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Rien n?est joué

19 décembre 2003, 20:00

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«Fifty-fifty». A hier soir, c?est encore le sentiment qui se dégageait des déclarations des uns et des autres. Vingt-quatre heures avant la partielle, rien ne semble encore joué. La joute entre l?opposition et l?alliance gouvernementale reste serrée. Trois ou quatre villages, dont l?Espérance-Trébuchet, serait majoritairement travailliste, mais l?alliance gouvernementale feraient la différence avec les votes des autres régions, disent les observateurs. Rien n?est sûr pourtant. La difficulté à sonder avec exactitude l?électorat tient à la grande discrétion de l?électeur, ceux qui affichent franchement leurs affinités étant une infime minorité. Une discrétion que l?on appelle communément «sous-marin».

Le phénomène est observé de part et d?autre. Jeudi dernier, 17 heures, Piton-Centre, un cortège de BMW avec motards en tête traverse la localité à très grande vitesse. Un homme d?une soixantaine d?années barbe blanche mal rasée, regarde avecindifférence ce déploiement. Pour lui, l?affaire est entendue :le Parti travailliste sortira victorieux du scrutin de dimanche.

Planteur de cannes de la localité, il est volubile sur les raisons de cette «victoire». «Les prix ont augmenté de façon considérable ces dernières années. Bien dir quand ou faire ou ration la fin di mois. Tout prix pé augmenté» Voter MSM-MMM, disent les électeurs ouvertement travaillistes, c?est donner carte blanche au gouvernement pour augmenter les prix et imposer la taxe rurale. D?ailleurs, les affiches PTr placardées dans toute la circonscription annoncent que «taxe rurale pé vini». Pour notre interlocuteur, le choix est clair.

Sur ces entrefaits se pointent trois BMW. C?est un ministre avec son escorte qui ralentit. Le dos tourné à la rue, notre homme neremarque rien. Le ministre, ayant aperçu deux journalistes,s?arrête, baisse la vitre de la portière arrière pour s?enquérir de«la situation». L?homme se retourne, aperçoit la personnalité politique, se dirige d?un pas décidé vers la voiture et s?adresse à elle : « ça missié là-bas là pé rode ou pou ène réunion privée. C?est moi ki responsable ça base MSM divan là. »

Incroyable retournement de casaque ! Mais est-ce vraiment un retournement ? Etre sous-marin, on l?aura compris, c?est s?afficher pour un parti, le MSM-MMM en général, participer aux réunions et meetings, mettre sur pied des « bases » dans le but d?en tirer des gains financiers pour finalement voter l?adversaire. Car il faut,selon eux, envoyer un signal au gouvernement. Peut-on quantifier le nombre de « sous-marins » ? Bien malin celui qui y parvient.

A entendre les chauffeurs de taxis de l?endroit, qui pourraient représenter un bon baromètre, l?électorat serait plutôt hésitant. «Il y a trois types d?électeurs, explique le chauffeur Beebeejaun de Rivière-du-Rempart. Il y a ceux qui sont frustrés, ceux qui se laissent gagner par l?argument communal et ceux qui votent à chaque élection et qui n?obtiennent jamais rien. Ils ne savent pas encore ce qu?ils feront.» Analyse un peu vague qui laisse dans le flou. Mais il ajoute : « Des frustrés en attirent d?autres. Restent à savoir combien pourraient être comblés?. », sous les regards approbatifs de ses compagnons.

Les électeurs calculateurs sont aussi au rendez-vous. « Il y a dans cette circonscription un seul ministre, le député correctif qui est ministre. Après le départ de Sir Anerood Jugnauth, il nous faut un Senior Minister pour s?occuper de cette circonscription. C?est pour cette raison qu?il faut voter le candidat Maunthrooa du MSM-MMM.» Cette réflexion d?un industriel de Piton résume celle qui motiverait les électeurs favorables au MSM-MMM. Les bénéfices qu?ils espèrent tirer de l?élection de Maunthrooa semblent être à la base de leur choix. On peut deviner de quels bénéfices il s?agit : de développement de la circonscription, certes, mais également d?offres d?emplois, de promotions, d?octroi de divers permis ou patentes.

L?alliance gouvernementale, qui a effectivement joué, entre autres cartes, celle des avantages d?une « victoire » de Prakash Maunthrooa, est convaincu d?avoir progressé grâce à cet argument. Mais la joute reste serrée. L?on s?achemine sans doute vers des résultats proches de ceux de septembre 2000.

Une différence de 1 581 voix séparait le candidat du MSM-MMM de celui du PTr. Il n?est toutefois pas dit lequel des deux blocs aura l?avantage.

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