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Roseline Appadoo mariée au sport
De son passé de sprinter, Roseline Appadoo, la cinquantaine fraîche, a conservé l?allant. « Je passe mon temps à courir, je sais. Mais j?aime faire les choses rapidement. » Il faut dire qu?elle a du boulot. Roseline est affectée à la direction de l?hébergement, de la restauration et de l?entretien au Village des Jeux. Elle a aussi sous sa responsabilité la délégation seychelloise.
« Les deux premiers jours, j?ai été très sollicitée, mais une fois que les athlètes seychellois ont été installés et ont trouvé leurs repères, ils ont moins eu besoin de moi. » Elle n?a pas ralenti le pas pour autant, question de tempérament. Si les félicitations des délégations lui vont droit au c?ur, Roseline estime néanmoins que le mérite du succès doit revenir à « l?infatigable Roselyn Nicole », ajointe au maire du Village et à Joël Chellamootoo, « le Monsieur passe-partout qui connaît les coins et recoins du Village et conserve les clés de tous les bungalows ».
Avant-dernière d?une famille de huit enfants, Roseline Appadoo jouait à la « Miss l?école » avec les arbres et les roches de sa cour. Elle a pratiqué le volley-ball et le basket-ball pendant ses années d?études secondaires au collège du Bon et Perpétuel Secours, puis a pris goût à la vitesse pendant ses deux années au Teachers? Training College. « J?étais championne en 100 m, 200 m et 400 m parmiles autres aspirants instituteurs. »
Au contact de Berty Appadoo, volleyeur émérite qu?elle épouse à 21 ans, son amour pour le sport va croissant.
« Je connais Berty depuis la Form IV. Il m?aidait à faire mes devoirs et jouait au basket-ball dans le club sportif et social Les Copains à Beau-Bassin. Mon frère était responsable du sport dans ce club et Berty l?aidait à rapporter les ballons. C?est comme ça qu?on faisait un bout de chemin ensemble. J?ai craqué pour lui en tant que sportif. Je l?admirais quand il jouait. Quand on a commencé à se fréquenter sérieusement, j?étais déjà moins sportive », reconnaît-elle.
Au diapason
Roseline se met ensuite au diapason de son sportif de mari. Ainsi, le jour de leur mariage civil, il va disputer un match de volley à la Réunion. Quelques jours après leur mariage religieux, alors qu?ils sont en lune de miel à Trou-aux-Biches, Berty défend les couleurs de Beau-Bassin-Rose-Hill aux Jeux intervilles. « Pour être avec lui, je préférais l?accompagner. »
La grossesse de Roseline ne modifie en rien leurs habitudes. Arrivée à terme, Roseline assiste à un festival de basket à l?école Philippe Rivalland qui se termine à 23 heures. Moins d?une heure plus tard, elle doit aller en clinique où elle accouche de leur fils Alberto. « J?aurais pu accoucher dans le stade, c?est vrai », déclare-t-elle en riant. « Mais le choix m?est toujours revenu. Berty est le genre d?homme à proposer de l?accompagner. J?aurais pu dire non. Mais j?ai accepté pour être avec lui. »
La naissance d?Alberto, aujourd?hui ingénieur en mécanique, freine ses déplacements dans le sillage de Berty. « Un enfant à la maison, cela change tout. Il fallait faire un choix : l?un s?en va, l?autre reste. Dans un couple, mari et femme ne peuvent être en compétition car soit le couple en aurait souffert, soit cela aurait été l?enfant. »
Roseline n?a jamais pensé que Berty a fait passer le sport avant la famille.
« Il voulait honorer ses engagements, que ce soit avec le Racing Club où il était passeur dans la première équipe, ou avec la sélection nationale. C?est sûr qu?à des moments, il y a eu des grincements de dents, des débordements dus à la fatigue, mais dans l?absolu, le sport nous a unis et nous a rendus plus compréhensifs. »
Roseline n?a pas eu de répit. Car si Berty se retire comme passeur de la sélection nationale en 1985, il se met au squash qu?il pratique de façon intensive au Racing Club. Puis il se met au cyclisme voilà cinq ans. Là encore, Roseline le suit dès qu?elle le peut. Elle va également encourager Alberto quand celui-ci se met au triathlon et à la natation, car le sport chez les Appadoo est une passion.
