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Rosemay Smith ou le don de soi

23 juillet 2006, 00:00

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Un retour aux sources empreint de mille sensations pour Rosemay Smith. Quarante-deux ans qu?elle n?avait pas foulé le sol qui l?a vu naître. Une étrange émotion la submerge à sa descente d?avion. Retour en arrière sur cette frêle jeune fille de dix-huit ans s?embarquant sur un bateau à Port-Louis. Deux semaines en mer jusqu?à Singapour et enfin, l?avion pour l?Australie, à l?autre bout de soi.

Sa profession comme secrétaire-dactylographe, Rosemay la balaie d?un revers de la main. Ce qui lui importe de nous narrer, c?est sa vie trépidante d?épouse. Obligée de se marier parce qu?elle est tombée enceinte : « J?étais très timide et ne connaissais pas les choses de la vie. » Et forcée de rester avec son mari malgré la mésentente : « À l?époque quand on se mariait, c?était vraiment pour le meilleur et pour le pire. J?avais pris cette route et j?étais contrainte de m?y tenir. Et puis, le bonheur de mes enfants était prioritaire au mien. »

Elle attendra que ses trois enfants, Robyn, Richard et Rey quittent la maison familiale pour recouvrer la liberté, il y a quatorze ans. En attendant, son mari la fera vivre dans les bois à Calliope dans le Queensland sous une tente, puis dans une caravane. « Mon mari avait une peur panique de la crise économique. C?était l?unique perception qu?il avait de comment il fallait vivre. Lui-même a été témoin et victime d?événements fâcheux : un père qui a connu la guerre et qui l?a brutalisé. Ceci expliquant peut-être cela. Ce fut un véritable choc pour mes enfants et moi quand il a fallu à nouveau vivre en ville. »

Son mari et elle essuieront deux incendies en 1972 et 1977 où ils perdent tout. Les biens qu?ils arrivent par la suite à engranger se retrouvent flottant dans une rivière à la suite d?une inondation. Ils sont aussi rescapés d?un naufrage lorsqu?ils ont vécu sur un bateau de 25 pieds à Gladstone. Rosemay Smith endure stoïquement tous les aléas du destin. Tout n?est pas toujours rose pour ces enfants d?immigrés.

Avide de sensations fortes

Des expériences de la vie et des incidents de parcours ont fini par forger le caractère de la jeune fille timide qui avait posé ses valises en Australie avec la famille De Cherval. Une famille aujourd?hui très soudée, qui se remémore souvent leur premier Noël en Australie, le plus triste de leur vie « où il manquait l?ambiance très particulière des Noëls mauriciens, les pétards? ».

« Mon pays d?adoption m?a construite mentalement. Quand j?ai quitté l?île Maurice avec mes parents, mes deux s?urs et mon frère, je ne savais pas qui j?étais. La route fut longue. J?ai même été paralysée par la peur pendant mes deux années de vie de nomade avec mes trois enfants, mais j?en suis sortie grandie. Eux aussi ont pu se forger un caractère en acier. »

Aujourd?hui, Rosemay pratique la varappe et est avide de sensations fortes. Tous ses déboires, loin de la rendre égoïste, ont instillé en elle l?envie de se mettre au service des autres.

Au sein de la Franco Mauritian Catholic Association d?Australie, elle organise des événements afin de recueillir des fonds pour « mettre un sourire sur les lèvres des enfants mauriciens qui n?ont rien ». N?est-elle pas venue avec en poche deux chèques pour les moins nantis qu?elle ? « Je sais ce que c?est que de ne pas avoir ni l?eau ni l?électricité. Je sais ce que c?est que de se contenter d?exister au lieu de pouvoir vivre réellement. C?est pour cela qu?aujourd?hui, je vole au secours des déshérités. »

À Brisbane, où elle vit depuis dix ans, elle appartient à des Care and Concern Groups. Elle rend visite aux personnes âgées et s?occupe à plein temps d?une famille soudanaise, réfugiée politique. Grand-mère comblée de sept petits enfants, elle prend souvent le relais de sa fille Robyn qui souffre d?une maladie. Et, elle n?oublie pas de faire le bonheur de ses parents âgés de 90 et 91 ans.

« I am going home », avait-elle dit à ses amis australiens malgré les nombreuses années passées loin de sa terre natale. Elle avoue, cependant, avoir été déçue face à certaines réalités. Forcément, le temps a fini par embellir quelque peu ses souvenirs. « Les routes sont beaucoup plus petites et plus sales que dans mes rêves. Qu?importe ! Cela n?a pas empêché qu?un peu plus de mes racines se soient enfoncées dans la terre pendant mon séjour. »

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