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Sundhya affûte ses armes
Sundhya Goorbin laisse échapper un grand éclat de rire. Elle se revoit à ses premières années de police, à la circulation. «Un goujat m?a traversée à moto et m?a jeté au visage : Alle lave lassiette lacaze do ! Avant que je n?aie pu enregistrer ses propos, il avait disparu ! »
Ce genre de méchancetés, vraisemblablement, ont été trop rares pour la dégoûter du métier. Après dix années dans la police et sa toute récente formation qui a aiguisé de plus belle son intérêt, Sundhya est même convaincue que c?est un métier? pour femmes !
Fille d?un planteur de l?Aventure (Flacq), Sundhya entre dans la police au moment où l?on prend conscience, pour la première fois, que les cas d?abus de femmes et d?enfants seraient mieux traités par des femmes. C?est le premier grand recrutement féminin, recommandé par feu le commissaire Bhimsen Kowlessur. Le père de la jeune fille est réticent, appréhendant cet univers masculin. Mais encouragée par sa mère et ses s?urs et lasse d?un métier de secrétaire à Port-Louis qui l?oblige à traverser la moitié de l?île, elle fonce.
Elles seront 54 à être recrutées. Après l?épreuve d?aptitudes, le test médical et l?interview, elles sont accueillies par le chef inspecteur Gladys Cunniah. Commence alors une formation de six mois : exercices physiques, devoirs du policier, droit, administration. Sundhya prend peu à peu conscience de la responsabilité que confère cet uniforme. Elle en devient si fière qu?elle se donne à fond et se classe troisième du groupe à l?épreuve finale. Elle est prête alors à descendre sur le terrain. Son premier champ de bataille : Port-Louis Nord.
Les craintes de son père ne s?avéreront pas fondées. La majorité des collègues masculins qu?elle rencontre durant cette tournée des postes de police sont très coopératifs. «Le chef inspecteur Vythilingum était une crème. Quand je faisais des erreurs, il me corrigeait et m?encourageait. J?ai eu aussi de formidables collègues en Sudesh Beeharry et Reza Hossenbaccus, que je tiens à citer». Les quelques «goujats» qui la laissent se dépêtrer dans son ignorance lui seront aussi d?une aide précieuse. Ils l?amènent à comprendre, toute seule, un aspect fondamental du métier : il faut simplement être humain et accueillir toute la détresse qui vient échouer dans les postes de police.
Cacher ses emotions
«La première fois que j?ai vu une femme traumatisée, je ne savais pas comment m?y prendre. Je me suis dit qu?il fallait que je tente de la comprendre avec mon c?ur. Et ça a marché», se souvient Sundhya. Lorsqu?elle sera paralysée de même devant le regard d?une enfant violée, c?est son c?ur qu?elle écouter.
Cette grande sensible qui ne pouvait supporter une extraction de dents alors qu?elle était assistante d?un dentiste, parvient à retenir ses émotions. «C?était très dur. Elle avait huit ans, elle était toute frêle. Elle me fixait sans dire un mot. J?étais désarmée, révoltée. J?ai essayé de parler de tout et de rien. Petit à petit, la confiance s?est installée. Et elle m?a racontée ce qui s?était passé». Cette affaire la marquera à vie.
Aujourd?hui, Sundhya est à la State Security Service, la National Intelligence Unit de jadis. De ses années d?expérience dans ce département, elle ne veut, bien entendu, pas dire grand-chose. Mais elle redevient loquace pour évoquer les années à venir. Ces quatre années d?études l?ont comblée à tel point qu?elle veut aller plus loin, se spécialiser en droit criminel. «C?était passionnant. Nous avons appris jusqu?aux moyens de traiter avec différents groupes ethniques», raconte-t-elle avant de se lancer dans sa liste de savoirs nouvellement acquis : psychologie, techniques d?interview et de communication, théories de leadership et de gestion, droit civil et pénal?
De son avenir dans la police, elle parle aussi positivement que de l?avenir même de la police. «Nous allons dans la bonne direction !» Pourquoi ? «Parce que l?idée est largement acceptée que les femmes peuvent énormément apporter à l?avancement d?une enquête. Elles ont plus de tact pour traiter les cas délicats. Les hommes ne sont pas outillés pour ça. » Avis aux «goujats» !
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