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Sous les rafales de l?alerte trois?

24 février 2007, 20:00

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Il est peu avant 11 heures. Au poste de police de Ste-Croix, les appels de détresse se comptent par centaine. « Il s?agit pour la plupart d?inondations ou encore d?arbres qui seraient tombés sur la route mais? » L?officier de garde n?a même pas le temps de terminer sa phrase que le téléphone sonne de nouveau. L?officier prend et affiche, quelques secondes plus tard, une expression des plus sérieuses. Son interlocutrice lui apprend qu?elle est sur le point d?accoucher, mais qu?elle n?a aucun moyen de transport pour se rendre à l?hôpital.

L?officier, avec tout son sérieux, nous fait signe d?approcher de la main et nous demande si nous pouvons transporter la jeune femme à l?hôpital Jeetoo, les véhicules du poste et les ambulances du Service d?aide médicale d?urgence (Samu) étant tous sur le terrain. Mais une fois à l?adresse indiquée, Cité-La-Cure, il n?y avait aucune femme sur le point d?accoucher. Aucun habitant du coin n?avait connaissance d?une femme qui serait enceinte.

« Ils ont forcé la porte »</B>

Une virée dans les différentes rues de Cité-La-Cure n?ayant rien donné, l?officier, qui nous accompagne, nous dira finalement que : « Parfois, les gens ne connaissent pas exactement l?adresse où ils habitent et donnent une adresse dans les environs. On a quand même essayé, mais c?est malheureux pour la dame. »

Nous le raccompagnons au poste de police de Ste-Croix, où les appels continuent à pleuvoir. C?est là que nous apprendrons que des unités de l?ERS ont été mandées pour s?occuper des réfugiés de la région, notamment ceux de Cité-La-Cure.

Depuis vendredi soir, certains habitants de Cité-La-Cure ont forcé les portes de cet ancien centre pour s?y réfugier. La police a vite été mandée sur les lieux pour les ramener à la raison et les reconduire vers les centres de Ste-Croix et de Vallée-des-Prêtres.

Intervenant sur la question, la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, déclare que « le centre de Cité-La-Cure n?est plus un centre de refuge. D?habitude, en période de cyclone, les centres de refuge sont ouverts à partir de l?alerte numéro 3. Le centre n?était pas aux normes et le ministère l?a fermé », explique-t-elle. À hier après-midi, quelque 150 familles avaient trouvé refuge dans les centres sociaux mis à la disposition du public.

Et la ministre de la Sécurité sociale de poursuivre en expliquant dans quelles circonstances les habitants ont élu domicile dans le centre de Cité-La-Cure : « Ils ont forcé la porte. Finalement, nous avons fait appel aux policiers, notamment l?ERS, pour guider les réfugiés vers les centres de Ste-Croix et de Vallée-des-Prêtres. La situation est sous contrôle depuis 7 heures ce matin. »

Depuis quelques jours déjà, le personnel de la station météorologique de Vacoas est sur le pied de guerre.

« Depuis le début de l?alerte cyclonique, nous avons eu plusieurs milliers d?appels par jour. Les gens veulent savoir où se trouve le cyclone et ce qu?il va faire », laisse entendre un des prévisionnistes de garde, les yeux rivés sur son ordinateur. Les équipes se sont ainsi succédé jour et nuit depuis le début de l?alerte cyclonique vendredi, pour tenir la population informée de l?évolution du temps.

Les prévisions

« Cyclone ki pozition ? Sane foi la nou na pa pou saper ! » Déclaration de Sok Appadu, figure incontournable lorsqu?on est en situation d?alerte cyclonique. L?inquiétude du directeur de la station météorologique est justifiée. Si l?attitude du cyclone Gamede continue sur une constance, Maurice sera réellement menacée. Le 13e bulletin cyclonique consacré à Gamede le situait à 240 km du pays hier à 19 h 30. Même à cette distance, avec son envergure de 30 km, Maurice enregistrait des rafales de 120 km/h. Si le cyclone maintient sa direction, il se rapprocherait de l?île et la classe 4 sera envisagée au cours de la nuit. Gamede serait ainsi au point le plus proche de Maurice entre 7 et 10 heures demain matin.

