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Safety and self-control

3 septembre 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Clifford L?Aimable est Chartered Surveyor auprès du Royal Institute of Chartered Surveyors (RICS) de Grande-Bretagne. Quand ce Mauricien basé à Londres a appris qu?il existait à Maurice une branche locale du RICS, il n?a pas hésité une seconde. «J?avais envie de revoir Maurice bien sûr, mais surtout faire partager mon expertise à mes concitoyens», explique cet homme de 48 ans qui ne fait vraiment pas son âge et qui, à 17 heures, nous reçoit fort courtoisement en costume cravate sur les bords de la piscine de son hôtel, Pointe-aux-Canonniers.

Clifford L?Aimable a peu de souvenirs d?enfance de Maurice car lorsqu?il quitte l?île pour l?Angleterre en compagnie de sa mère, de ses frères et s?ur, il n?a que deux ans. Son père, Joseph Alex, qui travaille comme ingénieur, les y a précédés en 1963. La dernière visite de Clifford L?Aimable à Maurice remonte à?19 ans. Et pourtant, il parle toujours aussi bien le kreol qu?il appelle «patois», a conservé jalousement sa nationalité mauricienne et dit «nous» en parlant de Maurice et des Mauriciens. «Je suis très fier de mon île?, dit-il.

Son amour pour le bâtiment est presque héréditaire. «Chez les L?Aimable, je suis de la troisième génération d?ingénieurs en bâtiment. Mon grand-père en était un, mon père aussi». Mais, précise-t-il, le choix lui a été laissé de décider de sa carrière. «Mon père a été mon modèle. Il ne m?a rien imposé. Depuis que j?ai 11 ans, il m?a fait suivre toutes sortes d?ateliers, à commencer par la mécanique, pour voir ce qui allait m?intéresser. A la fin, je n?ai fait que laisser parler mon inclinaison naturelle pour la construction».

A 17 ans, le choix est clair pour lui : il sera lui aussi ingénieur en bâtiment. Il commence par obtenir une licence en building surveying auprès de l?Université d?Anglia à Cambridge. Il passe ensuite un autre diplôme en surveying auprès du RICS et effectue son post-graduate en management à l?Université de Westminster. Il poursuit d?autres études supérieures, notamment en énergies renouvelables auprès du RICS. Et dès qu?il en a l?occasion, il continue à apprendre.

S?il est bon d?encourager la croissance économique et d?avoir d?un côté des maisons cossues, de l?autre, il faut s?assurer que le développement n?alimente pas la ségrégation».

«J?ai passé plus d?une dizaine d?années à étudier pour être Chartered Surveyor et Corporate building engineer », constate sans aucune trace de vanité Clifford L?Aimable. «En Grande-Bretagne, ces deux casquettes permettent de gérer toutes les disciplines, que ce soit l?architecture, le structural and fire engineering, le sanitary engineering, etc. En fait, je peux prendre un projet de construction et m?en occuper jusqu?à ce que ce bâtiment soit terminé».

Clifford L?Aimable acquiert d?abord une certaine expérience du travail auprès de compagnies américaines et anglaises avant d?être recruté par une collectivité locale, le Southwark Council, dans le centre de Londres. Il a la responsabilité de contrôler les projets de bâtiments qu?ils soient industriels, commerciaux ou résidentiels jusqu?à ce qu?ils soient érigés.

Avant que le conseil municipal ne donne son accord pour la construction, le Mauricien discute avec l?architecte et les autres techniciens travaillant sur le projet, évalue leurs plans et se rend sur le site examiner les travaux au fur et à mesure de leur progression. «Soixante-dix pour cent de mon temps se passent sur le site de construction». Il a eu l?occasion de côtoyer de grands cabinets d?architectes tels que Arups, Richard Rogers ou encore Foster & Partners. Même en Grande-Bretagne, les normes ne sont pas toujours respectées. «Il arrive que la qualité des travaux ne soit pas bonne ou que le design de la construction ne soit pas celui des plans initiaux. Je fais alors tout stopper». Ce n?est qu?au moment où il est sûr de la salubrité et de la sécurité du bâtiment qu?il accorde le certificat permettant son occupation.

L?aide à la police et aux pompiers en cas d?urgence est l?aspect le plus délicat de son travail. «Il y a trois ans, la police m?a demandé d?intervenir dans un bâtiment très délabré à Ealing. Des voleurs avaient pénétré dans la cour et volé un camion garé là. Une femme, sans doute directement concernée par ce vol, a couru et s?est mise en travers de la route du camion. Celui-ci l?a fauchée et l?a écrasée contre un mur. Elle a eu le corps sectionné en deux. Elle vivait encore quand je suis arrivé sur les lieux. J?ai dû parler à la mourante et diriger les man?uvres. C?était une expérience terrible».

