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Speed Racer
Quatre ans après que leur trilogie Matrix s?est terminée en eau de boudin, les frères Andy et Larry Wachowski sont de retour avec ce produit dont on ne sait pas trop quoi penser. Le moins qu?on puisse dire, c?est qu?ils nous reviennent avec encore une fois un univers visuel étonnant, mais cette fois entièrement tourné vers le divertissement régressif.
Speed Racer est un film avec des séquences en images réelles pour les scènes d?intérieur et des séquences en images numériques pour ce qu?on appelle les scènes d?action. Sauf que dans le cas présent, on n?utilisera le mot «action» qu?à défaut d?avoir pu trouver un terme plus adéquat. Car, dans ce film construit autour d?une vision fantasque de la course automobile, les frères Wachowski mettent en scène beaucoup plus que du simple mouvement dans leurs scènes de bravoure. Il y a les détails minutieux, pour les voitures de course que l?on voit sous tous les angles et pour les décors, généralement des circuits de course qui sont d?ahurissantes constructions. Il y a surtout les couleurs aux tons incroyables qui ne sont pas sans évoquer ces bonbons pour enfants qui sont interdits de vente (les bonbons comme les enfants) dans tout pays où règne l?état de droit.
Lesquelles couleurs sont d?ailleurs susceptibles de provoquer presque une indigestion chez tout adulte bien portant. Tons pastel uniquement pour les intérieurs : noir, gris et autres couleurs matrix ont été définitivement bannis et il est difficile de dire s?il y a quelque chose de significatif dans le fait que le mauve dans toutes ses teintes soit uniquement la couleur des méchants. Certains spécialistes font état d?une «lumière noire» qui donnerait aux personnages leur teint si peu naturel.
Les scènes d?action, elles, sont toutes en couleurs fluo et acidulées qui sont presque aussi agressives que ces courses dans lesquelles tous les coups sont permis, excepté l?usage d?armements offensifs. Personne n?y trouve la mort mais l?action - dans cet univers tout en numérique - est si échevelée qu?on en attrape le tournis. Les images pixelisées des frères Wachowski ne sont que vitesse et fureur avec une avalanche de scènes qui forceront l?admiration pour leur équipe technique.
Mais ces courses sont aussi très confuses et le spectateur aura le choix entre risquer un mal de tête en essayant de les suivre ou risquer un autre mal de tête devant l?incroyable platitude du récit. L?histoire de la famille Racer, petits constructeurs de voitures de courses, contre le constructeur géant Royalton incarné par l?acteur britannique Roger Allam, est celle éternelle, de David vs Goliath. Dans le rôle de Speed, le fils cadet des Racer, Emile Hirsh, a quelque chose d?Elvis Presley et les membres de sa famille (la mère/Susan Sarandon, le père/John Goodman, l?insupportable petit frère/Paulie Litt et le chimpanzé), la petite amie Trixie/Christina Ricci incluse, sont si iconiques de la famille américaine qu?on les donne gagnants dès le début. Ceci d?autant plus que Royalton, l?affreux de l?histoire, est incarné par Roger Allam, un acteur britannique. Les dialogues censés nous éclairer sur les personnages sont d?une incroyable lourdeur et la mise en scène dans ces moments-là est des plus paresseuses.
Speed Racer étant l?adaptation d?un dessin animé très populaire aux USA dans les années 1960, il est toujours possible que toute cette lourdeur soit une forme d?hommage rendu. Dans lequel cas, le propos passera à côté des plus grands, le dessin animé n?ayant jamais été diffusé chez nous. Quant à l?aspect récréatif du film, il n?interpellera que les tout jeunes spectateurs qui seront séduits par le côté cartoonesque des courses.
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