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Surmonter les clichés et les contraintes

18 février 2008, 00:00

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Il y a un problème d?image. Une réelle dévaluation des filières techniques et pré-professionnelles (prévocationnelles). Il faut dire qu?à Maurice, on n?a de considération que pour ceux qui réussissent. Les autres ? C?est parce qu?ils ne font pas les efforts nécessaires qu?ils échouent. La logique et la condamnation sont implacables. Pourtant les choses ne sont pas aussi caricaturales que cela. Une société mûre est celle qui prend en charge tous ses citoyens et non celle qui opère un tri systématique.

Il importe cependant de préciser que des efforts ont été faits dans le temps pour amortir le choc d?un système qui dresse des traquenards afin que les happy few puissent mieux resplendir. Car il faut savoir que le concept d?enseignement pré-professionnel existe depuis quelque temps déjà. Sous différents gouvernements et ministres de l?Education, il a emprunté plusieurs formes. Par exemple, lorsque Kadress Pillay occupait ce portefeuille, il était présenté comme le Basic Secondary School.

Mais c?est sous l?ancien gouvernement MSM-MMM que le concept prend une nouvelle dimension. Dès lors, on commence à parler d?inclusion et du fait que l?éducation devient obligatoire jusqu?à 16 ans en 2004. Il faut ainsi faire de l?espace pour les recalés du Certificate of Primary Education (CPE). «Ce qui a changé des formules existantes, c?est que désormais, lorsqu?on parle de pré-professionnel, on fait référence à l?intégration dans un même espace scolaire des élèves de différents niveaux avec des programmes différents», explique, en ce sens, Jimmy Harmon, coordonnateur du pré-professionnel au Bureau de l?éducation catholique (BEC).

L?application du modèle ne se fait d?ailleurs pas de manière uniforme. Entre les écoles publiques, privées, confessionnelles catholiques et confessionnelles non-catholiques, chacun exécute le programme selon des dispositions qui lui sont propres. C?est de la manière de vivre le concept d?intégration que les expériences se différencient.

Certes, il existe des contraintes objectives. Il a donc fallu un temps d?adaptation. Un temps de construction psychologique à la fois pour les élèves et les enseignants. Mais la question de fond demeure la même. Elle oppose ceux qui sont pour l?intégration à ceux qui sont contre. Lorsqu?il était ministre de l?Education, Steven Obeegadoo avait imposé l?intégration. Il faut également préciser que même sous Obeegadoo, les collèges d?élite, tels le Queen Elizabeth College ou le Royal de Curepipe, n?accueillaient pas les élèves du pré-professionnel. Pour contourner le problème, le principe de Form VI College avait été adopté.

Depuis, on continue à jouer dans l?ambiguïté. «Avant les élections, on avait eu l?impression que le gouvernement de l?Alliance sociale allait l?enlever. Au pouvoir, il s?est retrouvé avec un problème d?espace mais en même temps il ne pouvait se mettre en porte-à-faux avec des institutions comme l?Unesco, qui prône l?intégration. En effet, les autorités ne savent où placer ces élèves s?ils sont interdits des écoles du mainstream. Aujourd?hui, il existe la perception d?une suppression progressive très subtile avec le non-remplacement, en Form I, de ceux qui ont terminé le cycle jusqu?à 16 ans», confie un protagoniste qui tient à préserver son anonymat.

<B>Ecoles d?arts et de métiers</B>

Ad vitam aeternam, la même question revient sur le tapis. Devrait-on associer des enfants ayant des difficultés scolaires avec les autres ? A cet effet, il est bon de rappeler que le président de la Government Hindi Teachers Union, Suttyhudeo Tengur, par exemple, plaide pour la création d?écoles d?arts et de métiers destinées à ceux qui ont échoué au CPE. Il a également émis le souhait d?un audit des filières pré-professionnelles. Selon lui, ces élèves «quittent l?école ni avec une formation scolaire ni avec une formation professionnelle».