L?an dernier, il a aussi dû aider à retrouver le cadavre d?un ouvrier victime d?un accident de travail dans le quartier londonien d?Elephant and Castle. «Un ouvrier avait mal man?uvré sa grue lors de la démolition d?un bâtiment et c?est tout un étage qui s?est écroulé sur lui. L?édifice était plus que jamais branlant. Il fallait récupérer le corps de l?ouvrier avant que tout le bâtiment s?écroule. J?ai aidé les pompiers à le faire. Ce sont des moments pénibles».

Un des temps forts de sa carrière a été la supervision de la construction du nouveau bâtiment abritant la collection principale de la British Library qui est la plus vaste bibliothèque au monde, possédant une copie de chaque livre existant sur la planète. «D?un point de vue académique, ce lieu est unique». D?un point de vue technique, le bâtiment qui l?émerveille le plus est le Shard of Glass, la plus haute structure de toute l?Europe de l?ouest : elle fera 310 mètres de hauteur lorsqu?elle sera terminée en 2011. «C?est un bâtiment anti-terroriste, construit selon des normes américaines après le 11 septembre. Il abritera un hôtel, des résidences et bureaux », précise Clifford L?Aimable.

Depuis quatre ans, en sus de son emploi auprès du conseil municipal de Southwark, Clifford L?Aimable s?est mis à son compte et ouvert un cabinet avec trois partenaires dans le nouveau quartier d?affaires de Dockland. Son cabinet s?appelle d?ailleurs Dockland?s Developments Ltd. Objectif : se diversifier. «Pour le conseil, je fais surtout de la supervision. Par contre là, je peux aussi dessiner des plans et conseiller les gens. Cela me permet également de faire du travail humanitaire en agissant bénévolement pour des églises et des écoles par exemple».

La tendance au niveau des constructions actuelles est de bâtir plus léger, dans un endroit plus accessible et en moins de temps. «Autrefois, même les murs extérieurs étaient lourds. Aujourd?hui, ils ont réalisé que la colonne vertébrale tient bien le corps. Alors, si la structure interne est solide, les murs extérieurs peuvent être plus légers». Les critères immuables toutefois sont l?environnement et les contraintes du terrain.

Invité par le RICS Maurice, Clifford L?Aimable a eu l?occasion de mieux découvrir son île natale. Il trouve que les planificateurs ont eu raison d?exiger que les constructions situées sur le littoral ne soient pas plus hautes que les filaos. En revanche, il est surpris par la densité des constructions, par le fait que certains laissent leurs maisons à moitié construites avec des fers dépassant du béton ou encore des matériaux de construction entreposés sur la toiture. «Là où vous voulez générer des revenus, il doit y avoir une forme de contrôle», rappelle-t-il. «Il faut soit nettoyer, soit motiver les gens à rehausser leurs maisons».

Il trouve très positif les maisons pour les sinistrés des cyclones. Mais attention, «On ne déplace pas des gens pour les parquer dans un endroit désert», souligne-t-il. «Il faut créer une communauté à même de se soutenir, lui offrir de bonnes conditions de logement dans un bon environnement, avec des rues bien éclairées, des écoles convenables etc. S?il est bon d?encourager la croissance économique et d?avoir d?un côté des maisons cossues, de l?autre, il faut s?assurer que le développement n?alimente pas la ségrégation».

Lors de son séjour , il a appris que le gouvernement avait demandé au RICS de le conseiller sur son projet de réforme du Building Act de 1919, qui dicte toutes les normes de construction. Sur cette question, il joue la discrétion. «Je dirais seulement que le Building Act doit devenir compatible avec les autres législations sur l?aménagement du territoire, l?environnement et le développement durable. Chaque législation doit s?imbriquer comme les pièces d?un puzzle et travailler ensemble et non pas l?une contre l?autre».

Il a rencontré le ministre du Logement qui lui a semblé «très ouvert» sur toutes ces questions. «Les politiques envoient les bons signaux verbalement. Il est temps qu?il y ait des actions concrètes positives car le plus important, c?est de contribuer au bien-être de l?homme de la rue».

Il se dit «triste» que des jeunes diplômés Mauriciens émigrent au Canada ou ailleurs alors qu?ils auraient pu travailler dans leur pays. Et lui, serait-il prêt à venir s?installer à Maurice? «Si l?on m?offre un package intéressant et que je peux équilibrer ma vie, je serai pour», sourit-il. «Je pourrais avoir le meilleur des deux mondes. Londres n?est qu?à 11 heures d?avion de Maurice. Quand je serai en Grande-Bretagne, je prendrai ce qu?il y a de mieux pour le ramener à Maurice». Clifford L?Aimable se voit comme une «courroie de transmission entre une économie avancée et une économie émergeante? »

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