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Retraite à l?ombre de la canne
À l?orée de Saint-Pierre, les épaisses volutes de vapeurs rejoignent le ciel. Quinze jours déjà que la coupe a repris ses droits à Mon-Désert-Alma, usine où 430 employés ont accepté le plan de retraite volontaire (VRS). Que font ces derniers ? Comment gèrent-ils leur vie sans le contact habituel avec la canne, la terre et le sucre ?
La première vague de VRS en 2001 a touché les hommes de plus de 55 ans et les femmes de plus de 50 ans. En contrepartie, ils ont reçu une lump sum équivalant à deux mois de salaire par année de service de même qu?un lopin de sept perches.
Les destins diffèrent pour trois retraités que nous avons rencontrés : Dharmraj Tulloo, 62 ans, sirdar, s?est reconverti en boutiquier, Kistnasamy Mangapatty, laboureur, est devenu sirdar à mi-temps sur la même propriété et Jagmanee Periasamy, 52 ans, laboureur, se la coule douce à la maison.
Rs 600 000 en poche
Dharmraj Tulloo, le dos douloureux au moindre faux pas, visage buriné, 39 ans de service, a touché un joli pactole. Pensionné, propriétaire d?un commerce qui lui permet de joindre les deux bouts, il se réjouit encore de cette opportunité inespérée. Quand il part en 2001, à six mois de l?âge de la retraite, c?est avec quelque Rs 600 000 en poche, une somme toujours disponible. ?C?est l?avantage de partir après l?âge de 55 ans?, dit-il, assis en face du bloc administratif de l?établissement, près d?une fontaine, non loin des broyeuses de cannes. ?A l?époque, nos pères et grands-pères, après un temps de service plus long, n?ont touché que Rs 800 et une pension mensuelle de Rs22?, se rappelle l?ancien sirdar.
Alors que ses collègues d?antan se démarquent dans la vaste cour par leur tenue, Kistnasamy Mangapatty porte toujours ses bottes de travail, sa casquette et son survêtement. Agé de 59 ans, il est désormais employé sur une base saisonnière par Mon-Désert-Alma, représentant huit mois de travail par an. Il est toujours en contact avec la canne et l?établissement sucrier auquel il doit tant, en compagnie d?autres retraités et laboureurs. Il ne regrette pas d?avoir opté pour le VRS. ?Je suis parti deux mois avant l?âge limite de 55 ans. J?ai eu Rs 225 000 en moins. Mais j?ai pris ma retraite car, en contrepartie, j?ai eu le lopin de terre que je pourrais vendre pour récupérer bien plus que la somme perdue?, explique-t-il.
Mieux loti qu?avant
Avec du recul, les deux hommes estiment avoir pris la bonne décision. Car maintenant on nage en pleine incertitude. Les conditions prévalant dans l?industrie sucrière n?accordent pas de meilleurs avantages à la retraite. Bien que relativement mieux loti qu?avant, Dharmraj Tulloo s?apitoie toujours, non pas sur son sort, mais sur celui des autres : ces employés qui n?ont pas opté pour le VRS et qui attendent de meilleures conditions dans la deuxième vague. C?est peu probable qu?ils obtiennent plus. ?Ils sont proches de 60 ans. Ils partiront avec trois-quarts du salaire mensuel par année de service. Ils n?auront pas de lopin de terre?, dit-il.
Jagmanee Periasamy, pour sa part, ne se soucie guère de ces embrouilles financières. Le VRS lui a permis de ranger pioche, serpe et bottes. Un rêve devenu réalité en quelque sorte car elle en avait envie depuis longtemps. Ses journées, elle les passe à la maison. Mais il y a une habitude dont elle n?a pu se débarrasser : se réveiller tôt le matin?
Les chargements de cannes affluent vers la broyeuse. L?odeur sucrée adoucit son monde. Mais pas l?Union européenne?
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