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Shirley Moura : Le coup de pouce pour être sur une bonne lancée
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Shirley Moura : Le coup de pouce pour être sur une bonne lancée
Lorsqu?elle nous raccompagne à la sortie, Shirley Moura remarque immédiatement qu?un panneau de vitre d?une classe, située à l?étage du centre, a volé en éclats. Elle est aussitôt aux aguets, cherchant à savoir ce qui s?est passé. ?Vous voyez?, dit-elle, avec un grand sourire, ?quand je vous disais tout à l?heure qu?ici, il y a un incident ou un problème à régler presque tous les jours?.
Treize ans d?accompagnement émaillés d?incidents et de problèmes à régler presque quotidiennement seraient venus à bout de n?importe quelle résistance. Ce n?est pas le cas chez cette femme de 33 ans qui déteste tout ce qui est routinier. ?Il arrive parfois mais c?est rare, que je me demande si le temps n?est pas venu pour moi de secouer la terre de mes sandales et de m?en aller voir ailleurs. Mais cette idée ne dure pas. Je suis comme aimantée au centre St.-Luc.?
Cette volonté de vouloir mater de front les épreuves vient sans doute du fait que Shirley est l?aînée des trois enfants d?un ancien superviseur d?atelier de mécanique à la Corporation nationale de transport. De ce fait, elle a assumé des responsabilités depuis qu?elle est toute petite.
Une fois son cycle secondaire terminé, Shirley, qui est très engagée dans la paroisse de Notre-Dame du Rosaire à Quatre-Bornes, prend de l?emploi comme vendeuse dans un supermarché quatrebornais. Elle sent toutefois que ce n?est pas là qu?est sa place. En bavardant avec le père Robert Giraud, curé de sa paroisse, elle entend parler du sort des recalés du cycle primaire et de l?entrée en opération du centre St Luc pour leur venir en aide.
Shirley est intriguée et comme la difficulté ne l?effraie point, elle décide de s?y faire enrôler comme animatrice. Elle demande même à être en contact avec les enfants dont l?alphabétisation est sommaire. ?Pourquoi eux? Mo kontan relev bann defi ek mat bann zafer diffisil.?
Au début, elle a du mal à trouver ses marques, tant auprès des élèves de 13 à 17 ans qui lui sont confiés qu?auprès des animateurs. ?C?était normal car j?allais à la découverte de personnalités très différentes aussi bien chez les enfants rejetés du système scolaire que chez les animateurs. Pour pouvoir m?y retrouver, j?ai beaucoup observé, écouté et quand je suis intervenue avec les enfants, c?était toujours avec une pointe d?humour. Et puis, j?ai réalisé qu?il est également important de leur dire ce que je ressentais par rapport à leurs actes et comportements.?
Cette tactique basée sur l?intuition s?avère payante et c?est ainsi que se tissent des relations de confiance. À tel point que certains enfants n?hésitent pas à venir se confier à elle après les cours et vont même jusqu?à frapper à la porte de son domicile pour un conseil.
?Ces enfants ont des talents enfouis en eux. Et lorsque je les regarde, je réalise que nous sommes tous comme eux. À un moment ou à un autre de notre vie, nous avons besoin d?un coup de pouce pour nous ressaisir et réagir. Je les associe à un jeu de carom. Ils sont les pions. Je les pousse et ils continuent sur la lancée.?
Pour pouvoir étoffer leur bagage académique, Shirley suit plusieurs cours sur la pédagogie inclusive. Et comme elle veut aussi leur transmettre le maximum au niveau artistique, elle prend des cours de Design and Textile à l?Industrial and Vocational Training Board, de même que d?autres cours d?approfondissement en artisanat auprès de la défunte Craft Academy.
Mais, dit-elle, l?apprentissage n?est pas qu?à sens unique. ?J?adore ces enfants et j?apprends énormément d?eux en matière de mode, de danse, de langage utilisé par les jeunes. Ils sont aussi ma source d?inspiration.?
?J?adore ces enfants et j?apprends énormément d?eux en matière de mode, de danse, de langage utilisé par les jeunes. Ils sont aussi ma source d?inspiration?
Un des points communs chez la plupart de ces enfants est qu?ils viennent de familles désunies ou brisées. Shirley est consciente que l?encadrement qu?elle délivre entre 9 heures et 14 h15 est insuffisant. D?où l?importance de coopter les parents dans l?éducation de leurs enfants. C?est ce qui a poussé Shirley à se lancer dans l?animation, deux fois par semaine, e cours d?alphabétisation pour adultes à la Cité Kennedy.
Et depuis l?an dernier, certains après-midi, elle travaille avec un ?petit groupe de parents dynamiques qui ont commencé à s?intéresser à ce que leurs enfants font au centre. Et pour les enfants concernés, c?est gratifiant de voir que leurs parents s?intéressent à ce qu?ils font à l?école?.
Plusieurs des enfants qui sont passés entre ses mains ont réussi leur Form V et même leur Form VI et sont aujourd?hui des pères et mères de famille. Il y en a même un qui est à la tête d?une petite entreprise. ?Certains m?ont même amené leurs enfants. Cela fait plaisir de voir qu?ils ont réussi.?
L?affiliation du centre St.-Luc au Adolescent Non Formal Education Network (ANFEN) est assurément un plus pour le centre, affirme Shirley. ?Pour nous, cela a signifié plus de moyens et nettement plus d?ouvertures auprès de contacts et de parrains éventuels.? Une fois l?an, toutes les organisations chapeautées par ANFEN se retrouvent pour une journée sportive et élèves comme animateurs de tous les centres regroupés sous ce réseau exposeront leurs travaux artistiques au Caudan au début du mois de juillet. ?C?est là que vous verrez que ces enfants sont des cadeaux qui ne demandent qu?à être déballés.?
Shirley, qui est mariée et mère de deux fils, Gaël, 11 ans et Thierry, huit ans, déborde d?énergie. Deux fois par semaine, elle anime à Vacoas d?autres cours d?alphabétisation pour adultes pour le compte de Caritas Ile Maurice.
Comme sa profession ne lui rapporte pas des revenus extraordinaires, Shirley a trouvé l?astuce pour pouvoir vivre pleinement son engagement auprès des recalés, tout en vivant décemment. Le dimanche, elle et les siens, de même que quelques couples d?amis, vont planter des légumes à Britannia et à Cluny à des fins de vente. ?Entre le salaire de mon mari, celui que je gagne au centre St.-Luc et ce que me rapporte la vente des légumes, j?arrive à vivre bien.? C?est ce qu?on appelle une femme comblée?
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