Avec une vitesse constante de 10 km/h, Gamede poursuit sa course dans une direction de l?ouest-sud-ouest. Si le cyclone bifurque légèrement vers le Sud, son centre se rapprochera encore plus de Maurice, et il représentera un véritable danger. La région Nord-Ouest, notamment Grand-Baie et Trou-aux-Biches, sera ainsi la plus rapprochée de l??il de Gamede. Les masses nuageuses liées au cyclone, malgré les 240 km qui le sépare de l?île, continuent à affecter le temps mauricien, causant même des averses torrentielles dans certaines régions de l?île. Si les rafales actuelles sont d?environ 120 km/h, on peut imaginer l?impact de Gamede s?il se rapproche encore plus de Maurice.

LA SPECIAL MOBILE FORCE

Sur le qui-vive

À peine quelques heures après l?annonce de l?avertissement de classe 3, les rues du pays se sont vidées de toute l?activité fourmillante du samedi matin. Toutefois, le paysage était jonché d?obstacles projetés par les vents violents du cyclone Gamede.

De nombreux arbres et autres panneaux d?affichage n?ont, en effet, pas résisté aux premières rafales de 120 km/h.

À environ 10 heures hier matin, l?Information Room de la police communique une information à la Special Mobile Force (SMF) :un arbre est tombé, obstruant complètement la route à la hauteur de Grande-Rosalie. Une unité de l?Engineering Squadron, sous la supervision du sergent Bookhun est dépêchée sur les lieux. Un véhicule blindé, gyrophares clignotants, accompagne le seul pay-loader ? tracteur utilisé pour déblayer les routes ? et plusieurs officiers de la SMF équipés de tronçonneuses suivent les instructions de l?Information Room.

Toutefois, en cours de route, les appels pleuvent concernant d?autres voies bloquées dans le Nord, notamment à la hauteur de Montagne-Longue. « Plusieurs équipes sont à l??uvre à travers le pays. Mais nous sommes la seule unité à avoir le pay-loader », déclare alors le sergent Bookhun. « Cela ne fait que commencer. D?habitude, nous faisons de telles opérations quelques jours après le passage d?un cyclone. Nous passerons sûrement la nuit à parcourir les routes du pays. »

Plusieurs régions de l?île devront voir le passage des équipes de la SMF dans un premier temps, et les équipes du CEB dans un deuxième. Car, si à un moment 50 % du pays était privé d?électricité, c?est à cause des arbres qui ont fait sauter des câbles à haute tension.

LES URGENCES

Une journée très chargée

1 092 appels et 43 interventions. La journée d?hier a été extrêmement chargée pour les services d?urgences, notamment le SAMU. Opérant de concert avec les équipes de l?Emergency Response Service (ERS), les véhicules du SAMU ont sillonné les routes de l?île toute la journée. Toutefois, devant le nombre d?appels, le service d?urgence a eu du mal à gérer toutes les situations. Et pour cause. Aucune autre ambulance n?était autorisée par les autorités à parcourir les routes du pays.

Depuis l?annonce de l?avertissement de cyclone de classe 3, la consigne du directeur de l?hôpital Jeetoo était qu?aucune des ambulances de l?hôpital ne sorte, peu importe l?urgence de la situation. Les seuls véhicules habilités à répondre aux appels des services d?urgences sont ceux des policiers et du SAMU.

Face à cette situation, le service de l?hôpital Jeetoo a eu fort à faire pour calmer les esprits de ceux qui ont dû se déplacer par leurs propres moyens, vu les conditions climatiques difficiles.

« Une vingtaine par heure », c?est l?estimation de l?officier à l?enregistrement du Casualty Ward. La majorité de ces personnes sont des enfants ou des vieux souffrant de gastro-entérite, mais une bonne partie concerne aussi les adultes blessés à cause des conditions cycloniques. Ecorchures, ecchymoses, foulures ou fractures, le personnel soignant de l?hôpital Jeetoo a eu fort à faire.

Un des officiers de garde au police desk confie : « Depuis le début de la journée, nous avons eu plusieurs situations où les patients se sont montrés agressifs envers le personnel soignant. Mais tout est rapidement retourné dans l?ordre. » Ces cas concernent surtout les gens qui n?ont pas de moyen pour se déplacer, surtout que ni le transport en commun, ni les taxis n?étaient sur les routes hier. De plus, les différents postes de police de l?île ont été submergés par les appels des citoyens.

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