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Sachant chausser
Deux experts grecs, invités par l?Association of Footwear Manufacturers (AFM), sont venus pour aider à redynamiser ce secteur trop négligé.
La principale raison invoquée par les cordonniers mauriciens pour expliquer la santé précaire de l?industrie de la chaussure est la concurrence asiatique. « Ils ont une main-d??uvre bon marché, sans compter le coût peu élevé des matières premières par rapport à nous, qui devons les importer. Ces deux facteurs ont une incidence certaine sur notre coût de production qui, lui-même, influe sur le prix du produit fini. Le pire, c?est que de nombreux Mauriciens ont trop tendance à regarder le look et le prix en premier, en accordant peu d?importance à la qualité, sans parler de la fâcheuse tendance à ne pas faire confiance aux produits locaux », observe amèrement Suresh Santchurn, directeur de la cordonnerie Manisa.
La production mauricienne représente environ un demi-million de paires de chaussures par an. Ce chiffre peut paraître énorme pour les profanes, mais quand on sait que la consommation est en moyenne de trois paires par individu et par an (enfants compris), cette production est largement insuffisante. Ce qui explique l?importation d?environ 3,5 millions de paires de chaussures par an (voir les chiffres en hors texte).
« Nous sommes en train de nous faire battre sur notre propre terrain et cela est inadmissible. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester les bras croisés et attendre la catastrophe. Il a fallu agir, voire réagir. D?où la création de l?Association of Footwear Manufacturers (AFM) ! », explique Joyce Lo, très déçue de la tournure des événements. Elle est responsable de National Shoes et secrétaire de l?association. L?une de ces réactions était de se défendre. Et comme la meilleure défense, c?est l?attaque, l?idée des fabricants a été de se regrouper et de s?unir pour contrecarrer la concurrence.
La présence à Maurice de deux experts grecs, Demoe Papakonstantinei et Georges Forlidas, n?est pas étrangère à ce désir de réveil. Comme le pense Suresh Santchurn, les autres fabricants ? Eshan Raymode, de Raymode Shoes, Siven Chocalingum, de Ditta Maestro Raphael Ltd, et Johnny Fock Yat, d?Original Classic Ltd ?, si les fabricants mauriciens ne décident pas de s?unir, nombre d?entre eux seront condamnés à disparaître. Et ça, personne ne le veut !
« S?unir pour combattre la concurrence ne veut pas dire perdre son identité. Bien au contraire, chacun gardera sa propre spécificité. On se rencontrera pour décider des projets et des stratégies à adopter pour survivre ensemble », tient à préciser Joyce Lo. « Cette association nous permettra aussi de partager les idées et les commandes que nous n?arrivons pas à honorer seuls et surtout de financer la formation de nos membres », explique Siven Chocalingum.
Parmi les lignes directrices dégagées lors des réunions avec les deux experts étrangers, il y a surtout le projet de la création d?un Shoe Village, un lieu qui réunirait tous les fabricants mauriciens sous le même toit. Le site a déjà été identifié à Riche-Terre et l?AFM travaille en collaboration avec les autorités et les experts pour concrétiser toutes ces actions dans un proche avenir.
Un projet ambitieux ? « Pas du tout ! », répond Laval Young, directeur de Young Bros et président de l?association. « Bien sûr, le projet, à son stade initial, ne pourra pas accueillir en même temps la trentaine de membres de l?AFM, mais nous comptons aider d?abord ceux qui ont le plus de difficultés à s?en sortir. De toute façon, le Shoe Village ne sera qu?un lieu de rencontre entre les consommateurs et les fabricants et tout le monde sera impliqué. L?idée est de se serrer les coudes pour faire face à la concurrence ! », conclut-il.
Quand les fabricants s?associent
Créée en l?an 2000, l?Association of Footwear Manufacturers regroupe les fabricants de chaussures mauriciens. Son objectif principal : redonner à l?industrie locale ses lettres de noblesse.
La concurrence internationale estpour beaucoup dans cette décision.
Les chausseurs locaux sont ainsi devenus des alliés, tout en gardant leur identité et leur spécificité propres.
Les membres de l?association bénéficient de formations et d?informations, grâce à des réunions et des ateliers de travail sur les dernières technologies et le marketing pour renforcer davantage leurs entreprises.
Quand ce ne sont pas les membres de l?AFM qui se déplacent à l?étranger pour des séminaires ou des stages de formation, ce sont les spécialistes des sociétés étrangères auxquelles est affiliée l?association mauricienne qui viennent partager leurs connaissances avec leurs homologues mauriciens.
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