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Retour à la «terre des larmes et de la sueur»
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Retour à la «terre des larmes et de la sueur»
Relier la grande terre à l?île minuscule. Tisser les liens de sang, les liens de la terre. Les liens indéfectibles. Ceux que ni les siècles, ni les souffrances n?ont effacés. Défi d?Alain Gordon-Gentil dans Venus d?ailleurs, l?aventure de l?immigration indienne. Traversée racontée hier soir, lors du lancement du film éponyme, au cinéma Star.
«Faire le tour de nos traces.» Avec le concours de David Constantin, le journaliste et romancier raconte l?immigration indienne en 52 minutes. Avec une double perspective. Celle du réalisateur qui fait lui-même le voyage à rebours et qui n?en revient pas indemne.
En parallèle, des témoins privilégiés face à la caméra : Cassam Uteem, ancien président de la République; Goorooduth Chuttoo, ancien policier et magicien. Point commun : ils sont retournés au Bihar, à la recherche de leurs racines. Prenant en pleine figure le «tréfonds de la misère» dans laquelle vivent ces citoyens-cousins.
Des récits qui disent tous merci. Gratitude éternelle à l?ancêtre qui osa affronter le «kala pani» (l?eau noire), pour monter les marches de l?Aapravasi Ghat. Pas à pas, Venus d?ailleurs, l?aventure de l?immigration indienne prend son temps pour dire les choses. Le temps d?entendre rouler la voix du narrateur Yves Herman. Celui d?écouter les explications de l?historienne Vijaya Teelock. Celles de l?écrivain Natacha Appanah, indifférente à l?histoire des engagés, jusqu?à l?écriture des Rochers de Poudre d?Or.
Avant la projection, le concepteur expliquait qu?il n?avait aucune prétention historique. Alain Gordon-Gentil a tenu parole. Son film se déroule, avec un rythme qui pourrait être celui des marées. Avec des plans souvent fixes. Avec force gros plans qui insistent sur les visages marqués par la misère, sur des pieds nus. Le film raconte. Il ne dévoile pas. Il ne fait ni leçon, ni démonstration. Juste parfois incantation.
Il laisse parler les gens. Dans leur langue. Dans le créole de Goorooduth Chuttoo. Dans l?anglais des deux fils de Manilall Doctor. Un documentaire qui s?appuie sur des dates repères et une profusion de documents d?archives. Dont le témoignage du «bolom» Ramgoolam, recueilli à l?époque par le Dr Kissoonsingh Hazareesingh. Images qu?Alain Gordon-Gentil a retrouvées dans les archives de la MBC.
A l?issue de la projection, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, devait qualifier le film documentaire d?«émouvant» et de «bien balancé». Invité à dire s?il ira au Bihar, terre de son ancêtre Mohit, il dira avoir reçu l?invitation du ministre bihari Nitish Kumar, qui était récemment en visite chez nous pour «met enn stati SSR laba». Le DVD de Venus d?ailleurs est en vente à Rs 1 000.
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