«Au niveau du confessionnel catholique, on tend vers un système où ces enfants restent à l?école jusqu?à 16 ans avec un apprentissage académique, visant l?appropriation d?outils élémentaires à la lecture, à l?écriture et au comptage, et parallèlement avec beaucoup de classes pratiques. Après ces trois ans de secondaire, ces enfants seront équipés pour des formations appuyées dans des centres techniques», explique, pour sa part, Jimmy Harmon. Pour d?autres collèges, publics ou privés, il existe une réelle difficulté à prendre en charge ces élèves qui sont en situation d?échec scolaire et qui viennent d?un lumpenprolétariat. «Il n?est pas toujours évident de gérer ce genre de situation si on n?est pas adéquatement formé», souligne, à ce chapitre, un observateur. D?ailleurs les cas de récupération des élèves pré-professionnels dans le mainstream sont très rares.

Aujourd?hui, une autre école de pensée commence à prendre forme. «Au lieu d?avoir des classes de redoublants au CPE, il faut se demander si on ne peut pas directement diriger ces élèves vers la Form I, surtout lorsqu?on sait que ces classes sont mises à l?écart pour différentes raisons. On peut, à la place, envisager un système de cluster où les enseignants de Form I travaillent en collaboration avec les instituteurs de CPE afin de mieux suivre l?enfant», suggère Jimmy Harmon. Il cite, à cet effet, un rapport de 2006 de l?Association pour le développement en Afrique qui précisait déjà qu?il existait «un taux de redoublement très élevé, quelque 20 %? alors que le taux de réussite l?année suivante est inférieur à 10 %».

Voie alternative</B>

En attendant l?élaboration d?une nouvelle formule, il demeure que quelque 80-90 % de ceux qui s?inscrivent en pré-professionnel finissent par prendre, au bout de trois ans, les filières techniques. Des formations techniques qui ne sont pas toujours évaluées à leurs justes mérite et fonctionnalité. Quoique, comme le déclare le directeur de l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB), Roland Dubois, les mentalités commencent à évoluer. «Mais il reste encore du chemin à faire», tempère-t-il toutefois.

«Pour nous, il s?agit de donner leur chance à ceux qui ont échoué sur le plan scolaire. Mais il faut savoir que ce n?est pas un pis aller, voire un succédané. La disparité entre l?académique et le technique tend à s?estomper. Pour moi, ils sont complémentaires. Ce qui explique d?ailleurs les correspondances entre les deux et le fait qu?on a des jeunes qui vont d?une filière à l?autre», analyse Roland Dubois.

L?argument tient lorsqu?on sait que quelque 40 % des élèves de Higher School Certificate (HSC) n?entreprennent pas d?études supérieures. La formation technique devient ainsi une filière parallèle à l?enseignement supérieur. Près de 25 % de nouvelles recrues de janvier 2008 à l?IVTB sont ainsi des jeunes qui ont leur School Certificate.

«Je fais un appel à ceux qui entreprennent une formation technique et vocationnelle pour qu?ils prennent conscience du fait que ces formations ne sont pas pour les recalés du système. C?est une voie alternative qui mène à des carrières professionnelles. Je citerai, par exemple, le cas d?un jeune de chez nous qui, après sa formation, est devenu technical manager», conclut Roland Dubois.

Une voie alternative ? Certainement. Encore faut-il que certaines autorités de l?éducation cessent de fantasmer sur un système exclusivement réservé à une aristocratie mnémotechnique.

<B>Le système NTC</B>

■ Après la scolarité normale primaire et pré-professionnelle en secondaire, les élèves arrivent à l?«Industrial Vocational Training Board» (IVTB) pour une année de mise à niveau à travers le «National Trade Certificate (NTC) Foundation». Après cette année, ils deviennent éligibles au NTC 3. Il s?avère cependant qu?il n?y a pas toujours de la place pour accommoder tous ceux qui ont complété le «NTC Foundation». Le NTC 3 est une formation étalée sur une année à plein temps ou fondée sur un programme qui se fait à travers l?apprentissage dans une entreprise. Dans lequel cas, la formation peut durer au-delà d?une année. Les formations proposées à ce niveau concernent, entre autres, l?ébénisterie, la plomberie, l?agriculture? Les jeunes qui réussissent le NTC 3 peuvent trouver un emploi ou encore ils trouvent un emploi dans une entreprise qui leur permet de poursuivre leur formation en interne. Une fois le NTC 3 complété, le jeune passe en NTC 2 où il a le choix entre plusieurs programmes de formation dont l?hôtellerie. Les programmes NTC, c?est 75 % de travaux pratiques et 25 % de théorie.

