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Scouts : prêts... pour le virage

26 février 2007, 20:00

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Des jeunes gens en uniforme, avec leur incontournable foulard, en train de construire une cabane en bois. D?autres s?activent à faire jaillir les premières étincelles d?un improbable feu. Ce feu qui sera l?élément rassembleur de ceux qui chanteront, accompagnés d?un guitariste en herbe.

Qui prétend que le scoutisme se résume à cela ? Sûrement pas Jos Nanette, chef commissaire de la Mauritius Scout Association (MSA), lui qui aspire à offrir un nouveau visage à ce mouvement. ?Nous travaillons pour que le scoutisme mauricien soit partie prenante de la cité. En ce sens, nous avons lancé le projet intitulé Ticket for life pour une meilleure intégration des enfants et des parents. Les trois premières localités ciblées sont Cité-la-Ferme, à Bambous, Cité-la-Caverne à Vacoas et Cité-Sainte-Claire, à Goodlands?, révèle Jos Nanette.

L?idée est de donner des outils aux jeunes pour leur permettre d?être plus autonomes, sans qu?ils ne soient obligés d?adhérer à la MSA: il s?agit, entre autres, d?encourager les membres réguliers du mouvement scout mauricien à devenir les accompagnateurs de ces jeunes défavorisés. La tâche sera moins ardue quand ces derniers se retrouveront en face d?interlocuteurs de la même tranche d?âge qu?eux.

La MSA travaille également en partenariat avec des Organisations non gouvernementales telle la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers, pour tenter de venir à bout de certains fléaux qui guettent une frange vulnérable de la société.

?Le mouvement scout, en tant que tel, a son propre programme, mais je pense qu?il est essentiel qu?il s?appuie sur d?autres instances?, argue Farookh Khoodoruth, directeur exécutif de la MSA. C?est ainsi que le ministère de la Jeunesse et des Sports entretient un lien étroit avec le mouvement scout en étant également présent dans diverses activités. ?Il y a une réelle reconnaissance des autorités envers la MSA, que ce soit le ministère de l?Environnement ou de la Santé. C?est un mouvement structuré qui regroupe 3 000 jeunes, avec un programme bien défini. De ce fait, il est subventionné au plafond de Rs 100 000 chaque année?, indique Farookh Khodoruth.

Des sociétés privées sont aussi appelées à parrainer des groupes scouts. C?est du moins le souhait de Jos Nanette qui prône une ouverture totale, hors des organisations religieuses. Le scoutisme a, presque un siècle durant, progressé à travers des groupes confessionnels, des paroisses chrétiennes ou d?autres religions. ?Aujourd?hui encore, 90 % des groupes scouts sont soutenus par l?Église catholique et l?Église anglicane et les 10 % restants par des organisations religieuses musulmanes et tamoules. Nous souhaitons que ce soit du passé. L?avenir du scoutisme en dépend largement.?

Le chef commissaire rappelle cependant que, pour devenir scout, il est impérieux d?être croyant, ou d?être disposé à le devenir. Car un des trois piliers qui soutiennent le mouvement est la croyance en Dieu. ?C?est, d?ailleurs, ce qui nous différencie d?un club quelconque. Notre souci, au final, est que le jeune s?épanouisse dans sa religion, peu importe laquelle. Nous tendons vers une organisation multiconfessionnelle et multiculturelle?, poursuit Jos Nanette.

Et, pour que le maximum de jeunes puisse se frotter aux valeurs du mouvement, la MSA fait les yeux doux à diverses instances. Elle compte développer davantage d?outils de communication avec les institutions scolaires, tant du primaire que du secondaire. Même les établissements d?études supérieures seront sollicités. La MSA ne fera l?impasse ni sur les conseils de village, ni sur les municipalités et encore moins sur les centres sociaux. Pour que le nombre de scouts mauriciens soit en augmentation, ce qui n?a jamais été le cas ces 95 dernières années. ?Le nombre a toujours été d?environ 3 000 adhérents. Ce qui n?est pas du tout normal. Aujourd?hui, nous avons 300 000 jeunes qui ont l??âge scout?. Cela ne fait que 1 % de cette frange de la population?, rappelle Jos Nanette.

