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Réunion décisive aujourd?hui
?C?est un jour décisif pour les employés de Saint-Félix aujourd?hui. Il faut absolument que le comité technique qui va se réunir demain (Ndlr) aujourd?hui, trouve les modalités pour effectuer le paiement des salaires et le boni des employés?, dit Lall Devnath, président de l?Artisan and General Workers Union (AGWU).
ll y a eu des indications positives du côté de la Société Usinière du Sud (SUDS) et du Sugar Investment Trust (SIT), que la situation pourrait être débloquée lors de cette réunion.
Le comité technique a été mis sur pied par Arvin Boolell, ministre de l?Agro-industrie pour trouver des solutions pour ces employés. Siègent sur ce comité, un représentant du ministère de l?Ago-industrie qui le préside, des membres de SUDS, ceux de la direction de Saint-Félix, du ministère des Finances et du SIT entre autres.
Dans une lettre adressée aux employés la semaine dernière, le conseil d?administration de la Compagnie Usinière de Saint -Félix (CUSF) a annoncé qu?elle a adopté une recommandation demandant aux actionnaires de considérer la mise en liquidation de la compagnie.
Dans le même courrier, la CUSF précise qu?elle honorera ses engagements en ce qui concerne l?allocation des terres pour le Voluntary Retirement Scheme (VRS).
En attendant le jour j, Karl Pierre, ex-employé de Saint-Félix comme tourneur et Narayanasami Goinda, artisan, rappellent les bons et les moments difficiles qui ont jalonné leur carrière.
?Mo donn mo la vie pour sa tablissement Geutte nou récompense zordi . Mo nempli conné qui pour faire. Nou la vie fin vinn enn martyr zordi?, dit Nayaranasami Goinsamy, après avoir parcouru la lettre que La Compagnie Usinière de Saint-Félix (CUSF) vient de remettre à tous ses employés pour leur annoncer que la direction a déjà considéré la possibilité d?effectuer le winding up de la compagnie à la lumière des dispositions du Company Act et du rapport des auditeurs qui concluent à une situation de faillite de la CUSF.
Agé de 59 ans, cet employé de Saint-Félix a commencé à travailler sur cet établissement en janvier 1959 à l?âge de onze ans avec d?autres amis de la région de la même tranche d?âge. ?Nou ti pe tir ros dans caro?. II touchait Rs 1,75 par jour. ?Ti oblige fer travay la pou aid la fami malgre la fatig?.
Etant satisfait de son travail, le sirdar ne tarda pas à le recommander pour passer du métier de laboureur à chauffeur de tracteur. Une tâche qui consiste à charger les cannes dans les camions. Il se réveillait à quatre heures du matin pour pouvoir s?y rendre même s?il pleuvait et que l?hiver battait son plein. ?Vous ne pouvez pas imaginer à quel point c?était pénible et difficile?. Satisfait de ses efforts , son supérieur lui offre une deuxième promotion. Il passe au grade supérieur et devient artisan. Il alimentait le générateur avec de la bagasse pour que l?usine tourne à plein régime et devait veiller au grain pour s?assurer que le générateur était constamment alimenté pour éviter des pannes. ?Nous étions au four et au moulin.On vivait des moments de grande panique, surtout quand l?usine tombait en panne. Nous étions contraints de faire le va-et-vient à l?intérieur et à l?extérieur, transportant la canne sur nos épaules pour alimenter le générateur?.
Grâce aux amitiés profondes et durables qu?il a contractées successivement dans ce milieu, Narayanasami ne peut en aucun cas, dit-il, se désolidariser des employés qui se trouvent dans la même situation que lui.
?Cette expérience nous a marqués profondément. Nous avons toujours souhaité une retraite paisible mais malheureusement c?est l?angoisse en permanence, surtout à l?approche de chaque fin de mois ».
Quarante -trois ans de service
Karl Jean-Pierre, âge de 61 ans, a passé 43 ans de sa vie sur la propriété sucrière de Saint-Félix comme tourneur.
Retraité, habitant à Chemin-Grenier, il est devenu en quelque sorte lui aussi le champ où s?affrontent les courants d?idées depuis que le conseil d?administration a cessé ses opérations usinières en décembre 2005.
?Je n?avais que 15 ans seulement lorsque j?ai commencé à faire mon apprentissage. J?ai bénéficié de l?influence d?autres ouvriers qualifiés. Bien que les journées de travail paraissaient assez longues, je misais beaucoup sur mes capacités manuelles pour me tirer d?affaire, et cela, avec un salaire mensuel de Rs 1 500 ?, se souvient-il.
Après tant d?années d?efforts et maints obstacles franchis, Karl ne digère toujours pas le sort qui lui est réservé à la veille de sa retraite en 2006. ?C?était la confusion totale pour le paiement de ma lump sum. J?étais choqué d?apprendre qu?il fallait vérifier si ma lump sum est liée ou non au blueprint avant de me la verser?, explique-t-il. Selon les provisions du blueprint, les compensations, à savoir de l?argent et des lopins de terre à être alloués aux travailleurs en cas de fermeture de La Société Usinière du SUD (SUDS) doit prendre en charge ces obligations.
Ayant travaillé pendant toutes ces années, Karl a eu certainement de bons et de mauvais souvenirs malgré les cadences infernales imposées par le chronométrage ?Nous faisions notre travail avec même si nous avions à nous battre avec de la vieille ferraille pour faire rouler l?usine 24 sur 24 en période de coupe?.
Comment vit-il cette situation aujourd?hui ?
?Si je vois quelqu?un souffrir d?une maladie que je n?ai jamais éprouvée dans ma chair, je serais resté peut-être indifférent au sort de mes amis. Mais eux aussi ne ferment pas les yeux la nuit comme moi à cause des dettes contractées pour la construction de notre maison , répond le sexagénaire. Un douloureux souvenir reste en la mémoire de Karl: la mort d?un de ses collègues frappé d?une crise cardiaque dès qu?il avait commencé à discuter des problèmes qui ont surgi après l?annonce de la fermeture de l?usine. ?Il est vrai que l?inévitable peut arriver à n?importe quel moment dans la vie d?un être. Mais je suis convaincu que cette fermeture a précipité sa mort car il ne pouvait plus supporter l?angoisse qui le tenaillait?.
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