Après le NTC 2, certains peuvent avoir accès à des programmes menant à des diplômes. Dont «Tourism Management», «Fashion Design», «Graphic Design»? Ces cours sont aussi proposés à ceux qui détiennent deux «A level» en HSC. C?est un cours qui dure deux ans. Ceux qui obtiennent le diplôme peuvent entreprendre, par la suite, des études universitaires. Le plus grand problème auquel l?IVTB est confronté est celui du nombre de places disponibles. Ainsi, pour 2007, des 1 899 jeunes qui ont commencé leur NTC Foundation, 1 763 ont été jusqu?au bout des cours. De ce nombre, environ 65 % ont réussi aux examens. Mais seuls 340 ont pu continuer leur formation en NTC 3.

<B>«Kreol», le medium pour surmonter l?échec</B>

■ En juillet 2007, les premiers élèves à être évalués en kreol morisien connaissaient leurs résultats. C?était le pari entrepris par le PrevokBek, les cours pré-professionnels assurés par le Bureau de l?éducation catholique (BEC) dans ses collèges. 214 élèves de 3e année avaient ainsi participé à cette évaluation bilingue kreol-anglais. 76 % des élèves devaient ainsi réussir à l?épreuve qui a le même niveau qu?une évaluation de fin d?année de Form II. Ils avaient été recalés pour la seconde fois aux examens du Certificate of Primary Education (CPE) il y a trois ans. Au niveau des matières, 64 % ont réussi en kreol morisien, 75 % en anglais, 93 % en maths, 82 % en français, 92 % en Integrated Science & Technical Studies et 72 % en Creative Arts. Il y a toujours un moyen de réussir. La fatalité de l?échec peut être surmontée. C?est la démonstration faite par cette expérience qui place l?éducation dans l?univers linguistique de l?enfant. Cependant, comme le faisait remarquer Gilberte Chung, directrice du BEC, il faut modérer les attentes. Il faudrait, précisait-elle, attendre plus de trois ans avant de parvenir à une évaluation juste de la formule PrevokBek. C?est en 2004 que les collèges catholiques ont changé les filières pré-vocationnelles en PrevokBek. réel. Si ce n?est qu?un passage, les jeunes pourront toujours tenter d?autres aventures. Mais il ne faudrait surtout pas que le monde du travail s?arrête à un récepteur?

<B>Système public à la traîne</B>

■ Les filières pré-professionnelles dans les établissements publics souffrent de nombreuses carences. Mais surtout d?une absence de volonté et de conviction. On est là dans un système habitué à nourrir à la cuillère les jeunes pour qu?une élite puisse émerger. Le concept de l?intégration passe ainsi mal dans un tel système. «Pourquoi hypothéquer les chances de ceux qui vont vite ?» s?interrogent ceux qui veulent éliminer le pré-professionnel du circuit public. Les élèves du pré-professionnel continuent à jouir d?une mauvaise réputation. D?où la tentative de les pousser vers des collèges privés qui, faute d?un nombre suffisant d?élèves, auraient eu à fermer leurs portes. Les collèges d?Etat ne pourront en fin de compte réussir au niveau du pré-professionnel que si une nouvelle stratégie est mise en place. Pour l?instant, le modèle élaboré par les collèges catholiques, même s?il ne garantit pas une réussite systématique, représente une option. Encore faut-il que des compétences se mettent au service de ces enfants. Là, c?est une autre paire de manches? surtout lorsqu?on sait qu?il est jugé dépréciatif de travailler avec ces élèves. Toujours la même obsession de l?image !

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