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Sacrée famille
C?est cet après-midi à l?auditorium Octave Wiehe, Réduit, que le président de la République, sir Anerood Jugnauth, et le vice-chancelier de l?Université de Maurice, le professeur Indur Fagonee, lanceront les volumes quatre et cinq de la compilation de Leela Gujadhur Sarup s?intitulant Colonial Emigration 19th-20th Century ? Annual Reports from the Port of Calcutta to British and Foreign Colonies. Mais le clou de l??uvre de cette septuagénaire qui ne fait pas son âge et qui a une mémoire d?éléphant pour les dates, est son livre Unravelling the Thread ? The Gujadhur?s of Mauritius, l?histoire de la réussite et du déclin de sa famille.
Leela Gujadhur Sarup est l?arrière- petite-fille de Poorun Gujadhur, administrateur des terres d?un des Rajah du Bihar qui a fui sa terre natale en raison d?une sécheresse continue, suivie d?inondations et de la propagation d?épidémies diverses. Poorun Gujadhur qui s?installe à Eau-Coulée et se lance dans l?élevage laitier et la charbonnerie, aura deux fils dont Persad est l?aîné. Le benjamin de Persad, Bhagwan, connu comme Seewan, est le père de Leela Gujadhur Sarup. Cette dernière naît en Inde et est l?aînée des sept enfants issus du deuxième mariage de Bhagwan Gujadhur. Ses parents décident de regagner Maurice lorsqu?elle a un an et demi.
Les souvenirs qu?elle retient de son enfance sont exceptionnels. Elle grandit sur le domaine connu comme le Château Gujadhur à Curepipe-Road qui comprend un hippodrome, quatre terrains de tennis, des écuries avec chevaux, une volière, un cours d?eau peuplé de divers poissons. Le Château compte 24 chambres à coucher et héberge tous les Gujadhur. Les enfants ne voient leurs parents qu?au coucher, étant encadrés les trois-quarts du temps par des gouvernantes et des tuteurs. «J?ai vécu une enfance dorée. Le Château Gujadhur était une île dans une île. Je n?ai pas eu d?autres amis que mes cousins et mes cousines».
Lorsque Leela Gujadhur Sarup a neuf ans, ses parents décident de regagner l?Inde. Elle ne comprend pas trop pourquoi mais suit docilement. Bhagwan Gujadhur s?installe à Calcutta. Ses cousins habitent à deux rues de là mais on lui interdit de les voir. C?est là qu?elle réalise que quelque chose ne tourne plus rond dans les relations familiales mais elle n?est pas en mesure de mettre le doigt dessus.
"J'ai vécu une enfance dorée. Le Château Gujadhur était une île dans une île. Je n'ai pas eu d'autres amis que mes cousins et mes cousines".
De retour à Maurice un an plus tard, Bhagwan Gujadhur et les siens habitent Port-Louis puis Forest-Side. Bhagwan Gujadhur est administrateur de la sucrerie familiale Union-Flacq. C?est au Couvent de Lorette de Curepipe que Leela Gujadhur Sarup effectue ses études secondaires.
A la fin de la Form V, elle est envoyée à Calcutta. Son rêve serait d?être médecin mais elle sait que ses parents ne l?accepteront pas. Elle passe le Inter Arts, l?équivalent d?un Higher School Certificate et entame alors un Bachelor of Arts qu?elle abandonne en cours de route. Elle s?essaie à l?enseignement mais réalise que ce métier n?est pas pour elle.
Sa route croise alors celle du Dr Anand Sarup, chimiste et père du contrôle des insectes nuisibles en Inde. Celui-ci est de 25 ans et demi son aîné. Malgré cela, c?est le coup de foudre entre eux. Lui est divorcé. Les parents de Leela Gujadhur Sarup s?opposent à leur union en raison du fait qu?Anand Sarup est divorcé et pas de la même caste qu?elle. Mais au bout de six mois, alors qu?elle est sur le point de capituler, sa mère lui donne sa bénédiction, arguant que quand il y a la rencontre des esprits, l?âge ne compte pas.
