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Ringadoo dévalue la roupie de 30 %
Nous dévoilons aujourd’hui, sur cette place d’Armes tant décriée, entre autres, par les milieux travaillistes, un buste de Sir Veerasamy Ringadoo, notre ministre des Finances de 1968 à 1982. Ce dévoilement coïncide curieusement, à deux jours près, avec le 25e anniversaire de la dévaluation de 30 % de la roupie mauricienne du 24 octobre 1979. L’Histoire a de ses ironies …
Cette dévaluation de 30 % couronne une année civile 1979 particulièrement fertile en événements économiques et politiques de grande importance : démission de deux ministres, publication du rapport Glover sur ces derniers, les trois discours budgétaires de Ringadoo, la journée de désobéissance civile, les blocages répétés du port mettant en péril la récolte sucrière, les grèves du mois d’août, l’attente intolérable des navires en tête de rade, les flambées de violence à Port-Louis, la grève de la faim, les émeutes et prises d’otages à la prison.
La dévaluation de 30 % s’accompagne bien sûr d’autres mauvaises nouvelles pour l’économie nationale : compensation salariale de 13 % pour atténuer les effets inflationnistes, réduction substantielle des subsides sur le riz de ration et sur la farine, hausse des taux d’intérêt bancaires de 1,5 point, augmentation de 10 % (à 17,5 % en moyenne) du droit de sortie sur les exportations sucrières, une taxe additionnelle sur les hôtels. Et encore, il ne s’agit que d’une première série de mesures entrant en vigueur immédiatement.
Banque mondiale et FMI campent à l’Hôtel du gouvernement et décideront d’autres mesures que devra entériner le gouvernement travailliste. Il faut, toutefois, préciser que ces deux gendarmes économiques internationaux accordent à l’économie une bouffée d’oxygène sous la forme d’un prêt de Rs 730 millions, à des taux d’intérêt conciliants. Ils imposent toutefois une réduction du déficit budgétaire de 20 %.
Ringadoo estime que nos difficultés financières sont dues à un niveau élevé des dépenses gouvernementales, à des augmentations salariales substantielles depuis 1974, à la hausse continuelle du volume et du coût de nos importations, à la réduction des revenus sucriers depuis 1975, à une situation économique internationale difficile, à l’inflation mondiale, à la fluctuation défavorable des taux de change, au protectionnisme croissant au niveau du commerce international, à la chute vertigineuse des réserves du pays en devises étrangères.
La valeur de la roupie est désormais fixée à Rs 10 pour une unité de droit de tirages spéciaux (SDR) au lieu de Rs 7.7137, comme cela était le cas avant le 24 octobre 1979.
L’expansion du crédit bancaire est limitée à un plafond de Rs 705 millions pour l’année 1979.
Le gouvernement rétablit le rationnement du riz subventionné à raison de 200 grammes au lieu de 250 grammes par adulte et par jour.
La réaction à cette dévaluation inattendue, pourtant programmée de longue date ne se fait pas attendre. Paul Bérenger annonce tout de suite que le Mouvement militant mauricien combattra énergiquement ces mesures. Il fera tout pour maintenir le pouvoir d’achat des Mauriciens. La FSSC parle de “coup de massue” assommant contribuables, consommateurs et salariés. M. Jean-Claude Montocchio, secrétaire de la Chambre de commerce et d’industrie parle de revanche de l’économie. M. Philo Blackburn de l’association des contribuables y voit le prix de l’irresponsabilité de la population mauricienne.
Les milieux d’affaires et les cadres d’institutions financières examinent à la loupe les mesures annoncées. Ils s’inquiètent de l’absence de toute indication crédible de modération dans les dépenses gouvernementales, de celle de toute mesure pour mettre fin à la situation anarchique existant dans le port et qui paralyse l’économie. Ils déplorent que rien, dans le package deal, n’incite le pays à une production accrue. L’investissement est directement entravé par l’absence de rentabilité des entreprises. Ils concluent que les propos de Ringadoo sont davantage inquiétants que rassurants en raison d’imprécisions trop nombreuses.
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