Publicité
?Stevedores? (poisson) en guise, au besoin, de ?stevedores? (sucre)
Par
Partager cet article
?Stevedores? (poisson) en guise, au besoin, de ?stevedores? (sucre)
Non ! Il ne s?agit pas d?une recette de sauce aigre-douce mais plus prosaïquement du compromis enfin trouvé par les autorités, employeurs et syndicats portuaires pour accélérer le chargement du sucre, rattraper le retard enregistré à ce jour et assurer l?exportation du quota sucrier, avant la date butoir du 31 mai 1980. C?est décidé : les stevedores de la section poisson remplaceront leurs collègues de la section sucre, en cas d?absentéisme trop important ou trop prolongé. C?est simple mais il fallait y penser. En attendant que la formule magique opère des miracles, il faut faire certains comptes et découvrir, par exemple, que l?attente du Khoobchand en rade de Port-Louis coûtera Rs 2,5 millions aux contribuables et aux consommateurs, à cause du retard enregistré dans le débarquement de sa cargaison de 7 200 tonnes de riz, portant le total des surestaries (demurrage fees) à Rs 6,5 millions depuis janvier 1979. Cela rappelle l?attente de l?Antonios C, bloqué en tête de rade, avec 12 000 tonnes de riz à bord, du 12 mars au 11 juin 1979 (90 jours). Le Khoobchand est plus chanceux. Arrivé le 19 décembre 1979, il peut repartir le 23 février 1980, après seulement 60 jours d?attente dans le port qui est, ne l?oublions surtout pas, ?le plus moderne d?Afrique et d?Asie?, Hurryparsad Ramnarain dixit.
Les parties concernées dans le port s?entendent aussi bien que les membres du Parti travailliste (PTr). Lors de la réunion de l?exécutif rouge du mercredi 20 février 1980, des membres, plus ahuris que jamais, ont pu entendre les échanges de vérités suivants : -
Satcam Boolell : Il n?est pas permis de critiquer à tout bout de champ un partenaire de coalition (le PMSD). Il est indécent d?agir comme des lèche-bottes et de mendier une coalition avec le MMM, en dépit des refus successifs essuyés. Seewoosagur Ramgoolam : Ki ou été ou ? Ou ène ustad (expert) ou ? Boolell : Si vous attaquez votre partenaire, attendez-vous qu?il vous rende coup pour coup. Ramgoolam : If you want to go, you can go ! Que sont les démissions d?un Chumroo ou d?un Choonee, comparées aux amabilités travaillistes échangées en 1980, alors que la majorité gouvernementale ne tient qu?à une ou deux voix possiblement achetées ? La situation est assez délicate pour que Darga, de retour d?un voyage à Paris, Londres, Dakar, Kampala et Dar-Es-Salam, déclare comprendre la suspicion à son égard de quelques camarades militants quelque peu refroidis par les départs des transfuges Moorba, Coonjan, Augustave, Harris Ramphul. Militant il est, militant il reste. Du moins pour l?instant. Un billet d?avion offert par un homme d?affaires ne change rien à l?affaire.
On a même droit à une photo prophétique puisqu?elle montre assis, côte à côte, les deux futurs colistiers MMM-PTr de la partielle de janvier 1995 au n° 19, Stanley-Rose Hill : Paul Bérenger et James Burty David. En 1980, ils partagent la même plate-forme anti-apartheid. Le compte-rendu médiatique ne précise pas si le président du PTr d?alors en profite pour stigmatiser les lobbies pro-apartheid à l?intérieur du gouvernement travailliste, réclamant l?envoi d?une délégation ministérielle à Pretoria pour négocier la vente de quelques tonnes de thé made in Mauritius.
Tout cela n?est pas bien grave car déjà le premier responsable de tous les maux des politiciens et même de la société, la presse, bien entendu, brandit à bout de bras un miroir reflétant plus ou moins objectivement tout ce qui bouge, dans un sens ou dans l?autre, sur la terre des vivants, comme par exemple la démission de notre nouvel ambassadeur au Caire, Yousuf Mohamed, rentrant à Maurice, quatre mois seulement après ses débuts dans la carrière diplomatique, ou encore le projet gouvernemental d?une campagne ?achetez mauricien? qui coïncide avec les projets de l?envoi de vendeurs de thé dans l?Afrique du Sud de l?apartheid et d?une foire expo-vente de produits locaux au Belle-Vue Hippic Club d?Albion, initiative de MM. R. Rama et Sooresh Moorba.
C?est quand même cette presse honnie par la classe politique qui sait en appeler à l?opinion publique pour faire entendre le cri de détresse et de désespérance des habitants des Dockers Flats, affligés par la fin ô combien tragique et révoltante de Kersley Augustin, deux ans, ayant trouvé la mort la plus atroce qui soit au fond d?un puits d?absorption. Philippe Forget stigmatise l?indifférence et le mépris du Sugar Industry Labour Welfare Fund (SILWF), responsable du calvaire imposé à ces habitants, sa ?carence humanitaire, administrative, sanitaire !? Il s?étonne de la non-démission du ministre de la Sécurité sociale, Kailash Purryag, du fait que nul ne songe à offrir aux parents Augustin les services de nos meilleurs avocats pour poursuivre qui de droit, que la police et le DPP n?aient pas déjà inculpé les premiers responsables de cette victime de notre négligence nationale, symbolisée par un trou béant au milieu d?une cité ouvrière, l?existence même d?un Fonds de Bien-être (SILWF) responsable d?un tel mal-être, de l?existence d?un tel cloaque à 600 mètres d?un possible foyer épidémique de typhoïde. Il conclut : ?Si nous ne sommes pas 10 000, demain à 8h45 devant le SILWF, rue Edith-Cavell, Port-Louis, c?est qu?il n?y a pas, non plus, d?opinion publique à Maurice.?
Publicité
Publicité
Les plus récents