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Saul Bellow, l?écrivain de l?autre Amérique

11 avril 2005, 00:00

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?Aujourd?hui, le code de l?athlète, du dur, ce curieux mélange de volonté, d?ascétisme et de rigueur (...) a plus de force que jamais. (...) Vous avez des émotions ? Il y a des manières correctes et des manières incorrectes de les exprimer. Vous avez une vie intérieure ? Elle ne regarde personne.?

Écrites par le grand écrivain américain Saul Bellow, mort mardi 5 avril, à l?âge de 89 ans, à son domicile de Brookline (Massachusetts), ces quelques lignes sont extraites de son premier roman, Un homme en suspens (1944). Même si elles passent alors inaperçues, elles le mettent sur orbite pour le prix Nobel de littérature qu?il recevra quelque trente années plus tard, en 1976.

En reléguant les rituels de la chasse, de la pêche au gros ou de la tauromachie au rayon des accessoires palliatifs de l?angoisse, Bellow refuse un code coulé dans le moule puritain du XIXe siècle et refaçonné par les blessures et les désillusions de l?après-Première Guerre mondiale. Par ce défi direct lancé à Ernest Hemingway, dont la stature écrase alors depuis vingt ans les lettres américaines, Saul Bellow montre sa détermination à ouvrir de nouveaux territoires à l?imaginaire.

Saul Bellow est né le 10 juin 1915 à Lachine, en banlieue de Montréal (Québec), de parents juifs orthodoxes. Son père, un petit commerçant qui importe des oignons, entend lui donner une solide éducation religieuse, et Saul Bellow grandira donc dans la tradition juive la plus stricte corrigée par la vie de la rue. Il observe la tradition avec l??il de la rue et analyse la rue avec l?esprit du talmudiste en herbe. Il en retirera aussi la connaissance de quatre langues : le yiddish qu?il parle à la maison, l?hébreu qu?il apprend au heder, l?anglais et le français qu?il entend dans la rue.

L?arrivée de la famille à Chicago sera un choc pour Saul Bellow alors âgé de neuf ans car, comme il l?avait raconté dans un entretien accordé au Monde (du 18 janvier 1982), tout ?était plus grossier, plus grand, plus bruyant?, mais il s?y attachera, et c?est à cette ville que son nom reste indissociablement lié. En 1935, muni d?un diplôme de sociologie et d?anthropologie de l?Université de Chicago, il part terminer ses études à l?université du Wisconsin. Dès 1937 cependant, il abandonne ses études parce que, dit-il, ?chaque fois que j?essayais de travailler à ma thèse, je me retrouvais en train d?écrire une nouvelle de plus?.

Il quitte Chicago pour New York en 1946, et débute une carrière de professeur de littérature qui le mènera d?université en université jusqu?en 1961, date à laquelle, désabusé et déçu par les controverses politico-intellectuelles qui agitent la grande ville, il revient à l?université de Chicago.

Toute sa vie, Saul Bellow sera donc resté fidèle à la ville de son adolescence, qui demeurera jusqu?à la fin ?le lieu privilégié de ? ses ? émotions les plus profondes et de ? ses ? attachements les plus puissants?.

Source : Le Monde@fr

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