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Sacrifice de cabris : Vifs débats entre tradition et réglementation

1 mai 2008, 00:00

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L?État doit-il s?immiscer dans la pratique des rites religieux ? Cette question épineuse divise l?île de La Réunion.

Deux camps s?affrontent ces jours-ci : d?une part l?État qui veut réglementer l?abattage des cabris et de l?autre, la fédération tamoule de La Réunion qui ne veut en aucun cas qu?on chamboule des traditions millénaires qui remontent, rappelle-t-elle, depuis le peuplement de l?île soeur .

Mis en veilleuse vers la fin de l?an dernier, le projet d?arrêté préfectoral de La Réunion, revenu sur le tapis, recommence à provoquer de sérieux remous ? qui dépassent le cadre du sacrifice des animaux ? malgré les dires du préfet Pierre-Henri Maccioni, dont le ton se veut rassurant : «L?objectif de l?Etat n?étant pas d?interdire les rituels tamouls, mais de les pérenniser en leur donnant un minimum de cadre conformément aux réglementations sanitaires européennes et françaises».

Selon le journaliste Yves Mont-Rouge du Journal de l?île, qui a révélé l?initiative de l?Etat en septembre dernier, il n?est pas dans l?intention des autorités de reculer sur ce projet de loi, mais il y a de fortes chances pour qu?il soit amendé, après la série de contre-propositions des responsables de la Fédération tamoule, qui constitue un puissant lobby à l?île s?ur.

Par ailleurs, un collectif est né pour lutter contre ce projet de réglementation du sacrifice de cabris. En moins de 2 jours l?an dernier, 1 100 signatures ont été recueillies à Saint-Pierre et Saint-Louis, 1 800 à Saint-Leu, Saint-Paul, La Possession, 400 dans le Nord et 600 dans l?Est. «Le projet parle d?abattage, comme si on tuait les animaux pour la boucherie, or, il s?agit d?offrandes, de sacrifices accompagnés de prières. Ensuite, il parle de mise sur le marché de la viande, alors que cette viande n?est pas vendue, elle est destinée au partage, avec la famille, les amis...».

Un autre contestataire fulmine contre ce qu?il qualifie d?ingérence de l?État : «Cet arrêté est intolérable et inadmissible. L?Etat n?a pas à s?immiscer dans la pratique rituelle de l?hindouisme». Il rappelle la loi de 1905 portant sur la séparation de l?État et des religions.

Dans leur protestation, les associations tamoules tendent à aller bien au-delà d?un simple projet de réglementation sanitaire. Ainsi il y en a qui voient là une atteinte directe à leur identité : «La Préfecture parle d?intégration. Mais les Malbars sont intégrés dans la société depuis le peuplement de l?île, ils sont une partie intégrante de la population réunionnaise, donc française (...) on dit que nous devrions accepter cette réglementation puisque dans le même temps, nous réclamons un jour férié. N?est-ce pas là du chantage ?»

Face à cette levée de boucliers pour protéger le sacrifice des cabris, l?État a proposé deux «ouvertures» : exclusion des cérémonies familiales du cadre réglementaire et absence de toute disposition sur le moment précis des sacrifices.

«Et pour dépassionner ce débat ? qui avait un peu trop tendance à se politiser notamment à l?approche des municipales et des cantonales ? et tout en laissant un peu de répit aux coreligionnaires en raison des fêtes religieuses de fin d?année, la préfecture fixa une nouvelle rencontre après la mi-avril 2008. En demandant toutefois aux deux principales organisations de réfléchir à des propositions. Ou à des contre-propositions», rappelle Yves Mont-Rouge, qui suit ce dossier de près.

Finalement pour ceux qui ont eu l?occasion d?assister à ces sacrifices religieux, qui attirent grand monde , il est important de faire ressortir, qu?au-delà des aspects religieux et sanitaires, il y a le triste spectacle de voir un «sacrificateur» sabrer un cabri.

A travers le monde, le combat est permanent entre ceux qui sont pour la protection des animaux contre toute forme de cruauté (dont le sacrifice) et ceux qui sont à fond dans les pratiques religieuses. Souvent les techniques d?abattage sont particulièrement cruelles : égorgement, parfois par des «sacrificateurs» inexpérimentés, comme la photo faite par l?auteur de ces lignes à La Réunion.... Et dire que ces pauvres animaux n?ont personne pour les défendre eux?

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