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Rome intensifie sa lutte contre les clandestins
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Rome intensifie sa lutte contre les clandestins
Reçu en Libye pour la troisième fois en deux ans, Silvio Berlusconi compte beaucoup sur le dîner prévu avec le colonel Kadhafi pour régler définitivement les problèmes qui semblent retarder la mise en place d'un accord entre l'Italie et la Libye sur l'immigration clandestine. En principe, une entente en ce sens a déjà été trouvée, à Tripoli, par le responsable italien de l'immigration, Alessandro Pansa. Selon le communiqué du ministère de l'Intérieur qui a suivi cette visite, des vedettes, avec des équipages italiens et libyens, devraient bientôt patrouiller le long des côtes libyennes pour intercepter les embarcations de clandestins qui font route vers l'île de Lampedusa et la Sicile.
Au début, formellement, il ne s'agira que d'un programme d'entraînement. Les policiers italiens aideront leurs collègues libyens à se familiariser avec les vedettes et l'équipement fournis par l'Italie. Puis, petit à petit, les frontières libyennes et certains ports, d'où partent les voyages organisés par les trafiquants d'être humains, passeront officiellement sous le contrôle de ces patrouilles mixtes. C'est la coopération renforcée souhaitée depuis longtemps par Rome.
Déjà, en juillet 2003, un accord avait été signé, mais il est pratiquement resté lettre morte. Pour la Libye, il s'agissait d'une limitation de sa souveraineté qui ne lui apportait rien en échange. Car l'embargo de l'Union européenne sur les fournitures d'instruments sophistiqués à usage civil et militaire l'empêchait d'avoir accès à des appareils pour la surveillance en mer. Les vedettes et les hélicoptères équipés de viseurs à infrarouge, prévus par l'accord de 2003, sont donc restés en Italie alors que les voyages de clandestins reprenaient de plus belle, ainsi que les appels à l'aide de Tripoli. Récemment, le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdel Rahmane Chalgham, a évoqué, dans un entretien à un quotidien italien, « l'invasion » à laquelle son pays ne peut faire face tout seul. Et de demander de l'argent, des équipements, des avions pour les rapatriements et, surtout, la fin de l'embargo.
« Guichets européens »
Les responsables italiens sont d'accord. Il est temps que la Libye retrouve sa place dans l'assemblée des nations. La situation a évolué : Tripoli a accepté de solder ses comptes avec le terrorisme et, dans le nouveau climat qui s'est installé avec Bruxelles, la Libye est à présent une pièce maîtresse du dispositif européen pour tenter d'endiguer les arrivages de clandestins. Outre les patrouilles mixtes, l'Italie participera ainsi à la construction, en Libye, de trois centres d'accueil, pour un total de 1 000 places, dans lesquels les autorités libyennes comptent regrouper les clandestins venus d'Afrique centrale. L'accord prévoit aussi de renforcer l'aide pour le rapatriement. L'Italie a déjà mis à la disposition de la Libye des charters utilisés pour renvoyer chez eux quelque 2 500 clandestins en provenance d'Egypte, du Pakistan, du Ghana et du Nigeria.
Pour Rome, l'accord avec la Libye devrait représenter le tournant décisif attendu dans sa lutte contre les dangereuses filières maritimes de l'immigration illégale. Plusieurs centaines de clandestins ont trouvé la mort, ces dernières années, en tentant de gagner les côtes italiennes. Et ce bilan pourrait encore s'alourdir tant les déséquilibres démographiques et économiques se creusent de part et d'autre de la Méditerranée. Aussi M. Pisanu, ministre de l'Intérieur italien, a annoncé de nouvelles propositions pour le G5 de Florence, en octobre, quand l'Italie, la France, l'Allemagne, la Grande- Bretagne et l'Espagne se retrouveront pour discuter d'immigration.
L'Italie et l'Allemagne, de leur côté, pensent à l'ouverture de « guichets européens » pour recueillir sur place, dans les pays de transit comme la Libye, les demandes d'asile et d'immigration régulière : il s'agirait d'un premier pas vers ces « centres d'accueil temporaires » pour clandestins évoqués par le ministre allemand de l'Intérieur, Otto Schily. À ceux qui critiquent ces centres, parce qu'ils leur en rappellent d'autres de sinistre mémoire, il a répondu, dans La Repubblica : « N'est-il pas plus inhumain de laisser mourir tant de gens en mer ? »
Sur le plan interne, M. Pisanu a proposé la révision de la loi Bossi-Fini, du nom des chefs de la Ligue du Nord et d'Alliance nationale, les deux partis de la coalition gouvernementale favorables à la « tolérance zéro » contre l'immigration clandestine. Adoptée en juillet 2002, elle a rendu plus difficile l'octroi d'un permis de séjour en le liant à l'obtention d'un contrat de travail. De même, elle a rendu obligatoire l'arrestation des clandestins en cas de non-respect d'un ordre d'expulsion, lors d'un second contrôle, disposition que la Cour constitutionnelle vient de reconnaître illégitime.
À l'occasion de la révision de la loi, le ministre de l'Intérieur voudrait aussi faire transférer aux communes la compétence pour délivrer les permis de séjour, ce qui permettrait de les adapter aux exigences territoriales. Le débat s'annonce houleux. La Ligue du Nord, qui réclame l'usage de la force pour stopper les clandestins, entend s'opposer à toute correction de la loi.
@ 2 004 Le Monde ?
Salvatore Aloise
Distribué par The New York
Times Syndicate
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