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Réactions au ?Show? : ?Nous ne sommes pas des enfants modèles?
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Réactions au ?Show? : ?Nous ne sommes pas des enfants modèles?
Les adolescents sont dans la ligne de mire. Et pour cause. Une vague de films où s?associent sexe, jeunesse et ?interdits? déferle depuis quelque temps sur les portables, perturbant l?île Maurice puritaine. Le pays se réveille de la léthargie ouatée dans laquelle il se prélassait.
Les parents découvrent (ou feignent de découvrir) à leur corps défendant que leurs enfants ont une sexualité. C?était tellement plus rassurant de garder d?eux l?image de petites filles et de petits garçons modèles dans leurs uniformes et socquettes blanches. Mais qu?on le veuille ou non, la libération sexuelle est en marche, autant ici qu?ailleurs.
?Nous partageons les mêmes pensées, les mêmes aspirations que n?importe quel ado français ou anglais. Il ne faut pas croire que nous sommes moins ?avancés? qu?eux. Après l?éveil à la sexualité, vers 14-15 ans, les jeunes veulent tenter l?expérience. Vouloir passer à l?acte est tout à fait normal. Cela dépend de l?individu et s?il est prêt dans sa tête. Mais à Maurice, nous baignons dans une culture et des principes rigides. Comment concevoir une sexualité dans une société qui ne serait pas du tout ?libérée??, s?interroge ainsi Nisha, 16 ans.
Bien des parents ressentent un profond malaise face à la sexualité de leurs enfants. Ils se sentent maladroits, sont souvent scandalisés, ne sachant plus quel discours tenir, quels mots utiliser. ?Dommage?, se lamentent ces jeunes interrogés. Ils manquent là une occasion unique de se rapprocher de leurs enfants. ?Nous ne sommes pas des enfants modèles. Nos pères et mères savent que nous avons des petits copains mais ils ne veulent pas en parler avec nous?, raconte Hansha, 17 ans, en Form V dans un collège privé. ?Ma mère sait que c?est mon petit ami mais elle fait semblant que c?est juste un ami. Il est même convenu entre nous, et à sa demande, que nous n?en parlions pas. Pourtant j?aurais aimé qu?elle en discute ouvertement avec moi.?
Cette gêne qu?éprouvent les adultes est entourée d?un mur de silence qui renforce le caractère culpabilisant des émotions que vivent ces adolescents. ?Je préfère encore mentir et ne pas dire que j?ai quelqu?un?, confie Joanna, 16 ans, élève d?un collège public de l?ouest, ?je n?ai pas l?impression de vivre sur la même planète que mes parents. Je préfère leur renvoyer l?image qu?ils attendent de moi.?
A les entendre, les parents qui jouent un rôle actif dans l?éducation sexuelle de leur progéniture sont une espèce rare. ?Déjà, à l?école, nos seuls cours d?éducation sexuelle se limitent à ce que des organismes et associations viennent nous dire de la propagation du sida. C?est certes important mais à notre âge nous voulons aussi parler de nos propres difficultés sexuelles?, répondent en ch?ur les collégiens interrogés. Leur puberté est vécue dans une atmosphère de conditionnement scolaire. A cet âge fatidique où l?adolescent cherche affectivement sa voie, où il est empêtré dans des problèmes nouveaux qui exigeraient information et discussion, il se retrouve dans une situation plutôt cloisonnée.
Ce qu?ils savent de la sexualité, ces jeunes l?ont glané ici et là. Sur la trentaine d?adolescents interrogés, tous avouent avoir visionné des films pornographiques. Qu?ils portent autant d?intérêt à ces images n?est pas un fait nouveau mais leur distribution massive par les moyens de communication modernes est un trait particulier de l?époque.
?J?ai du chagrin pour ces quatre garçons?