Ils font un petit mariage civil et trois ans plus tard, Leela Gujadhur Sarup donne naissance à un fils qu?ils nomment Arjun. Vu leur différence d?âge et craignant qu?il ne meure avant de lui avoir transmis son savoir, Anand Sarup initie sa femme au business et lui apprend tout sur le contrôle des insectes nuisibles. Leela Gujadhur Sarup écrira d?ailleurs un livre sur la question. Elle développe leurs affaires et contrôle actuellement 18 filiales. Si durant son enfance à Maurice, elle vivait comme une princesse, là-bas à Mussoori, en contrefort de l?Himalaya, elle vit, dit-elle «comme une reine».
Rétrospectivement, elle se dit qu?il n?y a pas beaucoup de personnes qui ont eu la même enfance dorée qu?elle. Sentant qu?il faut coucher l?histoire de la saga familiale sur papier, elle pose des questions à ses grands-oncles pour savoir notamment d?où vient la fortune des Gujadhur et comment se fait-il qu?ils aient tout perdu ou presque à un moment ? Elle enregistre toutes les réponses, les prenant pour de l?argent comptant. C?est feu Mica Gujadhur qui va lui faire entreprendre des recherches sérieuses sur l?immigration des Gujadhur vers Maurice quand il lui dit que leurs aînés voulaient au départ se rendre en Guyane. Mais qu?ils ont changé d?avis dans le port de Calcutta, sautant d?un navire en partance pour la Guyane à celui se rendant à Maurice. Elle trouve la chose insensée, vu l?imposition de strictes lois britanniques.
C?est alors qu?elle se rend aux archives de Calcutta. Mais comme les documents s?arrêtent à 1900, c?est aux archives et aux bibliothèques nationales de Bombay, Delhi et de Madras qu?elle complète le reste de ses recherches. Sur plusieurs années, elle recopie tout à la main. Ce qui fait plus de 10 000 pages. Là, il n?est point question de broder. Elle fait tout retranscrire tel quel et cela donne une trilogie faite de lois, de rapports et d?événements de l?immigration indienne sous la colonisation britannique entre 1837 et 1932.
Elle effectue un exercice similaire aux archives de Maurice et là, son c?ur se contracte quand elle réalise ce qu?a subi son grand-père Persad. Bien que marié en communauté de biens, il a fait une société avec son fils Jugoonundun et son frère Rajcoomar. A la mort de son épouse, Persad est poursuivie en Cour par sa fille Gowry qui réclame sa part d?héritage et le traite d?escroc. Le jour de son anniversaire, le 16 octobre 1914, Persad Gujadhur doit aller en Cour et défendre son honneur. Un accord à l?amiable met fin aux procédures. Trois ans plus tard, c?est son autre fils, Amurdeeal, qui le poursuit. Dégoûté, Persad cède tout à son frère et retourne en Inde en février 1920. «En lisant les comptes-rendus de la Cour, j?ai pleuré car c?était pénible de lire ces tiraillements et déchirements. A chaque fois que je voulais mettre un terme à la rédaction, je rêvais de mon arrière-grand-père ou je recevais un autre signe. Et cela m?incitait à continuer. C?est une des raisons pour lesquelles je dis dans le livre que quelqu?un d?autre est derrière les mots que j?exprime».
Ce Unravelling the Thread ? The Gujadhurs of Mauritius sera disponible en librairie dans deux mois. Leela Gujadhur Sarup pense que plusieurs de ses cousins apprendront beaucoup de cette saga familiale. «Je n?ai fait que mettre en lumière les comptes-rendus de Cour». Ce qu?elle veut que ses lecteurs en retiennent, c?est que «sans l?unité, la division vous guette»?
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