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Sa jalousie maladive pousse Suraj à l?irréparable

23 janvier 2005, 00:00

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Jaynarainsing Nuckchady est en encore tout chiffonné. À 73 ans, le vieil homme ne s?attendait nullement à être le témoin privilégié de la déchéance de son fils.

En revenant de son champ de légumes vendredi, il cuvait tranquillement son rhum au domicile familial, au fond de la route Bassin, à Quatre-Bornes, lorsque de vifs éclats de voix à l?étage le tirent de sa torpeur.

Une fois de plus, c?est Suraj, 37 ans, et Mira, 30 ans, qui s?entre-déchirent. Leur prise de bec dure depuis plus d?une heure. Depuis midi, ils n?ont pas cessé de se chamailler.

Les minutes s?écoulent, lancinantes. La scène de ménage prend une tournure dramatique. La voix du storekeeper de la Corporation nationale de transport (CNT) est remplie de hargne.

Là-haut, dans un bruit de meubles renversés et de course poursuite, Suraj tente de trucider Mira au couteau. Dans sa rage, voyant qu?elle évite ses coups, il la pousse du balcon du premier étage.

Mira tombée au sol, Suraj monte quatre à quatre les escaliers qui mènent jusqu?au toit. Il se saisit d?une mahavirswami - le temple en miniature dans lequel les Mauriciens de foi hindoue abritent leurs idoles - et le lance sur elle.

Une s?ur de Suraj, qui est témoin de la scène, a la présence d?esprit de tirer Mira hors de la trajectoire de la masse de béton. Des éclats du projectile l?atteignent quand même.

Suraj, lui, est rentré chez lui. Il se saisit d?une chopine contenant une substance nocive, soupçonné d?être du thinner, qu?il ingurgite d?un trait. Il monte à nouveau sur le toit avant de se jeter dans le vide, sous le regard médusé de Jaynarainsing, sorti s?enquérir du boucan.

« Mone trouv li pé trape difil et line jeté », soupire le vieil homme. Son épouse, Diwani, 59 ans, qui l?écoute d?une oreille attentive, se contente d?un : « Suraj enn bon garçon, li pas bwar et li pas fime. »

« Line malad net. Li empes mo tifi sorti.. »

Qu?est-ce qui s?est passé chez ce jeune couple apparemment bien sous tout rapport ? « Li trop bat li », résume le vieux Jaynarain tandis que Diwani part se réfugier dans l?arrière-cour pour ne pas répondre à cette question.

Depuis quelques mois, Suraj a perdu la tête. Il est devenu excessivement jaloux, allant même jusqu?à douter d?un neveu pourtant proche de lui, confie un proche.

« Line malad net. Li empes mo tifi sorti et li pas donn li enn sou akoz sa. Li empes li koz ek so bann kuzin et mem so bann frer », déplore le père de Mira, Beny Narain.

Pourtant Suraj était un homme tout à fait normal lorsqu?il est venu demander la main de Mira il y a onze ans. Il était l?ami du beau-frère de Mira et il avait tout fait pour conquérir son c?ur.

Puis, il y a quelques mois, la s?ur de Mira, établie en France, a fait parvenir de l?argent à leur père, invitant toute la famille à venir lui rendre visite. C?était une belle occasion d?autant plus qu?un des frères de Mira étudie là-bas depuis quelque temps.

Mais, à cause des travaux chez lui, Beny n?avait pas suffisamment de sous sur son compte pour satisfaire l?ambassade. Son visa lui a donc été refusé.

Mira, elle, voulait coûte que coûte faire le déplacement. Son mari ne l?entendait pas de cette oreille. « Li pa ti dakor ki li al tousel et less li ek bann zenfan », avoue Jaynarainsing.

Les disputes s?enchaînent et les coups devaient immanquablement suivre. Suraj a commencé à avoir la main leste. Blessée une fois à la tête, Mira a porté plainte, confie Beny. Toutefois, elle s?est rétractée par la suite, ne voulant pas que Suraj soit appréhendé.

En début d?année, les relations entre les deux conjoints étaient arrivées à un point de non-retour. Mira est partie trouver refuge chez son père à Camp-Levieux, à Rose-Hill. Elle y restera pendant plus d?une semaine.

Jusqu?à ce que? « La mère et la s?ur de mon gendre sont venues demander à Meera de rentrer. Elles lui ont dit qu?elle devait le faire pour le bien de leurs deux enfants », se souvient Beny.

« Il y a des chances qu?il soit handicapé à vie »

Depuis vendredi après-midi, Mira se remet lentement de ses blessures au bassin et aux membres à l?hôpital Candos. Pour son père, c?est certain que cette fois elle ne retournera pas au domicile conjugal à la route Bassin.

Suraj, lui, n?est pas prêt de se tirer d?affaire. Il a été transféré à l?unité de soins intensifs depuis hier. Il a eu la colonne vertébrale fracturée et des complications sont à prévoir, vu qu?il a absorbé du « thinner ».

« S?il survit à ses blessures et au poison qu?il a ingurgité, il y a des chances qu?il soit handicapé à vie d?après ce qu?on nous a dit à l?hôpital », soupire un de ses proches.

« Ou pense pu ena lamann ek prizon pou mo garson la ? Si pas met kes eski li pas pou gagn narien », s?interroge Jaynarainsing,

En attendant, leurs enfants, Kaushal et Ashish, neuf et huit ans ? qui étaient à l?école au moment du drame ? doivent bien se demander où se trouvent leurs parents. Ils ont été emmenés chez une tante en attendant qu?un des conjoints soit sur pied.

Voilà toute une vie et un couple brisés pour une histoire de jalousie.

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