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Sans-papiers à Maurice

5 novembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ils fuient le plus souvent leur pays, en proie à des conflits armés. D?autres le font en rêvant d?une vie meilleure dans une contrée d?adoption. Ils sont Nigérians, Camerounais ou encore Malgaches? et clandestins. Leur nombre à Maurice s?élèverait à environ 900, toutes nationalités confondues. Ils rasent les murs, fuyant constamment tout ce qui ressemble de près ou de loin à un policier.

Et pour cause. Le gouvernement, par le biais du Passport and Immigration Office, a décidé de redoubler d?efforts pour leur mettre la main au collet et les renvoyer dans leurs pays d?origine.

On se souvient encore de ces images montrant des boat people, entassés dans des embarcations vétustes, dérivant en pleine mer, et essayant de rejoindre un hypothétique eldorado au péril de leur vie. Les immigrés clandestins qui gagnent Maurice n?ont certes pas connu des conditions aussi extrêmes, mais leur détresse n?en n?est pas moins grande.

Certains d?entre eux, explique un officier du Passport and Immigration Office arrivent à Maurice pour, affirme-t-il, passer des vacances chez des proches avant de disparaître dans la nature.

« Cela arrive plus souvent qu?on ne le pense mais dans la plupart des cas, ils sont vite retrouvés et renvoyés dans leur pays d?origine », explique notre interlocuteur. Certains, fait-il ressortir, prétendent s?être fait voler leurs papiers ou avoir perdu leurs billets d?avion. Renvoyés dans leur pays, ils retenteront tôt ou tard leur chance en recourant à un autre moyen.

<B>Employés comme vendeurs ou maçons</B>

Pourtant, des 900 immigrés clandestins qui se trouveraient actuellement à Maurice, une dizaine serait arrivée il y a plus d?un an. « Il arrive que des immigrés clandestins se soient si bien intégrés à leur pays d?adoption qu?il devient difficile de les retrouver. Ils peuvent avoir de la famille à Maurice et bénéficier de leur soutien », explique un enquêteur.

Employés comme vendeurs dans des magasins ou maçons sur des chantiers de construction, ils parviennent, bon an mal an, à subvenir à leurs besoins. Et quand ils sont rattrapés et reconduits dans leur pays, beaucoup le vivent comme un second exil.

D?autres, en revanche, arrivent à passer au travers des mailles du filet, munis d?un faux passeport, et autres pièces d?identités falsifiées. Sans ressources, livrés à eux-mêmes, ces clandestins vivent au jour le jour en attendant de poursuivre leur périple. « Dès qu?ils arrivent à économiser assez d?argent, ils tentent de se procurer un autre faux passeport sous une identité fictive, avant de poursuivre leur périple vers une autre contrée. Les pays convoités sont généralement l?Australie ou encore l?Europe », confie ce même officier.

Car Maurice fait, pour eux, figure de destination de transit. Et rien ne les fera renoncer à leur projet d?émigration. Ils iront jusqu?au bout, jusqu?en Europe ou l?Australie s?ils le peuvent. Ceux qui parviennent à gagner notre sol espèrent ainsi poursuivre leur périple jusqu?à leur destination finale.

Un risque que prend un nombre croissant de candidats à l?exil, malgré les minces chances de voir aboutir cette « expédition » de la dernière chance. Car des pays « hôtes », dont Maurice, longtemps impuissant face à l?entrée massive de clandestins sur leur territoire, ont décidé d?y mettre un terme.

Cette « bataille », nous explique un cadre du ministère des Affaires étrangères, se mène sur deux fronts : « externe et interne » En effet, outre de tout mettre en ?uvre pour dissuader les candidats à l?exil de fouler le sol mauricien, les policiers ont également pour mission de retrouver ceux qui y sont déjà. De fait, de nombreux immigrés de ce type sont piégés dans des pays de transit, s?accrochant à l?espoir d?un hypothétique passage vers d?autres destinations, à défaut de pouvoir revenir en arrière. Une partie des 900 sans-papiers présente à Maurice est confrontée à cette situation.

Et en attendant que leur situation se décante, ils vivent de petits boulots (voir hors-texte) en rêvant à des jours meilleurs. C?est justement pour les retrouver que les officiers du Passport and Immigration Office se sont vu confier la responsabilité de cette tâche.

Un objectif ambitieux qui nécessite d?importants moyens logistiques, ainsi que la collaboration des services de police sur le terrain. « Le nombre de clandestins a sensiblement augmenté ces dernières années. C?est justement pour empêcher qu?il devienne alarmant que les autorités ont décidé de prendre des actions. Cela dit, il faut tout de même reconnaître que Maurice a toujours été épargnée de l?afflux massif d?immigrés clandestins », laisse entendre un haut gradé de la police, proche du dossier.