?Il faudrait réinventer la société mauricienne. Il y a beaucoup trop d?hypocrisie ; on a pu le voir avec l?épisode ?The Show?. Nous, jeunes, étions indifférents à ces clips. Cette affaire semble être une première pour beaucoup. Pourtant, cela fait une dizaine d?années que c?est un état de fait mais la médiatisation n?était pas encore passée par là. De plus, la téléphonie nouvelle génération a changé la donne?, poursuit Nisha.
S?exprimant aussi sur ces clips, d?autres jeunes s?indignent : ?Notre éducation sexuelle ne devrait pas se borner à des clips pornographiques que nous regardons sur un écran de téléphone ou sur Internet. Pourquoi n?avons-nous pas droit au moins à un psychologue ou un sexologue comme accompagnement à ces images ?? Qu?un spécialiste puisse leur parler des relations affectives, du plaisir, en insistant sur le respect de l?autre et de soi-même leur ferait comprendre que l?amour ne se résume pas au côté purement mécanique de l?acte.
Nisha abonde dans le même sens. ?Il est primordial de s?attaquer à la source des problèmes au lieu de critiquer et de se lancer dans d?interminables palabres. On doit être moins égoïste, partager nos opinions, régler les problèmes ensemble. Pourquoi n?y a-t-il pas de possibilité de suivi psychologique au collège ? C?est important dans la vie d?un adolescent.? Parlant lui aussi de l?épisode ?The Show?, Yandrick, élève d?un établissement privé à Beau-Bassin, dénonce l?hypocrisie de certains. ?En matière de sexualité, la société veut qu?on accepte mieux les garçons que les filles. Et si c?était un garçon avec plusieurs filles, l?impact n?aurait pas été le même.?
En effet, les jeunes sont très peu nombreux à condamner l?attitude des protagonistes de ?The Show? et ne comprennent pas tout le ramdam fait autour de l?affaire. Pour eux, il suffit de punir ceux qui ont commercialisé les images, le reste relevant du domaine privé. ?A Maurice dès qu?on fait quelque chose de mal, on va en prison. Il faut abolir ce type de législation répressive en matière de sexualité quand elle est d?un commun accord. On ne regarde pas la carte d?identité avant de faire l?amour. J?ai beaucoup de chagrin pour ces quatre garçons. Voilà quatre familles détruites ! Pourquoi ne pas les envoyer dans un centre de réhabilitation ou leur imposer des heures de travaux d?intérêt général ? Cela aurait pu arriver à n?importe qui?, soutient Nisha.
Et à Karishma d?ajouter que ?chacun détermine ses propres limites. Et si la fille sait ce qu?elle fait, c?est O.K.? Ils déplorent que la médiatisation de ?The Show? ait rendu les parents plus méfiants. ?Cette liberté qu?on a acquise, j?ai bien peur qu?on ne la perde. J?ai aussi fait des petites bêtises et mes parents l?ont su?, renchérit Karishma.
Tous s?accordent à dire que la circulation des clips ?zanfan mizer? est monnaie courante dans les cours de récréation. ?Zanfan mizer?, expliquent-ils, ?c?est un code entre nous quand on veut visionner ou échanger ce genre de clips. On les traite de ?mizer? parce qu?ils sont nus sur les clips n?ayant pas de quoi s?acheter des vêtements. Mais ce sont souvent des ados riches...?
Les enfants mauriciens ne traverseront probablement pas l?adolescence sans avoir vécu leur premier frisson. ?Entretenir une relation amoureuse n?est pas du tout incompatible avec de très bons résultats au collège. Au contraire, un certain épanouissement sur le plan affectif apporte de la sérénité pour aborder les autres aspects de la vie?, soutient, en ce sens, Nisha. Il n?y a certes pas d?âge idéal pour commencer une vie sexuelle active. Certains sont prêts à 15 ans, d?autres ne le seront toujours pas à 20 ans?
Une sexualité précoce peut parfois cacher des carences affectives. L?important, c?est d?acquérir avant tout une certaine maturité pour être en mesure de faire des choix. Et, pour franchir ce passage normal dans leur vie, les adolescents ont surtout besoin de leurs parents.
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