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Table rase

6 novembre 2006, 00:00

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Les pierres crient. Et elles ont été entendues. Par Jean Claude Brialy et Nana Mouskouri, parrain et marraine sur les fonts baptismaux de l?opération de sauvetage du Plaza. Vitrine people pour mission humaine : la remise en état du plus grand théâtre de Maurice, fermé pour rénovation depuis octobre 2004. Des travaux qui n?ont jamais commencé.

Au-delà des polémiques politiciennes, des sempiternels débats autour de la ?volonté réelle? des uns et des initiatives non abouties des autres, que propose la Fondation Spectacle et Culture (FSC), en collaboration avec l?Amicale France-Maurice ? Trouver la bagatelle de Rs 258 millions. Rien que cela. Avec les ajustements d?usage pour que les artistes retrouvent leur Maison de la culture.

Tenir la main à la municipalité de Beau-Bassin-Rose-Hill et son ministère de tutelle, pour que le théâtre municipal reprenne du service. Par temps de grande nécessité, tous les moyens sont bons. Surtout ceux qui font appel aux gens de bonne volonté. Car c?est bien cela que mettent en lumière les efforts de Paul Olsen, président de la FSC et Armand Maudave, président de l?Amicale France-Maurice.

La faillite des finances publiques et les secours (tout au moins l?appel au secours) venu du privé.

Avant les travaux, il faut d?abord déterminer lesquels exécuter. Ce qui requiert une étude conduite par David Vauclair, consultant indépendant. De ses propres dires, il soumettra ses premières recommandations, ?d?ici Noël?. En tout, trois mois à ausculter le Plaza, avec pour point de départ, les rapports successifs du cabinet d?architecte Ramphul, qui à la dernière évaluation (celle de 2005), avait estimé le coût des travaux à Rs 214 millions.

Facture de la consultation de David Vauclair : Rs 400 000, à trouver à travers une levée de fonds organisée par la Fondation Spectacle et Culture, l?Amicale Maurice-France et l?organisateur de spectacle Pascal Legros.

Armand Maudave, lui, insiste sur le public private partnership. Mais parlons gros sous, car c?est bien de cela qu?il s?agit. Il n?est plus temps d?être frileux. La culture et son expression ont un coût. à hauteur de combien de roupies, les finances publiques participeront?elles à l?opération ? Rama Valayden, Attorney General, venu raconter ses souvenirs de ?militant culturel?, s?est gardé de définir l?action du secteur public. Encore moins son poids financier.

Car pourquoi le privé fait-il appel aux people ? Pas seulement pour le plaisir d?entendre chanter Nana Mouskouri ou écouter Brialy raconter des anecdotes peuplées par Alain Delon, Jacques Brel, Brigitte Bardot. Les people sont évidemment là pour que leur image, leur parole récoltent le maximum d?argent, qui viendra à terme panser les plaies et les bosses du Plaza.

C?est à la lumière des conclusions de Vauclair que le sort du Plaza sera décidé. Soit rénovation de la structure existante, soit table rase pour recommencer à zéro. Quoi ? Démolir le Plaza. Les artistes présents ont presque bondi dans leur siège rouge. Jeter à terre le lieu qui a abrité leurs émotions ? Nana Mouskouri et Jean Claude Brialy n?étaient pas en reste. ?C?est un lieu qu?il ne faut pas laisser tomber, c?est une identité qu?il ne faut pas perdre. J?espère qu?on ne va pas recommencer à zéro?, s?est émue la marraine. ?Il y a des lieux comme en religion, qui ramassent tout le monde et tous leurs rêves. Je crois que ce serait une erreur de détruire le Plaza, même si cela coûte autant qu?une rénovation.? Applaudissements fournis à chaque fois.

Les pierres crient. Elles ont été entendues. Est-ce qu?on les écoutera ?

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