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Sur tous les fronts

10 janvier 2008, 00:00

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Il travaille dans l?imagerie médicale au Centre hospitalier départemental de Saint-Denis à La Réunion. Il termine une maîtrise en droit à l?université de La Réunion à la fin de cette année? Bon sang alors ! Com­ment se fait-il que ce soit dans une pâtisserie à Rose-Hill qu?il nous accueille ? La réponse est simple. Canda Sawmy Pillay est aussi le directeur général de Le Four à Sol, une boulangerie, pâtisserie, viennoiserie et salon de thé, qui existe depuis février 2007.

Il a plusieurs explications à son parcours «atypique». D?abord, «le contact permanent que j?avais avec le domaine sanitaire est aisément transposable dans la création d?une boulangerie». Puis, étant donné que ni lui, ni son seul frère ne vivent à Maurice en permanence, ils se sont fait un point d?honneur de «sauvegarder le patrimoine familial. N?ayant pas la possibilité d?intégrer l?activité agricole familiale, nous avons orienté notre choix sur une activité tout aussi noble». Puis, il y a aussi son côté «épicurien. J?aime les bonnes choses».

Et on en fait de bonnes choses dans sa boulangerie et pâtisserie, une cuisine métissée. Comme Canda, qui n?a jamais arrêté de voyager. La Réunion, Maurice, La France? C?est à La Réunion qu?il est né il y a 48 ans. Sa mère est réunionnaise et son père mauricien. Sa scolarité primaire et secondaire, c?est à Maurice qu?il la fait. Ensuite, il part pour l?université de Lyon pour un brevet de technicien supérieur en électroradiologie médicale à Paris, suivi d?une maîtrise sanitaire et sociale à l?université de Lyon. Ensuite, il fait un diplôme en Santé publique à l?université de La Réunion. Aujourd?hui, il vit à St-Denis, mais fait le va-et-vient entre la France, La Réunion et Mau­rice pour affaires.

Ces dé­placements lui ou­vrent l?esprit, le laissent contempler, respirer une palette de parfums, de couleurs, de senteurs... «Non seulement une boulangerie répond à des besoins alimentaires de base. Mais, elle nous permet de voyager. Une fougasse vous transporte en Italie, un pain aux olives en Provence, un naan au fromage, et voilà que vous êtes en Orient. Je crois dans ce métissage. Et c?est ce que veut le client mauricien autant que le menu traditionnel.»

Depuis six ans, Canda est aussi le Président de la Ligue des Droits de l?homme de La Réunion. Dont, l?une des dernières batailles était de soutenir des Chagossiens maltraités à La Réunion alors qu?ils étaient en séjour professionnel. C?est que Canda ne supporte pas l?injustice. Un peu comme son père de qui il a hérité «la force, la détermination, le respect de soi et des autres». Et comme la famille de sa mère, qui était très active en politique. Et lui ? La politique l?intéresse-t-il ? «Ah, beaucoup. Mais, pas la politique politicienne. Celle où l?on peut défendre les valeurs de l?homme, où l?on tient des discours où la dignité humaine est la pièce maîtresse. La politique, je la vois com­me cela.»

«Le contact permanent que j?avais avec le domaine sanitaire est aisément transposable dans la création d?une boulangerie. »

Qu?en est-il de ses projets ? «C?est compliqué. Je surfe sur plusieurs mers. Suis-je égoïste en voulant que ceux qui m?aiment me suivent ?» Mais sait-il où il va ? «Je sais toujours où je mets mes pieds et pourquoi je les y mets», assure-t-il. Et ses pieds, compte-t-il les poser définitivement à Maurice ? «On ne sait jamais de quoi demain sera fait. Je me qualifie avec fierté comme étant un citoyen du monde. J?ai appris que quel que soit l?endroit où l?on se fixe, le bonheur, c?est dans la capacité à composer, respecter, s?apprivoiser des cultures, de la vie de l?autre? Tout cela avec humilité.»

Quid de ses projets sur le plan professionnel. Une autre boulangerie ? «C?est une question en cour de réflexion, mais qui de toute façon n?est pas envisageable à court terme.» En revanche, ce qui l?est, c?est un centre de formation, qui dispenserait des cours théoriques mais aussi pratiques. Un projet qu?il a bon espoir de réaliser cette année. «Nous avons des personnes en main. Ce serait un gâchis de ne pas leur laisser mettre leur savoir à la portée des futurs professionnels.» Car, parmi ses employés, on trouve en la personne de Guy Arokium, chef boulanger qui compte plusieurs années au fameux restaurant Chez Paul à Paris. Ou encore Ally Edoo grâce à qui il a pu développer le pain traditionnel, les «macatias» ou les «moules collées». De plus, d?une certaine façon, la formation a déjà commencé puisque trois étudiants de l?Ecole Hôtelière, sir Gaetan Duval sont en stage au Four à Sol.

Avec tous ces projets dans le collimateur, est-ce que Canda trouve du temps pour des loisirs ? «Ah oui, j?aime bien faire un b?uf de temps à autre !» Comprenez un peu de guitare entre copains. Une vie bien remplie donc !

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