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Sucre : les pays ACP s?arment contre le Brésil et l?Australie

15 juillet 2003, 20:00

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Un marché sucrier européen non protégé. Le Brésil et l?Australie, gros producteurs mondiaux de sucre, le réclament. Maurice et ses alliés d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) le redoutent puisque cette libéralisation risque de les mettre hors-jeu. A partir du 22 juillet, l?Organisation mondiale du commerce (OMC) arbitrera le litige déclaré par les deux libéraux. Les Etats sucriers d?ACP se rencontrent à Fidji lundi pour arrêter un plan de défense.

Pravind Jugnauth, ministre de l?Agriculture et porte-parole des ACP sur le dossier sucre, dirige une délégation à Fidji à la fin de cette semaine. Il sera accompagné par Jean-Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d?Agriculture, Jean-Claude Autrey, directeur de l?Institut de recherche de l?industrie sucrière et par des ambassadeurs et techniciens spécialistes du dossier sucre.

Le Brésil est un des plus gros producteurs mondiaux de sucre. L?Australie aussi. Ils écoulent l?essentiel de leur sucre sur le marché mondial. Ces pays accusent l?Union européenne (UE) d?en fausser l?équilibre en pratiquant un protectionnisme de son marché domestique. De fait, ils s?en prennent au régime sucrier européen qu?ils jugent incompatible avec les règles de l?OMC. Ils ont déclaré litige.

Les ACP sont amers. Ils ne mâchent pas leurs mots pour condamner l?initiative australo-brésilienne. Dans une communication émanant du secrétariat général, à Bruxelles, ils accusent ces pays d?utiliser les règles de l?OMC pour marginaliser davantage les pays vulnérables. Des pays qui dépendent souvent d?une monoculture alors que les contestataires, eux, ont une production et exportation diversifiée.

Si les ACP réagissent aussi fortement, c?est parce que leurs intérêts sont directement menacés. Ces pays exportent un peu moins de deux millions de tonnes de sucre à l?UE sous un régime préférentiel négocié des décennies plus tôt. Ce Protocole sucre est annexé au Régime sucrier européen. Le prix et l?accès garantis aux ACP en sont tributaires. De fait, on ne peut toucher au Régime sucrier européen sans que le Protocole sucre en soit affecté.

Multiplication des lobbys

Si le Dispute Settlement Mechanism de l?OMC donne gain de cause au Brésil et à l?Australie, Maurice serait un des producteurs ACP qui seront les plus touchés. Le pays est le plus gros exportateur sucrier ACP, son engagement étant de l?ordre de quelque 510 000 tonnes de sucre.

Les ACP ont tout fait pour éviter d?en arriver là. Ils ont multiplié les lobbys. Ils ont été chercher des assurances jusqu?au Brésil. Et ils ont obtenu une certaine assurance : le Brésil tout comme l?Australie a affirmé que son action n?est pas dirigée contre les ACP mais plus tôt contre l?UE . Cependant, il est clair que les contestataires ont joué sur les mots. Car dans la pratique, on ne peut s?attaquer au régime sucrier européen sans mettre en péril les intérêts ACP.

Les ACPs constatent que leur plaidoirie pour un traitement différencié est tombée dans les oreilles de sourds. ?C?est à se demander l?importance qu?accordent les membres les plus compétitives de l?OMC aux impératifs de développement des plus vulnérables. Ceci est une attaque ouverte motivée par rien d?autre que le mercantilisme,? peut-on lire dans le communiqué de Bruxelles.

Les ACP entendent en tirer les conséquences. Et ils auront l?occasion de se faire entendre assez vite puisque le Conseil des ministres de l?OMC se réunit quelques mois plus tard (septembre) à Cancun, Mexique. Les rapports de force au sein de l?OMC se font et se défont selon les alliances qu?on contracte. Les 71 Etats ACP ont un poids, pour peu qu?ils restent soudés et qu?ils ne perdent pas de vue la communauté de leurs intérêts.

?Nous irons à Cancun en gardant en tête ce développement? disent les ACP. Ils se demandent si l?OMC ne devrait pas codifier la différenciation entre pays développés et pays en développement lors de la détermination des règles.

En attendant Cancun, les ACP devront se défendre devant le Dispute Settlement Mechanism de l?OMC. Ce bloc a obtenu la représentation comme partie tierce dans cette dispute qui, au départ, oppose le Brésil et l?Australie à l?UE.

A Sigatoka, Fidji, l?industrie sucrière européenne, les sucriers ACP et Tate & Lyle, le raffineur qui achète leur sucre, mettront leurs ressources en commun pour définir un plan d?action. Ces trois parties ont des intérêts en commun. Car il n?y a pas que l?offensive australo-brésilienne. La réforme du Régime sucrier européen, la révision de la formule de coopération EU-ACP et les négociations sur l?agriculture au sein de l?OMC sont autant de facteurs qui influeront sur l?agriculture ACP et en particulier, leur sucre.

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