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Sithanen comme? Bérenger en 1982
Les revendications salariales dans la perspective de la présentation du budget 2006-07, le 9 juin, viennent faire exploser un mythe : les promesses d?une campagne électorale ne résistent pas à la dure réalité économique. Le grand argentier, Rama Sithanen, vient d?en faire les frais lors du deuxième round des tripartites quand les syndicalistes ont effectué un walk-out intempestif l?accusant d?être « le valet de la Banque mondiale et du FMI » et de « tenir le même langage que le patronat ».
De telles accusations sont certes abusives, ne correspondent pas à l?air du temps et sont decalées. Mais dans l?opinion publique, celle qui s?est exprimée en faveur de l?Alliance sociale en juillet dernier, elle ne comprend pas comment le langage de la campagne électorale est devenu aujourd?hui caduc.
Comment ceux qui prônaient l?année dernière la démocratisation de l?économie, le partage équitable selon le concept de « put people first » sont capables d?un tel retournement de veste ?
La réaction hostile est d?autant plus vive que la campagne électorale date de l?année dernière et les propos sont encore frais dans les mémoires. Les électeurs se rappellent comment le Premier ministre d?alors, Paul Bérenger, avait été vertement pris à partie pour avoir encouragé la vampirisation de l?économie par une poignée de priviligiés.
L?Alliance sociale promettait alors monts et merveilles dans une posture idéologique qui a même fait pâlir le MMM. Elle allait briser les carcans économiques, permettre l?accès à la richesse au plus grand nombre tout en cassant les reins aux capitalistes. Navin Ramgoolam, le leader de l?opposition, d?alors dénonçait le 16 avril 2005 lors d?un Congrès « qu?une seule poignée de personnes sont favorisées ». Les plus prudents de ces orateurs prenaient toutefois la peine de préciser que dans le contexte de la globalisation, des jours sombres sont à prevoir.
Dès son installation au pouvoir, l?Alliance sociale allait faire illusion en concrétisant quelques promesses électorales : le transport gratuit pour les étudiants, le rétablissement de la pension universelle de vieillesse. Étrangement, Rama Sithanen, de notoriété publique avait disparu du paysage. L?on mettait cette hibernation forcée sur le compte de son isolement au sein du gouvernement face à des hystériques incapables d?appréhender la réalité économique, mais en revanche très populaires parce qu?ils disaient n?importe quoi.
Dans sa solitude, Rama Sithanen se souvient encore de ses engagements du 28 juin dernier lors d?une conférence de presse : la création de 50 000 à 60 000 emplois, la réduction du déficit budgétaire à 3 % du PIB et aussi la réduction de la dette publique à 50 % du même PIB. Ce sont des chiffres qui le hantent aussi bien que celui du chômage.
Or, s?il avait la moindre velléité de satisfaire les revendications salariales aujourd?hui, il sait bien que ses engagements ne vaudraient que du vent. Rama Sithanen a la délicate mission d?être porteur de mauvaises nouvelles et il risque de connaître le sort réservé à ces messagers de la Rome antique.
Rama Sithanen n?est pas le premier ministre des Finances qui se trouve dans cette situation délicate. Paul Bérenger, en 1982 dans le même fauteuil, était entre le marteau des promesses du MMM et l?enclume de l?économie. La plateforme mauve était résolument de gauche, sinon marxiste-leniniste. Quatorze familles, disait-on, contrôlaient plus de 80 % de l?économie. Sheila Bappoo les avait indentifiées et les vouait aux gémonies avec une série d?articles dans l?organe de presse du MMM. On cassait alors l?oligarchie sucrière.
Un dommage collatéral
Or, dès l?installation du MMM-PSM au pouvoir, la réalité exigeait qu?on accordât plus de Rs 57 millions de subvention à l?industrie sucrière et qu?on augmentât dans le même souffle les prix du riz et de la farine entre autres mesures impopulaires. Des bombes à retardement qui firent voler en éclat le gouvernement issu des urnes de 1982 !
Paul Bérenger doit rire sous cape en ce moment sachant que Rama Sithanen n?a pas d?autre choix que d?appliquer la rigueur dans la gestion de l?économie. Que nous sommes loin de la démagogie de la campagne électorale qui lui a fait mordre la poussière en juillet dernier.
Reste à savoir si Navin Ramgoolam ne sera pas un dommage collatéral lors de cet exercice budgétaire, car en 1982, le Premier ministre d?alors, sir Anerood Jugnauth, avait réussi le tour de force de faire croire que seul Paul Bérenger était responsable de ces mesures impopulaires.
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