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SSR bousculé lors des funérailles de Jugdumbi
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SSR bousculé lors des funérailles de Jugdumbi
Le martyrologe travailliste s?allonge. A peine un an après les décès de Sir Harilal R. Vaghjee, de Guy Balancy et de Mahess Teeluck, voici un nouveau nom à ajouter à la liste de ceux ayant consacré leur vie à la cause de la défense des intérêts des plus faibles : celui de Sharma Jugdumbi, un des ténors du syndicalisme agricole. Hélas ! pour ce parti, ses funérailles donnent lieu à un regrettable incident, à savoir une bousculade faisant trébucher le Premier ministre et leader de ce parti qui perdra ses lunettes dans la pagaille.
Le secrétaire parlementaire à l?Education d?alors, Mooneshwar Hurry, raconte : à un certain moment, Seewoosagur Ramgoolam quitte la maison mortuaire, après s?être recueilli devant la dépouille du défunt. Il se prépare à gagner la rangée de chaises alignées dans la cour de la maison mortuaire. Soudain, Hurry sent que quelqu?un le pousse assez violemment. Il trébuche. SSR de même. On cherche à les retenir. Des cris se font entendre derrière eux. Il aperçoit alors des sympathisants maîtrisant un proche et le conduisant à l?intérieur. L?émotion est à son comble d?autant plus que les lunettes du Premier ministre ont été piétinés dans la mêlée. Il en faut davantage pour troubler la sérénité ramgoolamienne. Le Premier ministre assiste aux funérailles comme si rien d?anormal ne s?est passé.
La famille Jugdambi lui présente ses excuses mais sans nier pour autant l?existence d?un certain contentieux entre le Parti travailliste, son leader et elle. Ce ressentiment est dû à l?indifférence qu?elle les accuse de témoigner à l?égard du disparu. Elle ne peut accepter une telle ingratitude après tant de services rendus au parti et au pays. Elle n?oublie pas qu?un des dix enfants de Sharma Jugdumbi est au chômage en dépit de son School Certificate. Elle digère mal la présence de grosses légumes travaillistes venant répandre des larmes de crocodile sur sa dépouille après être restées indifférentes à ses aspirations comme à ses souffrances physiques. Elle garde sur le c?ur le refus du PTr de lui renouveler son ticket électoral au n° 6 en décembre 1976. Il a depuis perdu la présidence de la Planters Workers? Union (PWU) et du Mauritius Labour Congress (MLC).
Avec le décès de Jugdumbi, le syndicalisme mauricien perd, en effet, un de ses principaux pionniers après Emmanuel Anquetil et Guy Rozemont. Il connaît déjà la prison, en raison de ses activités syndicales, avant la fusillade de Belle-Vue de 1943. Il connaîtra encore l?emprisonnement pour participation active à une campagne anti-alcoolisme, pour avoir milité, entre autres aux Quatre-Bornes, en faveur du libre accès des vachers aux terres à fourrage et même, en janvier 1960, pour incitation au mépris de la loi. Auréolé de cinq peines d?emprisonnement politique et syndical, il accède, en 1953, au secrétariat de la PWU. Il occupe le poste pendant quinze ans avant d?accéder à la présidence en 1968. Candidat de l?Independant Forward Bloc (IFB) de Sookdeo Bissoondoyal, à Poudre-d?Or, en 1963, il n?est battu que de 10 voix, par le brillant candidat travailliste Bickramsing Ramlallah (2 560 voix contre 2 510). Il prendra sa « revanche », en 1968, à Grand-Baie-Poudre-d?Or, en devançant de 403 voix (9 064 contre 8 661) Ramlallah, devenu depuis son colistier au sein de l?Alliance PTr-CAM-IFB pour l?Indépendance. Il est passé au PTr en octobre 1965 et menacera de passer au MMM, en mars 1970. En 1976, M. Hurry arrive en tête de liste dans cette circonscription avec 9 497 voix, mais les militants Madun Dulloo et Dharma Fokeer précèdent les candidats travaillistes malheureux R. Jaypal et Radha Poonoosamy. Backbencher, Jugdumbi ne ménage pas pour autant l?équipe gouvernementale. On se souvient encore de son indépendance d?esprit exemplaire, allant même jusqu?à voter avec l?opposition, chaque fois que son dévouement à la défense des ti-dimoun l?exige. En février 1970, il déclare que les droits des syndiqués sont piétinés. Il menace plus d?une fois de déclencher une grève générale si on ne fait pas droit aux requêtes de la classe ouvrière. Il sait aussi à l?occasion réclamer la démission de certains ministres.
Boursier du cycle primaire, il doit cependant interrompre ses études secondaires. Cela ne l?empêche nullement d?être à l?avant-plan des luttes sociales et politiques. Il sera successivement président du conseil de village et du centre social de Goodlands, membre du conseil de district du Nord, membre de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) de 1976 à 1979, substitut du Bureau international du travail de 1975 à 1976. Il fera partie du Wages Council en 1963. Les travailleurs agricoles lui doivent plusieurs allocations (boni de 18%, uniformes, bottes, gants, transport, emploi régulier pour les journaliers, compensation au taux punitif pour les renvois injustifiés). On ne saurait non plus passer sous silence son travail social auprès des nécessiteux et ses activités religieuses entre autres comme pandit. Soyons attentifs aux hommages qui lui seront rendus aujourd?hui à l?occasion du 25e anniversaire de son décès.
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