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Sauvé par L?AMOUR
Années 80. En ces temps où la drogue s?est immiscée dans les tissus les plus protégés de la société, la descente aux enfers de José n?a, semble-t-il, rien d?exceptionnel : ?on commence par curiosité, pour être plus performant sexuellement ou motivé par la recherche du plaisir interdit.?
A l?époque, les parents de José tiennent une boutique et José y apporte son coup de main. Mais des délices un rien trop faciles représentent alors pour le jeune en fin de cursus secondaire une illusion d?échappatoire, et la promesse d?une aventure? sans lendemain.
José est vite pris dans l?engrenage et le peer pressure des camarades : ?Je dépensais et empruntais énormément d?argent?. Drogues ?douces? puis un peu plus dures. Et l?univers se rapetisse tout autour : il finit par passer à l?opium. Et à déserter la maison.
?L?égoïsme de la personne est décuplé par la soumission à la drogue. Quand j?étais en manque, rien ne devait plus me résister. Il fallait que je trouve un moyen d?assouvir ce besoin?. Cela devient de plus en plus problématique au niveau familial. Et José, toujours, nie ce que pressentent les autres. ?Ma mère a commencé à être malade?.
Un jour, José est arrêté par l?Adsu pour possession de drogue. Nous sommes le 26 juin 1986. Par une triste ironie, cette date deviendrait un an plus tard la journée internationale contre l?abus et le trafic illicite des drogues.
? L?égoisme de la personne est décuplé par la soumission à la drogue Quand j?étais en manque, rien ne devait me résister. Il fallait que je trouve un moyen d?assouvir ce besoin.?
Mais il faut plus que l?incarcération pour que José, une forte tête, ne change. ?Pour arrêter, il faut être honnête envers soi-même : notamment par rapport aux misères infligées aux autres.?
Ce qui va provoquer le changement d?attitude chez José, c?est une réaction ou plutôt un effondrement : celui de sa mère, venue le voir à la Prison centrale. ?Accablée, elle était méconnaissable?. Son frère lui lance alors : ?tu es en train de tuer notre mère?.
?J?ai réalisé alors ce que l?amour d?une mère a d?extraordinaire?. D?abord écrasé par la honte, il songe à mettre fin à ses jours. Puis se ressaisit. ?Un prêtre est venu me voir à la prison. Il m?a conforté et ma laissé le livret ?Parole de chaque jour.? Une parole, justement, le frappe : ?va, ta foi t?a sauvé?. Une foi qui le remettra d?aplomb.
Savoir distinguer plaisir et joie de vivre : voilà peut-être ce qui l?a sorti de l?impasse. Une joie de vivre qui n?aurait pas été possible sans sa femme, Marie-Noëlle : pourtant ?très ferme?, elle ne l?accepta pas dans son état de délabrement.
Aujourd?hui, père de quatre enfants, José ne ménage pas son énergie débonnaire : après en avoir été le pensionnaire, il entre comme volontaire, puis comme employé à plein temps au Centre de réhabilitation de Terre-Rouge, qu?il découvre en 1987. Il va, peu à peu, se consacrer aux personnes affligées par la drogue.
Au centre, il gravit peu à peu les échelons. Arrivé au poste de directeur, il a accueilli près de 2 000 personnes. Avec diverses formes de dépendance, de l?alcool au tabac.
Aucune drogue ne lui paraît inoffensive, et il se méfie des traitements de substitution: ?Je suis contre la dépénalisation : il y a bien 400 substances chimiques dans le seul gandia, dont certaines affectent le cerveau. On ne fera croire à personne que cela est totalement inoffensif. Subutex, Méthadone, on n?est pas à l?abri de l?addiction.? Ce qu?il défend, José, c?est la réhabilitation.
Si rien ne l?émeut autant que des couples minés par la dépendance et qui s?en sortent, son constat est sans appel lorsqu?il évoque le combat inlassable qui est le sien : ?dans des collèges, je constate que la drogue a la vie dure. Des jeunes filles d?institutions les plus cotées vont jusqu?à déserter les classes pour suivre leur partenaire toxicomane??
Combattre ne se fait pourtant pas sans douceur : ?pour ceux qui viennent, le premier contact est essentiel : il faut mettre à l?aise ceux qui veulent s?en sortir avant de les motiver.? Les rechutes sont fréquentes, le découragement aussi, car, vu leur nombre, tous n?arrivent pas à être pris en charge immédiatement. Mais même pour ceux qui s?en sortent, la drogue ne se conjugue jamais qu?à l?imparfait.
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