camp. Au détour d?une nervure, d?une ligne pure, s?écrit aussi une révolte canalisée dans la création artistique.

Trois week-ends durant, l?inventivité a établi ses quartiers au studio de sculpture de Dhyaneswar Dausoa à Dagotière. C?était à l?occasion de l?atelier organisé par l?Action pour la créativité artistique (ACA). Dans le local où le bois empilé côtoie les clous et les marteaux, deux femmes ont posé leur sensibilité.

Tout au fond de l?atelier, Shaheen Dowlut imprime des reliefs sur une feuille d?aluminium récupérée d?une imprimerie. Envolé le côté lisse et plat de cette feuille transformée en vagues et en coquillages. ?Mon travail est centré autour de la texture. Je me sens bien avec le métal.? Un confort né des collections de capsules et de canettes que faisaient Shaheen. Et des heures passées à dessiner des lignes et des pointillés pour donner vie à cette matière sans aspérité.

Partageant l?espace avec elle : le buste en ciment façonné par Samantha Kistoo. De ce corps féminin, nous retiendrons la finesse des mains, figées dans une attitude de résistance. Belle antithèse. Projeter des désirs dans la dureté du ciment, pour montrer ?le côté fort des femmes? comme nous l?explique la sculptrice.

Pas de thèmes, ni de théorèmes

Le ciment avait décidément la cote samedi, lors du dernier week-end de travaux. Pas moins de quatre créateurs avaient les mains grises. Devant nous, se dresse un vase géant. Celui sorti de l?imagination de Vick Kumar Shibdoyal. Délaissant les créations mécaniques auxquelles il nous a habitué, il consacre ses pensées à la ?construction? d?une fontaine. ?Je vais y ajouter de la vapeur, un moteur et de l?écume. La sculpture ne doit pas être statique. L??uvre doit parler à celui qui la regarde, que ce soit par le son ou le mouvement. J?ai envie de faire passer des messages d?harmonie et de continuité à travers mon travail.?

Un nouvel élan auquel participe Mahendranath Jeeawon. Lui, c?est l?expérimentation qui l?intéresse. Cet enseignant au collège Modern de Flacq ? les 14 participants à l?atelier sont en majorité des enseignants de dessin et de design dans les institutions secondaires de l?île ? n?est pas venu avec les poches pleines de thèmes et de théorèmes. Pas de vision schématisée du monde non plus. Pas non plus de revendication idéologique, à la limite politique. Pas de révolte contre le système établi. Juste une bonne dose d?humour. Du goût pour les films de Dev Anand. Et l?impulsion du moment pour seul guide.

Sous ses doigts, à force de malaxer du papier journal et du ciment, est né un tronc. Il sera buste. Trois bulles y ont poussé comme des fruits. Ce sera le visage de ?teen devi?, littéralement ?trois demoiselles?. Ceux qui travaillent à ses côtés (Gaetree Daby Chummun, Vijayluxmi Beehary-Panray et Veeraj Kumar Kaneeran) le taquine. Complice de son processus de création, ils nous confie qu?il y a une part d?autobiographie dans ce que fait Mahendranath Jeeawon.

Autour d?eux, le maître des lieux, Dhyaneswar Dausoa et son assistant Dev Chooramun veillent. Donnent un avis de temps en temps. Racontent une anecdote. Mettent les participants à l?aise. Stimulent leur imagination. Les travaux réalisés au cours de cet atelier de sculpture seront exposés d?ici début septembre explique Dev Chooramun. ?Nous espérons organiser une manifestation itinérante qui voyagera de Rose-Belle au Mahébourg Waterfront pour aller à Souillac.? Un choix géographique qui participe à la volonté de l?ACA de décentraliser l?accès à l?art.

IMPRESSIONS

Dhyaneswar Dausoa, la satisfaction du maître

Sollicité pour un bilan, le sculpteur qui a hébergé l?atelier de l?ACA chez lui, affirme : ?Ces trois week-ends sont passés trop vite. Un atelier de ce type demande au moins 20 à 25 jours de travail en continu. Nous avons essayé de relever le défi avec les moyens dont nous disposons.?

Interrogé sur l?attitude des participants, Dhyaneswar Dausoa raconte : ?Il y a toujours eu des différences entre les artistes, c?est justement ce type d?atelier qui sert à établir la communication.? Il affirme avoir souvent entendu prononcer les mots : ?c?est le secret du métier?. Mais pour lui, vieux routier de la sculpture, seule la persévérance compte. ?Si mo envi konn enn kitsoz, personn pa kapav empess moi fer bann resers. E kan monn gagne, kifer mo pa kapav done ?? Notre interlocuteur sourit quand il repense à comment il a improvisé des espaces chez lui pour accommoder tous les participants. Ce qui lui a valu de vivre une ?intimité extraordinaire?, au contact de l?enthousiasme des participants. ?Sa donn moi kouraz pou pans pli loin.?

De Maurice, société ?en mutation?, Dhyaneswar Dausoa estime qu?il reste énormément à faire, que ce soit pour sensibiliser le public et encourager les artistes. ?Il manque cette solidarité globale qui aurait permis à l?artiste de vivre de son art. On voit souvent de grands murs vides ou de grands bâtiments où l?on se sent angoissé. C?est le signe que les gens n?ont pas cherché à embellir leur environnement.?

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