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Séparation et réconciliation
La distance entre le MMM et ses partenaires, leur liberté mutuelle de réflexion dans l?analyse des résultats électoraux est présentée comme une telle absolue priorité que l?on croirait presque que c?est dans leur séparation que se trouve le salut du MMM. Ceux qui pensent que la défaite aurait un lien avec le trop grand rôle concédé au MSM, envahissant pour ce qu?il vaut sur l?échiquier, ont certes une part de vérité. Mais ce serait suicidaire de limiter à cet aspect la leçon des municipales. Cela consisterait à trouver encore une fois des raisons externes au problème du MMM, à reporter encore la remise en question.
Car cette défaite, premier grand échec du MMM, est celle qu?il lui fallait pour se renouveler, pour accepter enfin qu?il lui faut le faire. Les partis qui ont connu l?écueil l?ont fait : au bout de leur traversée du désert, le MSM s?était rajeuni, le PTr s?était ragaillardi. Pour le MMM, qui a toujours évité l?écueil en profitant de son rôle de deuxième force avec qui il fallait compter pour gagner, l?occasion ne s?est jamais présentée de voir exposer à l?air nu ses propres faiblesses. Confiant en sa force, il a ainsi toujours traité de nostalgiques ou d?utopistes ceux qui lui conseillaient une évaluation de son parcours. Mais maintenant, l?évidence est là, il ne peut l?éviter, il ne devrait pas ; cette défaite, c?est sa chance.
S?il jouait franc jeu avec lui-même, sans doute le MMM verrait-il une chose. Ce qui lui a valu du succès, c?est d?abord son histoire riche d?un beau rêve pour un pays debout et chargée de la passion mise à la défendre ; c?est son habileté à nouer des alliances, masquant ses lacunes et celles de ses partenaires du jour ; ce fut la qualité de ses hommes ; et ce fut surtout son idée de la justice sociale, sa proximité avec le milieu ouvrier et les petites gens dont il était le défenseur. Que lui reste-t-il de ces atouts ? Erodés au fil des temps. Le dernier, sérieusement entamé durant ses années de gouvernement, vient de s?évanouir.
Son histoire, ses années de braise ? Elles se sont éteintes au fur et à mesure que l?électeur changeait de génération. Son rêve d?une citoyenneté mauricienne ? Il a été lavé par trop de compromissions. Ses hommes ? Ils ont suivi d?autres voies, portant ailleurs la même frustration. Ses alliances et mésalliances, il en a épuisé les possibilités. Il restait au MMM son sens de la justice sociale. Le Parti travailliste vient de se l?approprier. Le défenseur des petites gens, c?est, n?en déplaise aux derniers militants, Navin Ramgoolam. Paul Bérenger, lui, a abandonné ce discours.
Au gouvernement déjà, le MMM n?a eu plus qu?un objectif en tête : faire la preuve qu?il pouvait être autre chose qu?un parti d?opposition. Il a donc gouverné, avec fermeté, travaillé avec rigueur, fermant la porte à ceux qui pouvaient le distraire de cet objectif. Si le pays se développe, les petites gens en profiteront, disait le parti des ?ti-dimounes? à ces gens qui espéraient que le MMM changerait leur vie une fois au pouvoir. Et les années ont passé. Le gouvernement travaillait, certes, mais sans qu?ils n?en ressentent les bénéfices.
Quand le changement dans leur vie est venu du PTr, quand le PTr a semblé incarner à leurs yeux les idées d?égalité sociale promises par le MMM, le doute s?est définitivement installé. La posture du MMM a été interprétée comme une trahison. Peut-être ce langage que tient le PTr à l?égard de l?électeur est-il une illusion. Mais c?est le Parti travailliste qui a compris comment parler à l?électeur. Coupé de l?électorat, l?opposition a oublié de quoi est faite la psychologie de l?électeur. C?est à cette réconciliation que doit travailler le MMM. Se réconcilier avec ce qui fait son âme afin de se réconcilier avec ceux qui ont cru en lui.
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