Mariette Ah Seng, commissaire national des louveteaux (les 7 à 12 ans), ?uvre à changer la donne. Sans que le mouvement scout ne devienne une garderie, comme certains s?amusent à le croire. ?C?est la perception d?une toute petite minorité qu?il nous incombe de corriger. Il ne faut pas qu?on vienne ternir l?image du scoutisme. Certes, à cet âge, ils sont chouchoutés par les cheftaines. Mais ils doivent suivre un programme préétabli pour eux. Le scoutisme demeure une véritable école de formation où la discipline est de rigueur.?

Ce qui n?a pas empêché Didier Camalboudou de s?y épanouir pleinement. Devenu louveteau à l?âge de 7 ans, pour rencontrer de nouveaux amis, il a toujours un pied dans le scoutisme 20 ans après. Au fil des années, il a pris de nouvelles responsabilités, est monté en grade pour être aujourd?hui assistant chef de groupe. ?Aujourd?hui, je suis motivé pour enseigner aux jeunes ce qui m?a été enseigné. Je serai scout même le jour où je quitterai le mouvement.? Même s?il délaisse son uniforme et son foulard, ?scout un jour, scout toujours.?

Le scoutisme à Maurice, 95 ans d?existence.

Le mouvement scout existe à Maurice depuis 1912. Il accueille filles et garçons sous la supervision d?adultes. Si aujourd?hui encore, 95 ans après, ce mouvement perdure, c?est grâce en partie au soutien de l?Église catholique. Nombreux sont les groupes scouts qui sont maintenus par les paroisses catholiques.

On dénombrait, dans le temps, nombre d?associations scoutes à caractère religieux. Notamment, la Mauritius Diocesian Boys Scouts, la Hindu Scouts, la Muslim Scouts, la Tamil Scouts, le Roman Catholic Scouts. Tous ces groupes ont fusionné en 1971 pour donner naissance à une association laïque, le Mauritius Scout Association. Dès lors, depuis ce changement de couverture et de statut, on note un désintérêt de la part de bien des associations religieuses. Et, par ricochet, une érosion des groupes ruraux est constatée.

Il demeure que de solides liens existent avec le diocèse de Port-Louis, ainsi qu?avec certaines autorités musulmanes. Quelques troupes ouvertes sont, quant à elles, soutenues par des groupes communautaires. A titre d?exemple, la 22e de Port-Louis est soutenue par le groupe social de Sainte-Croix.

Le mouvement scout possède son propre quartier général à Trianon, Quatre-Bornes, qui se trouve à la rue récemment baptisée Baden-Powell.

Scout de père en fille

Roumaan Issemdar, 17 ans, étudiante

Le scoutisme coule dans les veines de la famille Issemdar. La grande s?ur, Sawda, était présidente de la région Afrique des jeunes scouts. Oumaar, le grand frère, a représenté l?île Maurice à un jamboree à Dubayy. Le petit dernier, Adil, tout juste 8 ans, est louveteau. C?est sûr, Roumaan n?y échappe pas. ?J?écoutais avec envie mon père raconter ses exploits en tant que scout. Je n?avais qu?une hâte. Faire partie de cette famille.? C?est chose faite, à l?âge de 10 ans. Aujourd?hui, cette jeune fille, bien dans sa tête, ne tient pas en place. Prête à en découdre. Crise d?adolescence, elle ne connaît pas. Elle mène tambour battant ses études en ?Lower VI? au collège de Lorette de Quatre-Bornes et ses activités extrascolaires. ?Le reste de mon temps, hors études, est consacré au scoutisme. Le système éducatif, à Maurice, ne privilégie pas l?épanouissement des jeunes. On est trop porté uniquement sur l?intellect. Bosser, toujours bosser, au nom de la compétition. Heureusement que le scoutisme a remédié à cela. Il a participé à mon développement et à mon équilibre, tant sur le plan spirituel et moral que physique?. Première de son école au lancement du disque l?année dernière, première aussi de la région Rivière-Noire, Quatre-Bornes, Vacoas, il y a deux ans, avec son équipe de football. Et dire que Roumaan affirme avoir été une fille très timide. A la voir, on a du mal à le croire. Elle n?a pas sa langue dans sa poche. ?Il n?y a pas de discrimination en scoutisme. Filles et garçons ont le droit de s?exprimer librement devant les adultes. Ce qui m?a beaucoup aidé à l?école pour l?oral. Mes professeurs trouvent même que je parle beaucoup trop.? Ce qui a plu à Roumaan quand elle a intégré le groupe scout 20e ?Lower? Plaines-Wilhems, c?est aussi la vie en communauté qui lui a permis de devenir une bonne citoyenne, mature, indépendante et responsable. Elle avoue aimer particulièrement les camps et attend avec impatience le prochain jamboree. ?En scoutisme, il n?y a pas de barrière de religion, d?âge, de classe sociale. Jeunes et vieux, tous oeuvrent dans un seul et même élan. Il n?y a pas de ségrégation. Nous mettons tous la main à la pâte.? Aussi, Roumaan ne rechigne pas devant les travaux ménagers, à la grande satisfaction de sa maman, Kuraiza. Tout comme cette propension d?aller vers les autres qui est devenue une seconde nature. Passer une journée à la plage en compagnie d?enfants défavorisés a été son dernier ?gift for peace?. ?Quand je me rends dans certains lieux malfamés pour m?occuper d?enfants pauvres, je me fais traiter de ?tcholo? par les autres. Ce n?est pas de la méchanceté de leur part. C?est juste par ignorance et amalgame. Dans le mouvement scout, on nous empêche d?avoir des idées préconçues.? Une ouverture d?esprit qui sied bien à Roumaan Issemdar. Elle envisage d?exercer le métier de professeur ou de journaliste. N?a-t-elle pas déjà contribué à un journal scout à travers quelques articles? ?Ou travailler avec les enfants. J?ai un très bon contact avec eux.? C?est sûr, ils doivent adorer cette jeune fille qui est un véritable concentré d?énergie. ?J?aime bien grimper partout. Il n?y a pas une semaine, constate ma maman, où je ne tombe pas.? Qu?importe, cette jeune fille saura toujours se relever !

