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Symboles versus économie
La démocratisation de l?économie aura été le slogan principal du Budget 2004-05. La politique y était au premier rang. Pravind Jugnauth a voulu confronter ses adversaires sur leur terrain fétiche, celui du ?social engineering?. Dans une certaine mesure, il aura même réussi à convaincre.
Le Budget social de Jugnauth avance comme postulat que l?économie pourra se prendre en charge. Les mesures qui ont été adoptées durant ces trois dernières années devraient suffire pour maintenir l?activité sur une trajectoire ascendante, cette fois sans impulsion majeure. Plusieurs chantiers des réformes sont bien enclenchés et il était grand temps de songer au petit peuple à qui le gouvernement a demandé des sacrifices pendant des années.
C?est maintenant au tour des riches de régler la note. Et le Grand argentier entend bien le démontrer. Le Budget réoriente les outils fiscaux pour envoyer des signaux forts, quoique parfois symboliques. Avec la révision du système de taxation directe des individus, des gens appartenant aux classes aisées devront payer plus le fisc alors que la grosse majorité des Mauriciens verront leurs contributions à l?impôt baisser. Cette mesure, même si elle ne fera pas gagner beaucoup de revenus additionnels, vaut son pesant d?or dans le subconscient de la population. C?est du moins ce que souhaite le gouvernement.
Au niveau de la politique de taxation sur les entreprises, le gouvernement choisit de perturber une tradition de fiscalité légère. A travers l?Alternative Minimum Tax, les autorités souhaitent punir les sociétés qui préfèrent distribuer leurs profits au lieu de les réinvestir. Le gouvernement est d?avis que les grandes entreprises sont en train d?utiliser les incitations qu?il a mises à leur disposition pour enrichir leurs actionnaires au lieu de soutenir le développement national. Des actions punitives devraient servir les desseins des décideurs là où les mesures incitatives ont justement échoué.
Est-ce un relâchement de la discipline fiscale prônée par le gouvernement ? Le ministre des Finances entend faire revenir le ?feel good factor? au sein de la population, qui a vu son pouvoir d?achat s?effriter considérablement au cours de ces dernières années. Les ménages pourront relancer leur consommation et ainsi amener plus d?argent à la caisse de l?Etat par le biais des taxes indirectes.
Certes, le Parti travailliste (Ptr), champion de la répartition de la richesse, ne voit pas les choses sous le même angle qu?un Pravind Jugnauth fraîchement reconverti au ?social engineering?. Navin Ramgoolam et ses troupes ont des idées beaucoup trop ambitieuses sur ce chapitre pour se laisser impressionnés par les dernières opérations du ministre des Finances.
Le Ptr ne croit pas, par exemple, à la redistribution à travers les trusts d?investissements. Il prône la participation directe dans les biens financiers, fonciers, immobiliers ou autres. Dans le temps, ils avaient critiqué le Sugar Investment Trust. Aujourd?hui, c?est la création d?un trust pour permettre aux salariés d?acquérir des valeurs foncières qui est décriée. Les travaillistes, du moins quand ils sont dans l?opposition, restent cohérents sur cet agenda.
Les artisans de cette démocratisation économique tant promise ? d?où ils se trouvent ? doivent reconnaître qu?ils sont sur un terrain miné. Les réalités socio-économiques du pays rendront pendant longtemps encore leurs tâches difficiles. Il faudra beaucoup de budgets nationaux avant que les changements puissent être perceptibles.
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