Publicité

Sur la route de Riambel-Souillac avec B.L.B.

4 janvier 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nos réminiscences d?il y a un quart de siècle vous offrent, ami lecteur, une promenade pédestre entre Riambel et les hauteurs de Souillac. La promenade vaut bien sûr par ses propres charmes. Ceux-ci se multiplient à l?infini quand notre guide est B.L.B, autrement dit Blanche Labat Bruneau ou plus exactement tifi Missié Emile (Labat) qui n?a besoin d?aucune présentation.

Blanche Labat Bruneau hérite de son père légendaire, sinon mythique, une sensibilité aiguë pour tous les éléments constituant l?âme patrimoniale de la population mauricienne. Cette sensibilité naît, bien sûr, d?une proximité inégalable avec les familles environnantes, sans considération aucune pour leur statut social, leurs origines ethniques, leurs cultures, leurs convictions religieuses.

A l?instar de son père, universellement connu à Maurice, aussi bien des fabricants de rhum ti-lambic que de nos barons sucriers et autres gros pal?tots, Blanche est partout chez elle, de la Pointe-aux-Galets au Gris-Gris. Elle connaît tout le monde. Elle a toujours une minute à offrir à tout un chacun, surtout quand cette famille passe par une épreuve ou connaît quelques difficultés passagères ou intermittentes.

Depuis la mort de Sophie, sa tortue centenaire, mortellement heurtée par un autobus trop pressé, BLB est une fidèle correspondante de l?express. Sa plume, aussi débridée, que son tempérament libre comme l?air, raconte avec maints détails, les uns plus vivants que les autres, le quotidien de ses villages du Sud, les anecdotes de cette Savane en fleurs où naît l?âme du poète Paul Jean Toulet.

En ce début de janvier 1982, BLB éprouve le besoin de raconter à ses nombreux amis lecteurs quelques-uns des plus savoureux détails de la route menant de Riambel pour atteindre, à travers champs de cannes et terrains vagues, Surinam et de là au chef-lieu, Souillac, au-delà du pont, du Batelage et des ruines françaises de Terracine.

Les sentiers, partant de la Pointe d?Ariambel et se dirigeant vers Surinam, font preuve d?indolence. ?Ils serpentent entre les buissons de fruits sauvages : jamblons et prunes. Ils s?étirent entre les champs de cannes à sucre?. De-ci de-là, des cases au toit de paille, des marayes des gardiens de plantations ou de fours à charbon de bois. De partout, on la salue : Bonzour Mam?zelle Blanze. Elle se sait, à jamais, à leurs yeux, tifi Missié Emile. Elle trouve cela ?réconfortant?.

Elle arrive à Surinam pour pressentir les habituelles odeurs de maisons, d?arbres, de pistaches grillées, de curry d?ourite, de gâteaux piments. Elle descend, à présent, la route reliant Chemin-Grenier et Souillac. Elle laisse derrière elle la chapelle, la mosquée mais aussi un Saint-Louis qui nous est inconnu et qu?elle ne prend pas la peine de nous présenter. Ce que Blanche Labat Bruneau ne dit pas c?est que Surinam devient, les dimanches matins, le centre d?une activité commerciale et maraîchère débordante de vitalité alors que Souillac fait à côté figure de ville morte, au point de n?y pouvoir acheter le moindre journal dominical ou encore un pain maison tout chaud et tout croustillant. Mais il faut se lever tôt et renoncer à la grasse matinée car passé huit heures, les marchands plient bagages et la rue principale, traversant ce village, retrouve bien vite sa torpeur habituelle.

Blanche Labat Bruneau arrive aux trois bras réunissant les routes menant de ce carrefour à la Pointe des Galets, à Chemin-Grenier et à Souillac. Il faut choisir sa route. Pour Souillac, il faut descendre la pente plutôt raide (nos cyclistes doivent en savoir quelque chose) menant au pont à arche blanche plutôt majestueux mais trop étroit et peut-être trop vétuste pour laisser passer deux poids lourds en sens inverse. Des feux de signalisation règlent désormais la circulation, du moins quand ils fonctionnent.

Blanche Labat Bruneau s?engage sur le pont plutôt branlant. Elle ne juge pas utile de s?engager dans la ruelle menant à l?ancienne usine sucrière de Surinam où le bord de rivière est particulièrement poétique. Le fantôme de Paul Jean Toulet hante d?ailleurs ces lieux. Le 25 janvier 1946, Robert Edward Hart raconte comment il retrouve Paul Jean Toulet à toutes les croisées de chemin ?en cette Savane où il est doucement immortel? (La Gazette des Iles No 40, mars 1996). Il cite nos vieux laboureurs qui disent : ?Mort à Maurice, ressuscité dans l?Inde !? Hart conclut que Toulet meurt en France et ressuscite à Maurice car ?la petite patrie est une délicieuse tunique de Nessus dont on ne saurait se défaire qu?en y laissant la peau?.

La sucrerie de Surinam est, peut-être, construite vers 1817 par Janvier Monneron. Des tours servant au séchage du sucre indiquent sa présence depuis 1854. Ses terres sont morcelées vers 1886 lors de la formation d?Union-Chamouny en 1910.

Emile Labat achète la section de La Martinière en 1933. Ce nom vient d?Auguste Thoreau de la Martinière, ingénieur associé à Charles Rouillard pour exploiter l?établissement sucrier de Plaisance.

Nous retrouverons lundi Hart, Toulet et leur digne descendante spirituelle, BLB, sur les chemins de la Savane en fleurs ?que l?océan trempe de pleurs et le soleil de flamme?.

Publicité