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Requiem pour les requins
Le mythe du requin mangeur d?hommes a la dent dure? et tranchante. Prononcer son nom suffit à évoquer ces images terrifiantes de squales dévorant, dans un bain de sang, d?innocents nageurs. Des images largement entretenues par le film, désormais culte, Les dents de la mer. Et la récente attaque survenue à la Réunion contre un surfeur n?a fait qu?ajouter à la psychose ambiante.
Pourtant, au risque de briser cette légende, ces poissons sont loin d?être les animaux les plus dangereux au monde. Au contraire. Les études montrent que le moustique Anopheles gambiae, principal vecteur du paludisme, remporte de loin la palme de la dangerosité. Avec deux millions de morts par an dans le monde, contre une trentaine pour le requin, il peut se prévaloir de sa réputation d?insecte tueur.
Inutile donc de céder à la panique, en particulier à Maurice. « Il y a eu plusieurs attaques à la Réunion au cours des dernières années mais ici, c?est très rare. Demandez aux hôpitaux », lâche Eugène Vitry, photographe au Blue Water Diving Centre de Trou-aux-Biches. À cela, plusieurs explications dont la topographie du pays, bien différente de celle de l?Ile s?ur : « À Maurice, il y a beaucoup plus de lagons qu?à la Réunion. Donc les requins s?approchent moins des côtes car ils préfèrent les eaux profondes et assez froides, très riches en oxygène », explique Vassen Kauppaymuthoo, océanographe, ingénieur en environnement et plongeur professionnel.
Et pour Eugène Vitry, les attaques sont souvent imputables au comportement même des baigneurs : « Les requins sont des animaux timides. Mais à la Réunion, ils sont excités par les nombreux surfeurs qu?ils confondent avec leurs proies ». C?est ainsi qu?on recense, en moyenne, une attaque par an à la Réunion. Et certaines, comme celle du 20 août dernier, sont mortelles.
Malgré ces faits, une certitude demeure : le requin est beaucoup plus menacé que menaçant. Si, d?après Vassen Kauppaymuthoo, aucune étude n?a été menée pour déterminer la population de requins autour de Maurice, leur nombre est cependant en constante diminution.
« Avant, au Rempart-L?herbe, dans le sud-ouest, on pouvait compter une cinquantaine de requins. Maintenant, ils sont beaucoup moins nombreux. C?est inquiétant car certains, comme le grand requin blanc, sont protégés. » Même son de cloche de la part d?Eugène Vitry, qui déplore la quasi-disparition de ces squales à la fosse aux requins, autrefois très fréquentée.
Et tous deux de dénoncer une pêche parfois barbare : « Maurice exporte beaucoup d?ailerons de requins. Mais certains pêcheurs leur coupent seulement les nageoires et l?aileron à vif avant de les rejeter mourants à l?eau », insiste Vassen Kauppaymuthoo.
Une affirmation que cherche à minimiser Benjamin Moutou, historien, ancien conseiller au ministère de la Pêche et ex-responsable du secteur coopératif. Pour lui, la pêche aux squales est « une activité marginale qui ne peut être responsable de la baisse du nombre de requins ». Une baisse qui, pour ces spécialistes, demeure toutefois préoccupante pour la préservation de l?écosystème marin.
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