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Sommet mondial sur la crise alimentaire
L?urgence, c?est la crise alimentaire. A Rome, la Conférence internationale de la FAO (Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture) sur la sécurité alimentaire, qui s?est ouverte hier et se tiendra jusqu?au 5 juin, devait initialement être consacrée aux défis du réchauffement climatique et des bioénergies. Des enjeux à long terme. Mais il y sera surtout question d?émeutes de la faim et des moyens de juguler au plus vite la hausse des prix des denrées et le déficit de production agricole.
Selon l?indice FAO des prix alimentaires, la moyenne des quatre premiers mois de l?année est supérieure à 53 % à la même période de 2007. Cette crise touche les plus pauvres, qui consacrent la plus grande partie de leur budget à l?alimentation. Pour beaucoup, il n?est plus question de sécurité alimentaire de la planète, mais de sécurité tout court.
Une cinquantaine de chefs d?Etat et de gouvernement (l?Argentine Cristina Kirchner, le Français Nicolas Sarkozy, le Brésilien Lula da Silva, l?Egyptien Hosni Moubarak, l?Iranien Mahmoud Ahmadinejad?) ont fait le déplacement à Rome. Tout comme Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, ou encore Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds monétaire international (FMI), deux institutions critiquées pour leur manque d?intérêt ces dernières années pour le développement de l?agriculture vivrière.
Ce sommet est ?une occasion historique de relancer le processus de lutte contre la faim et la pauvreté?, insiste la FAO. Les délégations des 191 pays membres auront pour mission d?harmoniser leurs points de vue sur le diagnostic de la crise, et de s?accorder autour de mesures concrètes pour assurer la sécurité alimentaire.
Les points d?achoppement sont nombreux : l?impact des agrocarburants sur l?offre alimentaire, les subventions des pays riches à leur agriculture, les mesures de limitation des exportations prises récemment par des pays producteurs de riz ou de blé pour garantir une alimentation bon marché à leur population, la libéralisation des échanges commerciaux, le recours aux organismes génétiquement modifiés.
<B>Deux types de mesures</B>
Le secrétaire général de l?ONU, Ban Ki-moon, devait, hier en ouverture du sommet, dévoiler un «plan d?action», mis au point par une cellule de crise créée en avril, qui regroupe les agences onusiennes (FAO, FIDA, Programme alimentaire mondial), le FMI et la Banque mondiale. ?Les gouvernements ont renoncé à prendre des décisions difficiles et ont sous-évalué la nécessité d?investir dans l?agriculture?, a-t-il déclaré lundi à Rome. ?Pendant des années, la réduction des prix des denrées de base et la croissance de la production ont donné au monde une tranquillité illusoire?, a-t-il ajouté.
L?ONU et la FAO préconisent deux types de mesures. A court terme, elles veulent faciliter l?accès des plus vulnérables à la nourriture et aider à augmenter la production grâce à la distribution de semences et d?engrais. A plus long terme, elles préconisent la mise en place de moyens de garantir le développement agricole des pays pauvres, en incitant à investir dans le secteur et la recherche.
?Pour l?urgence, il a toujours été facile de trouver de l?argent, mais pas pour le développement de l?agriculture familiale?, remarque Denis Metzger, d?Action contre la Faim, l?une des nombreuses ONG présentes à Rome. Il propose la création d?un fonds mondial pour mutualiser et favoriser les projets de remise à niveau de l?agriculture vivrière. D?autres, comme Oxfam, n?y sont pas opposés mais redoutent qu?il s?agisse là d?une énième institution.Nicolas Sarkozy devait prononcer un discours, hier à Rome, mettant l?accent sur le développement des agricultures locales. Il devait appeler à un ?réengagement général?.
La France veut proposer la création d?un groupe international pour la sécurité alimentaire, avec pour secrétariat la ?cellule de crise? de l?ONU, qui serait le moyen pour toutes les grandes institutions et les bailleurs de fonds (entreprises, gouvernements) de discuter d?enjeux cruciaux, comme la répartition des terres entre usages alimentaire et énergétique.
La France veut aussi proposer la création d?une plate-forme scientifique dédiée à la sécurité alimentaire, sur le modèle du Groupe international d?étude sur le climat (GIEC), et appeler à la mobilisation financière internationale, notamment des fonds souverains. Si les solutions proposées par les participants risquent de fortement diverger, le but est le même pour tous : enrayer la crise actuelle et éviter qu?elle ne se répète. Le Sommet devrait se conclure, jeudi 5 juin, sur l?adoption d?une déclaration commune.
<B>Laetitia CLAVREUL © Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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