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A Rivière Noire, la police blesse Clifford Esther
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A Rivière Noire, la police blesse Clifford Esther
Depuis le meurtre de Jean Nelzire, en service commandé, à l?entrée du CEB de Curepipe, la police est sur les dents et s?efforce, mais vainement, de retrouver les auteurs d?un crime aussi révoltant. Elle est d?autant sur les nerfs et sur la sellette que la presse révèle déjà que l?arme, qui abat le policier Jean Nelzire, provient d?un vol de revolvers à bord du Silvergate, larcin jamais élucidé et pour des raisons bien précises, laissent entendre les innombrables conne tout patentés de la société mauricienne. La rumeur veut aussi que le poste de police de Curepipe n?a pu remettre à Jean Nelzire l?arme à feu, généralement confiée aux policiers, devant convoyer un important transfert d?argent.
C?est donc une police, sur les dents mais aussi sur le qui-vive et nullement décidée à faire dans la dentelle, qui prépare fébrilement un raid matinal contre les occupants (un jeune couple d?une vingtaine d?années et leur ami) d?un quelconque bungalow à Rivière Noire. Le raid revêt toutes les apparences d?une participation à l?enquête piétinante, visant à débusquer les meurtriers du policier Nelzire. Les mallettes du CEB sont retrouvées au fond du Bassin Merven à Solitude. Cette découverte concerne, bien sûr, le contenant et non le contenu. C?est d?ailleurs en quoi elle diffère du tout au tout de la mode.
Quoi qu?il en soit exactement, les policiers, participant à ce raid pour le moins mystérieux, se ruent avec une brutalité annonciatrice sur un bungalow situé dans les environs du cimetière de la Rivière Noire. Il y aura des coups de feu que la police ne pourra guère expliquer, ni encore moins justifier. La victime de ces coups de feu policiers se nomme Clifford Esther. Il est connu dans les milieux sportifs pour avoir entraîné le FUEL Youth et le Racing Club de Maurice. Un bulletin de santé fait état de dommages cérébraux.
Clifford Esther fait partie d?une bande de jeunes campant dans un bungalow loué par une Allemande, Margaret Lang, à un cadre de l?Institut de pédagogie. Ils racontent : Il est environ 5h30 du matin quand ils entendent frapper à la porte. Ils découvrent alors que le bungalow est cerné par des policiers armés. Ils ouvrent la porte pour savoir de quoi il en retourne. Des policiers ne leur en donnent pas le temps et se ruent à l?intérieur du bungalow n?hésitant pas à bousculer ses occupants. Ils se ruent dans les différentes pièces du logis. Des policiers demandent alors à l?Allemande si elle sait qu?elle héberge de dangereux criminels.
Margaret Lang, que la police retient dans le salon, entend soudain un coup de feu. Elle se rue dans cette direction et découvre Clifford Esther gisant inconscient dans une mare de sang dans le couloir. Les policiers présents autour du cadavre ont l?air désemparé et penaud. On la ramène brutalement dans le salon. Elle parle d?un policier quittant le bungalow en faisant, comme dans les meilleurs westerns, des moulinets avec son arme à feu. Même la Gestapo ne faisait pas preuve d?une telle désinvolture. Elle est catégorique : Clifford Esther n?était pas armé. Il ne portait, en fait, que ses sous-vêtements au moment où on lui tire une balle en pleine tête.
Patrick Ah Quah, autre occupant du bungalow et cousin de Clifford Esther, n?en croit pas ses oreilles quand des policiers parlent de lui comme d?un dangereux chinois recherché de longue date par toutes les polices de Maurice. Il est brutalement menotté les mains derrière le dos et brutalisé sans ménagement. On lui demande grossièrement : Sylvio kotté ? Il répond ne connaître aucun Sylvio. On le menace en brandissant un revolver contre sa tempe. Des crises fusent : ?Nous clate toi !?
On les conduit dehors. Ils entendent des policiers qui parlent entre eux et qui disent : ?Dans de semblables raids, il faut garder son calme. Les policiers qui paniquent déshonorent la police mauricienne.? A la police de Rivière Noire, un haut gradé parle de regrettable malentendu. Il explique que les occupants du bungalow sont tous connus des policiers postés à Rivière Noire.
Malentendu ou pas c?est un Clifford Esther, entre la vie et la mort, que la police doit conduire à l?hôpital, avec ménagement pour une fois.
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