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Squatters de la dernière chance

3 juillet 2005, 00:00

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Ils en ont marre de leur situation précaire et ont décidé d?y remédier. Les maisons étaient là, certaines inachevées mais comme une invitation à entrer. Il a suffit de briser les vitres et de forcer les serrures pour accéder enfin au rêve : celui de posséder une habitation décente.

Trois cent sept logements de la National Housing Development Company Ltd (NHDC), construites à Camp-Levieux, Chebel et Terre-Rouge, ont ainsi été tour à tour pris d?assaut depuis le début de la semaine par des squatters. Et comme par hasard, ces événements se sont déroulés à la veille des élections? « Le moins que l?on puisse dire, c?est qu?ils ont bien choisi leur timing », ironise Ehsan Khodabocus, le directeur général de la NHDC.

C?est Françoise Nanette, une habitante de Plaisance qui a déclenché l?offensive, dimanche dernier, en squattant un des appartements de Camp-Levieux. La police, alertée par les vigiles, se rend sur les lieux, mais n?agit pas. La nouvelle, reprise par les radios, s?est alors répandue comme une traînée de poudre. Et comme on s?y attendait, cela a fait boule de neige.

À Terre-Rouge vendredi, dans le nouveau lotissement fraîchement achevé de la NHDC, le silence est brisé par des coups de marteau. Un petit homme, cigarette au bec, s?attelle à forcer les verrous des portes sous le regard indifférent des nouveaux « propriétaires ». « Li pe ed nou defons laport pou nou kapav rentre », confie une jeune femme, accompagnée de deux enfants.

Marie Jolic?ur fait le pied de grue devant « sa » maison depuis 7 h 30. Enceinte de huit mois, elle s?est empressée de venir. « Mo nepli kapav res Karo Kaliptis. Mo lakaz pe tombe, pena sekirite laba », explique-t-elle en faisant allusion aux trafics louches de certains habitants. Marie en a assez de voir le sol de son logis branlant jonché de seringues souillées laissées en son absence, et des vols dont elle est victime. Ses enfants, de 13 et 18 ans, craignent aussi de se faire racketter.

Pourtant, comme beaucoup de ceux qui viennent d?élire domicile dans la localité, Marie affirme contribuer régulièrement au Plan épargne-logement (PEL), dans l?espoir d?avoir un jour un toit. Mais le rêve tarde à se réaliser. « Sak foi nou al get NHDC, zot dir nou bizin attann », lance Medgée Philippe, dont les contributions s?élèvent à Rs 39 000. Voilà plus de trois ans qu?elle vivote avec 14 autres personnes chez son oncle à Cité Roche-Bois. « Nou pe res enn lor lot. Nepli kapav kontinie koum sa? »

Chacun y va de son histoire. Le fait que ces maisonnettes ne soient pourvues ni d?eau ni d?électricité ne les rebute pas. « Pa enn problem sa, kompare a seki mo pe viv », lance Cindy Bibi en tenant un de ses enfants par la main. Avec ses trois enfants, elle fait le va-et-vient entre Bois-Marchand et Vacoas. Elle a perdu sa maison lors d?un cyclone et, récemment, elle a été chassée de chez sa belle-s?ur.

Voir de quoi demain sera fait

Margaret Milazar a, quant à elle, élu domicile à Terre-Rouge avec ses sept enfants après que le propriétaire de la maison qu?elle louait l?a mise à la porte.

« Mo ti nepli kapav pey loye Rs 3 500. Monn al PEL, zot dir moi asper ou tour. Depi troi zan mo pe kontribie mem? » La vie de Roland Sobha ressemble à la sienne. Ce dernier habitait une maison située à la route Nicolay, avec femme et enfants. Il n?a pas réfléchi à deux fois avant de « pran enn lakaz isi » lorsqu?il a entendu la nouvelle à la radio. Pour lui, c?est son dû et personne ne pourra l?y déloger.

À Camp-Levieux, les squatters, qui sont sans eau ni électricité, s?organisent comme ils peuvent pour vivre. L?eau recueillie dans des fûts utilisés pour la construction sert à la lessive et? à boire. Et les morceaux de ferraille qui dépassent à certains endroits sont autant de pièges mortels.

Les puits d?absorption ont déjà été placés, mais les ouvriers n?ont pas eu le temps de remettre les couvercles. Les occupants ont le même profil que les ceux de Terre-Rouge sauf qu?ici, on ne veut pas de maisons de type Firinga.

C?est Françoise Nanette qui a donné le coup d?envoi. Cette quinquagénaire, originaire de Plaisance, a eu, ce dimanche après-midi, l?idée d?occuper illégalement un des appartements. « Personn pann dir nou narien. Fos pou dir ki bann politisien kinn donn nou lide. », souligne-t-elle en jetant un regard vers son vieux père de 83 ans.

Françoise est alors suivie par toutes les indigentes de son quartier : Doris, sa belle-fille qui parle comme si elle animait un meeting, sa voisine qui menace de faire exploser le gaz et de s?immoler avec ses enfants si les autorités l?expulsent de son nouveau logis. Conscientes que ces appartements sont destinés à une clientèle de la classe moyenne, elles veulent malgré tout y habiter. « Fodre nou dans b? pou ki nou la », confie-t-elle.

À l?autre bout de la cité, Géraldine, 35 ans, évoque les drames qu?elle vécus. C?est à la suite du viol de sa fille de 7 ans par son frère qu?elle a élu domicile, avec ses sept autres enfants, à Plaisance. Lorsqu?elle n?arrive plus à payer le loyer, le propriétaire lui propose d?être payé en nature, et choisit une de ses filles. Elle refuse, ce qui lui vaudra d?être mise à la porte. Alors pour nourrir ses enfants, elle est obligée de vendre son corps.

Ses compagnons, des chômeurs, approuvent du chef. Arnaud, qui arbore plusieurs tatouages sur le torse et les bras, et Steven, un jeune homme maladroit et timide ont pris leurs aises dans « leurs » appartements. Ils attendent pour voir de quoi demain sera fait.

<B>RÉACTION DES POLITIQUES</B>

Contrairement à l?Alliance sociale, l?alliance gouvernementale se montre assez frileuse pour commenter la situation. « Le geste de ces personnes, est l?expression d?un problème qui n?a pas été réglé depuis belle lurette », affirme le secrétaire général du Parti travailliste. Si l?Alliance sociale est élue demain, elle propose de trouver une solution à travers le dialogue. « Il faudra, avant toute chose, évaluer le problème et déterminer qui sont ces personnes qui occupent illégalement ces maisons. » Au ministère du Logement et des Terres, on ne souhaite pas commenter cette affaire.

PRÊTS À TOUT POUR PROTÉGER LEURS BIENS

« Tou dimounn bizin fer sakrifis pou gaigne. Sa bann dimounn la pe zoue avec gouvernma. » Vanessa et Kersley sont les heureux propriétaires d?une maison de type Firinga. Lorsqu?ils ont eu vent de l?intention des squatters, jeudi soir, ils ont débarqué à Terre-Rouge pour voir ce qu?il en était. « Nous n?avions pas encore les clés (NdlR : ils les ont obtenues vendredi des membres de la NHDC) alors nous avons mis un matelas sur le sol et nous avons dormi à la belle étoile », affirme Vanessa. Pour elle, c?était la seule chose à faire pour protéger ses biens durement acquis. « Pendant sink an, nou finn travay dir pou kontribie dan enn kont PEL. Nou ti pe panse krepi andan ek met antivol avan nou reste. Manier pe ale nou pou bizin komans amenaze aster lamem. »

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