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Savoir donner, un savoir qui se perd

20 février 2006, 00:00

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Elle n?a pas bougé d?un iota. Cela s?appelle des convictions. Celles de Catherine Pigeon sont inébranlables. ?Le moteur de la connaissance doit être la transmission.? Son inquiétude : le manque de relève. Un intérêt qui dépasse largement le cadre de ses activités de styliste et directrice de l?atelier de tradition haute couture Cat Colomba, situé à Curepipe.

Sa prochaine aventure : crée les costumes pour la pièce de Tico Soopaya. Inspirée du roman Terre d?orages de Serge Ng Tat Chung, cette pièce devrait être à l?affiche au mois de mai 2005. Alors que Catherine Pigeon la costumière a ?tout dans la tête, il me faut juste commencer?, cela ne l?empêche pas d?être taraudée par mille interrogations.

À la source de toutes : les chaînes de transmission du savoir et du savoir-faire. ?Je suis à Maurice depuis plus de 33 ans. J?ai appris à lire et à écrire à ma première équipe. À l?époque, les recalées du CPE étaient mises en maison pour l?apprentissage d?un métier. De cette situation sont nés beaucoup de talents.?

Les temps ont changé. Désormais, ?on met tout en heures de travail alors que ce qui compte, c?est que l?âme soit respectée et qu?elle puisse s?exprimer. Aucun diplôme ne peut évaluer l?âme.? Dans la chambre tout en beige et bois du Royal Palm où elle nous reçoit, le ton de Catherine Pigeon se fait revendicatif.

Elle la ?communicatrice par le chiffon?, qui petite, s?enfermait dans les armoires à tissus pour les flairer, les caresser et en ressentir la substance, postule que le talent est hors système. Qu?il ne peut exister et évoluer qu?en restant dans la marge.

En plus d?un point de vue marqué, celle qui habille le personnel du Royal Palm, vient avec des propositions. Modus operandi pour dire comment faire pour se faire valoriser, ?car c?est la valeur de la main que l?on transmet dans des supports matières.? Son leitmotiv : ?prendre à bras le corps les métiers d?art.? Les regrouper. Leur donner reconnaissance et légitimité. ?Vous savez qu?en France, la haute couture est au ministère des Arts et de la Culture.? Pour qu?enfin ce travail vive. Que les mains hardies fassent plus que survivre.

Catherine Pigeon se dit en faveur d?une révolution des mentalités, ?pour que l?on arrête de penser que l?académique est plus important que le terrain. Dans l?atelier, rien n?est donné. Je n?ai pas transmis la technique de la couture mais l?esprit de la couture. J?habille le corps en déshabillant l?âme.?

Posture digne, mais qu?en est-il dans le concret ? Catherine Pigeon elle, n?a pas abandonné son idée de musée de la mode, des costumes et des traditions de l?île Maurice et de l?océan Indien. ?Je vous assure que cela va se faire dans les cinq prochaines années.? Un concept qui pour la styliste, va de pair avec sa Route des Talents, sorte d?itinéraire de tous les ateliers que le touriste peut visiter. Objectif : lui montrer l?artisan dans son cadre et non dans une boutique, ?qui commissionne un chauffeur de taxi.?

La cinquantaine bien entamée, Catherine Pigeon ne craint pas l?usure du temps qui passe. À l?écouter défendre ses idées, attitude qu?elle exposait déjà il y a dix ans de cela, il est difficile de ne pas se laisser emporter par son engouement pour la tradition. ?Le savoir et le savoir-faire sont des outils et non des buts. La tradition installée est porteuse d?idée.?

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