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Syndicats et opposition font reculer Sithanen
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Syndicats et opposition font reculer Sithanen
C’est une volte-face. Après avoir martelé qu’il fallait prendre des décisions courageuses, Rama Sithanen a dû revoir sa copie sous la pression populaire.
Et hier, sur les ondes de Radio Plus, Paul Bérenger a remercié le ministre des Finances pour être revenu en partie sur son « budget ultralibéral ». Un débat radiophonique « au ton conciliant à défaut d’un duel », où il y a eu unanimité sur les dangers économiques, mais divergence sur les mesures à apporter. Bérenger estimant que le budget devant être davantage « à visage humain ».
Mais entre-temps politiques et syndicats se félicitent du fait que la lump sum ne sera taxable que si le plafond excède Rs 1 million, que les aides aux familles dont les enfants prennent part aux examens de fin d’études secondaires sont, quant à elles, de nouveau d’actualité et le school feeding project a encore de beaux jours devant lui.
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser le ministre des Finances à faire marche arrière ? Pour certains observateurs, le gouvernement a voulu lâcher du lest pour ne pas s’attirer les foudres de la base de l’Alliance sociale. C’était également une occasion pour lui de rétablir l’image de dirigeants à l’écoute du peuple…
Mais malgré tout ce qui se dit, Rama Sithanen avait une certaine marge de manœuvre. Après avoir brossé un tableau bien sombre de l’économie, il a laissé croire qu’il allait revoir la TVA à la hausse.
C’est donc avec anxiété que tout un chacun a suivi son discours du budget le 9 juin. Même s’il n’y a eu aucune hausse de la TVA, son idée d’imposer une taxe sur la lump sum, l’annulation des aides pour les examens du SC et du HSC, ainsi que le gel du school feeding project n’ont pas eu l’adhésion des syndicats et de l’opposition.
Ça a été un véritable tollé ces derniers jours. Face à la menace des fonctionnaires de descendre dans la rue le 22 juin pour dire non à la taxe sur leur lump sum, Rama Sithanen n’a eu d’autres recours que de faire marche arrière, justifiant son geste par les trop fortes « charges émotionnelles » autour du budget.
« C’est une bataille de gagnée, mais il nous faut nous battre davantage. Il faut qu’il n’y ait aucune taxe sur la lump sum. C’est la porte ouverte à des dérives. Demain Rs 1 million ne vaudra pas grand-chose », lance Radakrishna Sadien, président de la Government Servants’Association (GSA).
Dans une lettre adressée au Premier ministre le 17 juin, Rashid Imrith de la Government General Services Union (GGSU) signifiait sa désapprobation à l’effet que cet item, ainsi que les allocations de transport et le passage benefit seront taxables.
Cette ligne de communication a ainsi permis au Premier ministre de désamorcer une crise dans la fonction publique.
« Seki inportan seki Premye minis fine konpran nou pozision. Li inportan ki li ena enn lespri de dialog », renchérit Rashid Imrith.
Dans cette bataille, ce ne sont pas seulement les fonctionnaires qui en sortent gagnants. Les cadres du secteur privé vont aussi en bénéficier, ajoute ce dernier.
Effet boule de neige
« La persistance du gouvernement à s’engager dans une confrontation avec les fonctionnaires aurait provoqué une démotivation au sein de la fonction publique, couplée à une instabilité sociale », souligne Radakrishna Sadien.
Jane Ragoo, animatrice de la Federation of Progressive Unions, elle, se réjouit que le gouvernement soit revenu sur la question de lump sum. Elle s’attend qu’il revoie l’aide aux familles dont les enfants prennent part aux examens de fin d’études secondaires, rejetant catégoriquement le mean test pour les familles touchant Rs 7 500. C’est aussi l’avis du MSM qui soutient que Sithanen ne doit sans doute pas se rendre compte de ce que touche une famille dont le père est maçon et la mère ouvrière textile.
Chacun se targue donc d’avoir fait reculer Rama Sithanen, à l’instar du MSM qui a animé une conférence de presse vendredi. Son leader, Pravind Jugnauth, soutient que grâce aux pressions de ses députés, le ministre des Finances n’a eu d’autre alternative que de revoir certaines de ses décisions et il espère bien qu’il en sera de même pour d’autres mesures.
Même son de cloche du leader du MMM qui joue le modéré. Que ce soit au Parlement, sur les ondes de Radio Plus ou lors de sa conférence de presse hier, Paul Bérenger dit attendre de voir comment les mesures gouvernementales seront appliquées. Il s’intéresse surtout à la taxe de 5 % aux First Time Buyers d’un logement qu’il considère inacceptable.
Il réclame que l’annulation des subsides sur la farine soit reconsidérée car il y aura certainement un effet boule de neige sur le prix du pain et des produits dérivés. Sur les Rs 50 prévues par la Social Aid aux familles nécessiteuses qui seront affectées par l’élimination des subsides sur le riz, Paul Bérenger invite le gouvernement à revoir ce montant.
Comme le MSM, Paul Bérenger fait part de ses appréhensions vis-à-vis de l’ouverture du pays aux étrangers. Il souligne qu’il faut des garde-fous contre des « indésirables ». Il est aussi d’avis que la National Property Tax n’est, en fin de compte, qu’une taxe rurale déguisée qui avait été décriée par l’Alliance sociale contre le gouvernement MSM-MMM qui voulait municipaliser certaines agglomérations rurales.
Pravind Jugnauth n’y voit ni plus ni moins que l’Alliance sociale « a trahi son programme électoral sur lequel il a été élu ». Pour l’ex-ministre des Finances, Rama Sithanen est venu nous présenter un budget « anti social » et « anti travayer ».
À l’inverse du MSM, le MMM ne réclame pas la tête du grand argentier. « Nous ne réclamons pas la démission de Rama Sithanen, en dépit du fait que nous pensons que c’est un budget ultralibéral. Nous aurions souhaité un budget de réforme à visage humain », faisait ressortir Paul Bérenger face à la presse hier.
« Il a travaillé le budget en solitaire. C’est un exercice technique où il a réussi à convaincre le Premier ministre qu’il y aurait des gains politiques futurs. Ses autres collègues de l’Alliance sociale ne savaient rien des implications profondes du budget qu’il concoctait », résume Nando Bodha, leader de l’opposition et membre du MSM.
Un « chef-d’œuvre »
« Un ministre m’a dit qu’il ne savait rien de ce qui se tramait », révèle Pravind Jugnauth candidement. « C’est l’image d’un technocrate qui vient de voler en éclats » considère, pour sa part, Nando Bodha. Il explique que Rama Sithanen donnait l’image de quelqu’un qui allait nous présenter un « chef-d’œuvre » mais qui a été décrié en fin de compte.
La pression s’accentue sur Rama Sithanen et Paul Bérenger s’attend donc avec impatience que le Finance Bill soit circulé au plus tôt afin que l’opposition puisse avoir toutes les latitudes pour l’étudier dans les moindres détails. Les débats risquent donc d’être encore très animés dans les prochains jours.
En attendant, syndicats et opposition sont unanimes à se féliciter sur le fait que le gouvernement a reculé sur la lump sum et les mesures sociales.
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