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Se remettre en question
Les équations économiques sont impitoyables. A la fin de son mandat, le gouvernement pourra probablement se vanter de présenter un inventaire financier honorable. Il se targuera des félicitations qu?il recevra des institutions financières internationales. Il pourrait effectivement réussir un véritable tour de force. Il n?aura pas non plus hésité d?investir et de bâtir. Ce gouvernement entrepreneur aura également su développer une politique sociale globale au niveau du logement, de la création de micro-entreprises et des infrastructures. Un bilan honorable. Hélas pour lui, cela pourrait ne pas suffire. Pour plusieurs raisons.
Le premier et le plus important étant le fait que ce gouvernement a entrepris des projets de développement en effectuant d?incessantes ponctions de la bourse de la population. Anémiée pendant cinq ans, le citoyen-électeur s?en rappellera. La loi du marché a régné avec insolence. Le gouvernement, lui, aura été clinique. Mais c?est le citoyen-consommateur qui a payé la note. Son mandat à lui se résume à un sacrifice continu. Ces jours-ci, une hausse de certains produits et services de base vient ceinturer davantage sa marge de man?uvre. Si la colère ne gronde pas, par contre la frustration, elle, ne cesse d?enfler.
Dans un tel contexte, on est plus à même de se sentir trahi. En face, les dirigeants du pays n?envoient même pas les signaux qu?il faut. Certes les séquelles du choc pétrolier dépassent notre contrôle. Certes la fin des préférences annonce un autre régime de développement pour des secteurs comme le sucre et le textile. Mais on n?investit pas dans l?avenir sans donner les moyens aux gens pour qu?ils puissent faire valoir leur créativité et leur imagination.
C?est dans un tel environnement que le gouvernement a choisi d?augmenter le prix du riz «ration». S?il est vrai que cette mesure était devenue incontournable, il n?en demeure pas moins que c?est tout un symbole que la majorité a ébranlé. Pour une fois, le gouvernement aurait pu déroger à la règle. Un peu de subvention dans ce cas n?aurait fait du tort à personne. Et l?Etat ne peut même pas prétendre qu?il n?a pas les moyens pour cela. Dans les mois à venir, on verra des sommes énormes circuler dans le pays parce qu?il y a une échéance électorale derrière la porte.
A un an des élections, le temps de la remise en question est arrivé pour l?alliance majoritaire. Aujourd?hui, elle dit gouverner pour le peuple. Mais, paradoxalement, elle se met à dos le peuple dans sa manière de gouverner. Responsabilité et rigueur ne riment pas avec inconscience. C?est ce que le gouvernement donne l?impression de pratiquer. Le «mood» est à la déprime. Et c?est, fait significatif, avec un cynisme certain qu?une bonne partie des Mauriciens a accueilli les récentes hausses de prix. Cette posture témoigne de tout un état d?esprit, d?un fatalisme ambiant. Comme si on ne peut plus attendre autre chose du gouvernement! Il ne prend la parole que pour annoncer de mauvaises nouvelles. Il n?intervient que pour nous rappeler au devoir de sacrifice et de rigueur. Et le peuple continue à se demander s?il est nécessaire d?investir autant dans des projets infrastructurels alors qu?il éprouve de plus en plus de mal à acheter même son riz «ration».
Il est bon aujourd?hui de rappeler à nos dirigeants qu?il y a encore des gens qui consomment ce riz à Maurice. Ils sont peut-être une toute petite minorité. Mais ils existent. On ne pourra continuellement les enfermer dans des zones opaques pour simuler leur inexistence. Le gouvernement pourra, en dernier lieu, présenter un bon bilan mais il sera passé à côté de ces êtres. Et ça, c?est un constat d?échec.
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