Les opérations de surveillan-ce menées par les policiers, visent essentiellement les auberges et autres pensions de famille ? « peu regardants sur les antécédents de leur clientèle » ?, qui les hébergeraient. Les réseaux de fabrication de faux papiers d?identité, très sollicités par les immigrés clandestins, continuent par ailleurs de faire l?objet d?une étroite surveillance de la police.

« C?est un maillon important de la filière. C?est en surveillant ces réseaux que les policiers ont réussi, dans le passé, à retrouver et à arrêter des immigrés clandestins qui voulaient s?offrir une nouvelle identité », explique un membre de la Criminal Investigation Division (CID). Une dizaine d?individus, soupçonnés d?appartenir à ces réseaux, ont ainsi été appréhendés depuis un an. Des appareils, de même que des faux documents, ont été saisis à leurs domiciles. Les policiers espèrent ainsi avoir porté un « sérieux coup » à la filière utilisée par les clandestins pour se procurer de fausses pièces d?identité.

<B>L?angoisse constante de se faire arrêter</B>

Retrouver ces personnes, disséminées à travers le pays, est désormais la priorité du Passport and Immigration Office. Une mission que ses membres comptent bien accomplir jusqu?au bout. « Combattre l?immigration clandestine a toujours été un réel souci, mais nous allons simplement traiter ce problème en mettant en ?uvre des moyens plus importants. Il faut envoyer un signal fort pour décourager ceux qui pensent qu?ils peuvent entrer à Maurice avec de faux papiers », explique-t-on du côté des Casernes centrales. En attendant de recommencer une nouvelle vie ailleurs, les sans-papiers vivent au jour le jour avec l?angoisse constante de se faire arrêter « si proche du but ».

<B>Témoignage</B>

Il dit s?appeler Antoine. Assis à même le trottoir, il occupe ses journées à vendre des babioles dans les rues de la capitale. Les passants, qu?il harangue avec obstination, ne lui prêtent aucune attention. Son accent, prononcé, trahit ses origines malgaches. L?intense chaleur qui s?abat sur la capitale ne semble pas le déranger outre mesure. Il faudra plusieurs longues minutes pour qu?il évoque enfin le « long voyage » qui s?est achevé à Maurice il y a un peu plus d?un mois et demi.

Difficile cependant d?engager avec lui une conversation soutenue. Tout en parlant, ses yeux guettent l?acheteur potentiel. Il s?interrompt, tente tant bien que mal de convaincre une jeune femme d?acheter la statuette d?une girafe, qu?il affirme être en « bois rose », avant de poursuivre l?entretien. Il affirme avoir gagné Maurice en toute légalité mais explique avoir « perdu » son passeport ainsi que ses pièces d?identité. Lorsqu?on lui demande pourquoi il ne se rend pas à son ambassade pour entamer des procédures, il fait mine de ne pas comprendre et se réfugie derrière des objets en bois qu?il s?entête à vendre à des passants indifférents.

Antoine en est à sa troisième visite chez nous. Il a découvert l?île il y a environ cinq ans lors d?un voyage d?agrément. « J?avais trouvé lors de mes précédentes visites que c?était un pays sympathique. C?est ce qui m?a poussé à venir et à passer un bout de temps ici, » affirme-t-il sans donner plus de détails. Il explique vivre chez une « connaissance », qui habite à la périphérie de la capitale, et à qui il reverserait un loyer mensuel.

Ses journées suivent invariablement le même rituel. C?est par autobus qu?il gagne l?endroit choisi pour écouler ses statuettes. Il étale un simple drap, le plus souvent à même le sol, pour y disposer des objets hétéroclites et essayer de les vendre.

Mais dès qu?un policier apparaît au bout de la rue, il ne lui faut pas plus d?une minute pour tout remballer et disparaître. Car, comme toute personne en situation irrégulière, Antoine est hanté par la peur de l?uniforme, même s?il explique n?avoir jamais été interpellé pour un contrôle d?identité. « Au début, c?est sûr, j?avais peur, mais maintenant, je ne me fais plus beaucoup de soucis pour cela. Je n?ai jamais eu affaire avec la police depuis mon arrivée à Maurice », affirme-t-il. Mais pour mettre toutes les chances de son côté, Antoine ne sort pas de chez lui à la nuit tombée et ne vend jamais ses produits deux jours d?affilée au même endroit. C?est en tout cas ce qu?il affirme.

Un peu plus loin, un autre homme, lui aussi d?origine malgache, nous jette de temps à autre des regards méfiants. Antoine confie travailler pour lui. « C?est un compatriote que j?ai rencontré en arrivant ici. Il m?a proposé de travailler pour lui en vendant ces statuettes », explique ce Malgache âgé d?une trentaine d?années. Visiblement gêné par la présence de son « compatriote », il refusera de poursuivre la conversation, écartant les questions qu?il juge embarrassantes d?un revers de main.

Le lendemain matin, à l?emplacement où la veille, Antoine vendait ses statuettes, un autre marchand, Mauricien celui-là, s?efforce d?attirer l?attention du chaland en faisant virevolter devant lui toupies et autres jouets aux couleurs vives.

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