Questions à Alexandre François 23 ans, scout et enseignant

● Toujours prêt à mettre en pratique les valeurs qu?on vous a inculquées quand vous étiez jeune scout ?

Plus que jamais. D?ailleurs, elles me sont toujours inculquées aujourd?hui encore. La valeur la plus importante à mettre en pratique pour moi, c?est de faire de mon mieux dans tout ce que j?entreprends. A force de se l?entendre dire, c?est devenu une seconde nature. Il y a aussi les valeurs civiques qui se perdent indéniablement aujourd?hui. Mais moi, je les pratique au quotidien et si je n?avais pas été scout, cela n?aurait pas été le cas. Pas plus tard qu?il y a quelques jours, j?ai été sidéré qu?aucun jeune ne cède sa place à un aveugle dans le bus. J?essaie de remédier à cela. On ne réalise pas qu?avec quelques grammes de courtoisie, on peut transformer l?atmosphère autour de soi.

● Qu?est-ce que le scoutisme vous a réellement apporté dans la vie de tous les jours ?

Cela m?a beaucoup apporté psychologiquement dans mon approche avec les enfants et les jeunes en général. Sept jours sur sept, je suis entouré de cette frange de la population. J?arrive à mieux les cerner et à savoir instaurer un respect mutuel. Le retour s?avère payant d?autant plus que j?exerce le métier de professeur de musique. Les élèves ont tendance à mieux respecter l?autorité que je représente plus que la personne elle-même. Le dialogue est toujours possible. Ma relation familiale aussi a été largement améliorée. J?ai épargné à mes parents mes crises d?adolescence. Je me défoulais dans les camps, à la forêt. Ma relation était plus ou moins au beau fixe avec mes parents et ma s?ur.

● On dit que grâce au scoutisme on devient un homme, un vrai. Des réactions ?

C?est sûr, les activités de plein air, telles que le camping, faire du feu ou préparer sa nourriture, forgent le caractère. L?image du scout qui se débrouille seul sur une île déserte est quelque peu caricaturale. Le scoutisme vous aide, certes, à vous développer en tant qu?individu mais c?est plutôt l?esprit d?équipe qui compte. Si savoir prendre une décision ou faire preuve de débrouillardise fait de vous un homme, alors, oui. Ce qui est important c?est que le travail en communauté a été mis en exergue. De sorte qu?on vous empêche d?être égocentrique. De toute évidence, c?est une école qui vous permet d?évoluer au contact d?autres individus. Un homme, un vrai, est quelqu?un qui arrive à vivre parmi les autres.

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