Institutrice par vocation
Sa vie professionnelle lui procure également d?énormes satisfactions. Employée par la Roman Catholic Education Authority, cette institutrice par vocation enseigne en Standard V et CPE dans six écoles primaires, notamment à Philippe Rivalland R.C.A. Ses neuf années passés dans cette institution lui font acquérir l?expérience de la gestion d?une classe. Mais c?est aussi là qu?elle prend la pleine mesure de la barbarie du système de classement. Elle subit de plein fouet la pression, notamment celle des parents. « Pour les parents, ce n?était jamais assez. Pas assez de devoirs, pas suffisant que leur fille se classe 13e au lieu d?être dans les dix premiers par exemple. J?avais aussi ma responsabilité d?assurer l?avenir de ces enfants. Le bourrage de crâne venait donc naturellement car il fallait absolument terminer le programme. » Mais en parallèle, pour aérer l?esprit des enfants, elle les fait chanter dans une chorale et crée, avec l?aide de la maîtresse d?école, une équipe de majorettes.
L?expérience la plus marquante pour elle est son passage à l?école St.-Jacques R.C.A. de Chamarel où son rôle dépasse celui d?une simple institutrice. « Là, j?ai côtoyé des enfants livrés à eux-mêmes car leurs parents travaillaient dans les champs. Des enfants qui arrivaient en retard du fait qu?il leur fallait faire le ménage ou s?occuper du petit frère d?abord. Des enfants qui avaient déjà des responsabilités d?adultes. C?est là que j?ai eu l?occasion de donner plus que ce que demandait mon métier d?institutrice.» Quand Roseline est mutée, le taux de réussite de l?école passe de 27 % à 66 %.
Le seul revers qu?elle essuie durant sa carrière est l?incompréhension d?un parent face à une action déplacée de sa part. Celui-ci se montre intransigeant, malgré ses excuses. « Je suis convaincue qu?il n?y a pas d?enfant stupide. Il faut identifier ses faiblesses et les fortifier. C?est mon ardeur à faire travailler les enfants qui m?a mise en mauvaise posture. » Cet épisode l?affecte mais sa résistance naturelle prend le dessus et le soutien du maître d?école et du Bureau de l?éducation catholique fait le reste.
Roseline est aujourd?hui assistante-maîtresse d?école à Notre-Dame-de-la-Confiance R.C.A. et estime que l?abolition du classement est une bonne chose. « Sans le classement, la pression est moindre. Elle est présente mais de façon déguisée. Les enfants essaient d?avoir cinq A pour avoir les meilleurs collèges de la zone. Cela prendra du temps pour que les parents changent. L?humain est généralement réfractaire aux changements. L?abolition du classement sera une bonne chose dans la mesure où il y aura des collèges pour absorber tous les enfants. De toutes les façons, ce n?est pas l?école qui fait l?élève mais l?inverse. »
Pour preuve, Roseline cite les écoles de la zone d?éducation prioritaire. Si celles-ci ont des taux de réussite très bas, selon elle, c?est parce que les enfants qui les fréquentent viennent de milieux où sévissent d?importants problèmes sociaux. « Lorsque les instituteurs se retrouvent avec ces élèves, ils doivent non seulement enseigner mais aussi leur faire comprendre l?importance de ne pas rater l?école, instaurer la discipline, inculquer l?hygiène. C?est pour cela qu?ils sont toujours en retard sur le programme d?études. »
Roseline ne croit pas qu?il soit possible de concilier études et sport de haut niveau. « C?est extrêmement difficile car l?un ou l?autre domaine en pâtira. Il y a bien entendu des exceptions. »
Croyant au bénévolat, depuis quatre ans, elle aide l?école complémentaire en animant une classe hebdomadaire à la résidence Kennedy, Candos. C?est également dans cet esprit qu?elle s?est portée volontaire au Village des Jeux. Et malgré le fait que ces dix jours l?aient tenue éloignée des siens, elle a apprécié l?expérience. « Aussi longtemps qu?on travaille dans un esprit d?équipe comme cela a été le cas, je ne vois pas pourquoi je ne recommencerais pas. »
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