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Scènes de ménage gouvernemental
Nos gouvernements se suivent et ne se ressemblent pas. Nous avons, par exemple, des Premiers ministres, se vantant de ne pas faire confiance à personne et surtout pas à leurs ministres, sous prétexte qu?aucun coup de poignard dans le dos n?a été épargné à leur papa. Nous en avons d?autres qui, sous prétexte de ne plus pouvoir faire confiance à certains ministres moins dociles que d?autres, s?appuient excessivement sur d?autres, affichant une soumission à toute épreuve. L?essentiel demeure, bien sûr, que le gouvernement du jour fasse preuve d?une apparence de bon fonctionnement, suffisante en tout cas pour rassurer le bon peuple, ne demandant qu?à pouvoir croire ce qu?il veut bien croire, afin de ne pas entamer dangereusement le sentiment de sécurité identitaire qui lui permet de continuer son rêve de my people, possédant le bon acte de naissance.
Grande est la tentation de vouloir psychanalyser le comportement de ces ministres, à qui il manque la dignité requise pour démissionner en bloc, après que leur leader eut révélé en public, et même devant les caméras de notre MBC, ne pas faire confiance à aucun d?entre eux, sous le prétexte paternel donné. Nous résisterons à cette tentation pourtant irrépressible ou presque, pour mieux nous étendre sur la naissance, en novembre 1982, d?un nouveau chef de gouvernement, nommé Anerood Jugnauth.
Nous l?avons laissé, affalé sur une chaise, au milieu de journalistes aux aguets, à l?affût de ses moindres propos, et prenant acte de sa (?) décision de bouter, hors de son gouvernement, le PSM d?Harish Boodhoo. Le point d?interrogation s?impose ici car notre homme touche alors le fond de l?abîme de sa carrière politique et gouvernementale. Il avouera plus tard, mais à des journalistes franco-réunionnais de RFO, d?avoir été contraint par son parti, le MMM, de prendre cette décision : ?J?ai été forcé d?annoncer la rupture de l?alliance MMM-PSM?. Les membres de son parti se servent du PSM comme échappatoire, précise-t-il.
Mais déjà il fait preuve du coup de talon salutaire, lui permettant de remonter à la surface. Il s?accroche plus que jamais à la bouée de ses prérogatives constitutionnelles de Premier ministre. L?Histoire dira, un jour, qui lui tend, alors, cette perche providentielle. Annoncer une rupture n?est pas rompre une alliance politique. La preuve c?est qu?il ne révoque pas pour autant les ministres PSM qui conservent, de ce fait, leurs fonctions ministérielles. L?alliance demeure donc avec le PSM à qui Jugnauth peut davantage faire confiance plutôt qu?à un MMM inféodé, pour une grande part, davantage à Bérenger qu?à lui. Il promet à ces journalistes franco-réunionnais qu?il y aura davantage de solidarité et même de soudure au sein de son gouvernement. Désormais, le patron, c?est lui et personne d?autre. Sa prochaine déclaration télévisée, le prouvera.
Nous retrouvons, ici, des ministres déjà condamnés à s?écraser mollement, sinon lâchement, devant une volonté de Premier ministre, s?affirmant de plus en plus, au vu et au su de tous. Ils n?ont pas le choix, en fait. Grande est en effet la tentation de prouver à ce Premier ministre de plus en plus arrogant, qu?il n?est rien sans le parti qui le fait devenir Premier ministre. On peut faire et refaire les calculs parlementaires, vérifier que les loyautés anti-Premier ministre excèdent suffisamment celles pro-PM, enfin assez pour le mettre en minorité en cas d?un vote de blâme ou de confiance. Mais même mis en minorité, ce dernier dispose d?une carte maîtresse dans son jeu. Ainsi acculé, il peut toujours dissoudre l?Assemblée législative, aussi récente soit-elle, et rendre le pouvoir, non pas au parti qui le fait devenir PM, mais au peuple souverain. Et l?électorat mauricien est tout ce qu?on veut mais pas un comité central politique, connu pour sa docilité indéfectible et l?ayant toujours manifestée. Que faire donc contre ce PM qui vous glisse entre les doigts, au moment où vous voulez l?étrangler ? Non seulement il vous file entre les doigts mais peut vous renvoyer à votre statut de simple citoyen après vous avoir dépouillé de votre... honorabilité parlementaire. Li ki mari dans sa gouvernment là ! (Luc, ch.10, v.42)
C?est justement ce que déclare Anerood Jugnauth à la nation mauricienne, via les caméras de la MBC, au début de novembre 1982 : ?Il y aura de nouvelles élections législatives, si on me force de nouveau d?annoncer un quelconque divorce MMM-PSM?. Rien de tel pour que les c?urs les plus endurcis se tiennent à... carreau. Il dément Ponapa Naiken, le nouvel et éphémère SG du MMM, alléguant qu?il avait exprimé son accord à l?exclusion du PSM de son GM. Il affirme n?avoir aucun reproche à faire au PSM ni à son leader, Harish Boodhoo, hier encore désigné bouc émissaire idéal. De bouc émissaire, les voilà promues victimes d?expiation. Une alliance pré-électorale n?est pas une coalition post-électorale. Autrement dit, la rupture de la coalition Alliance sociale-PMSD de Maurice Allet n?exige pas de nouvelles législatives. En sera-t-il de même si un ou plusieurs des leaders non travaillistes de l?Alliance sociale, au pouvoir, depuis juillet 2005, quittent le toit gouvernemental, sous prétexte que Navin ne leur fait plus confiance ?
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