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?Rodère boute?
S?il y a un mot qui a acquis une signification spéciale après les derniers trémolos électoraux, c?est bien le mot ?boute? qui est devenu synonyme d?avantage, de récompense dans le giron politique. Et pourtant, Dieu sait si ce terme a fait un long chemin au cours des siècles pour venir jusqu?à nous.
Il existe sûrement dans notre mémoire collective quelques bribes d?histoire de France, malgré le fait qu?à Maurice le mot bribe ne soit plus prononcé qu?à l?anglaise. Vous vous souviendrez donc que Jeanne d?Arc, qui n?est point parente à Mireille du même nom, accusait sur la balance soixante kilos d?héroïne, comprenant son armure, dernier rempart du pucelage à cette époque et qu?elle avait bouté les Anglais hors de France, quoique Berthe au Grand Pied eût été plus indiquée pour effectuer cette boutade en grande pompe.
Cette jeune bouteuse shootait sans seringue tout ce qui passait à portée de ses boots. On sait d?ailleurs que le dernier Anglais à s?être précipité dans la Manche à cette occasion avait déclaré rempli d?admiration : ?Aoh, I say, cette Joan elle me botte !?
Et voilà que, six cents ans après, le ?boute? refait son apparition précédé d?un rôdeur. Dans l?intervalle, Maurice qui a aboli son chemin de fer en 1956 pour tenter cinquante ans plus tard de remettre un projet de métro de plus en plus léger sur les rails, est tombée dans le marasme au point d?avoir cruellement besoin d?un boute-en-train dans chaque wagon. La seule fois où j?ai rencontré le boute nez à nez dans la vie de tous les jours, c?est quand un copain m?a raconté sa mésaventure : un témoin qui avait promis de ?deboute? pour lui en cour l?avait laissé tomber et c?est lui qui a finalement été débouté. ?Moi qui dans les relais, avais l?habitude de laisser tomber le témoin et voilà que l?inverse se produisait?, me dit-il, complètement démoralisé.
C?est toujours après les élections, quels que soient les gagnants, que les ?rodeurs de boute? commencent leurs reptations. Alors qu?il arrive aux Européens, même édentés comme des pangolins, de manger à plusieurs râteliers, ou de brûler la chandelle par tous les bouts disponibles, le Mauricien, plus exotique, mange sa banane par les deux ?boutes? quel que soit le régime en place.
L?ennui, c?est qu?ils sont nombreux à attendre que les promesses se concrétisent et que le tri est difficile. Il faut pourvoir aux corps para-extatiques qui sont étêtés de ?chairmen?, car il y a beaucoup de ?men? mais finalement peu de ?chairs?. Puis il y a les innombrables conseillers de toutes ces institutions indépendantes où il faut caser des proches, toutes les ?Authorities? existantes avec, en plus, la ?Breathing Authority? qui ne saurait tarder.
Les autres nominations très lucratives si l?on songe que le veau d?or est toujours de ?boute?, me font cependant penser à un exercice chorégraphique. Cela commence par les chaises musicales pour les fonctionnaires, le ?tango la liane? de ceux qui veulent s?accrocher à leurs postes, le choix des édiles municipaux suivi d?une soirée dansante pour la fête des maires, un autre ?deux pas-deux? pas pour la valse-hésitation aux ambassades, et la marche nuptiale de l?Empereur avec sa foule de manchots. Il ne manque que la ?Statue-Dance? de d?Épinay. Tout cela n?est pas facile pour celui qui décide en dernier, surtout si on lui attribue méchamment la réputation d?être plus doué pour le slow que pour le fox-trot. C?est un ami à moi qui a eu le mot de la fin. Approché pour être consultant, il a répondu : ?Je vous remercie mais mon principe sur ce chapitre tient en quatre mots : ni con, ni sultan?.
VOLCY
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