Publicité

rentrée scolaire : c?est La course

7 janvier 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Cela fait bien cinq minutes qu?elle a disparu derrière le rideau à petits carreaux. Restée hors de la cabine d?essayage du School Shop, la mère de Kastina palpe des blouses d?écolière. Le nez touchant presque le rideau, elle demande plusieurs fois : «Li bon là ?» Elle calcule mentalement le coût des tuniques bleu marine de «deux centimètres au-dessous du genou».

La mère de famille insiste. Le 17 janvier, Kastina, fille unique, fera sa rentrée en Form I au Dhunputh Lallah SSS. Les formulaires du collège l?ont spécifié. L?uniforme doit cacher la rondeur juvénile des genoux des collégiennes. «Je tiens à ce que ma fille respecte les règles de son école. C?est une question de discipline.»

Les cheveux ébouriffés, le sourire de travers, la collégienne émerge du cocon de tissus. Enfin. Les yeux baissés, elle fixe ses mains qui rajustent le col. Sa mère, Geeta Udhin, se précipite pour l?aider. «Li bon là ? To pa sere enba lebra ?» Lui demande de «vire», passe un doigt sur la couture des faux plis avant de consulter du regard la vendeuse. En retrait, la grand-mère de Kastina a dans les yeux toute la patience du monde.

L?air conditionné a séché les gouttes de sueur sur son front et son menton. Dans sa paume, son mouchoir roulé en boule est prêt à servir. A nouveau. En cas de besoin. Elle a fait, sans se plaindre, le trajet de Mon-Désert-Mon-Trésor jusqu?à Quatre-Bornes. Tout en cherchant confirmation auprès d?elle, sa fille Geeta nous confie, «Mes nièces ont l?habitude de venir ici. Elles m?en ont parlé et je suis venue?»

Cette famille n?est pas la seule à avoir choisi l?enseigne quatrebornaise. En une demi-heure, la porte d?entrée n?aura pas connu de répit plus de trois à quatre minutes. La queue s?allonge devant la caisse. On surveille jalousement son tour pour entrer dans la cabine d?essayage.

<B> UN PEU GÊNÉE AUX ENTOURNURES </B>

Le plus souvent, c?est la mère de famille affairée qui pousse le battant d?une main décidée. Dans son ombre, une jeune fille nonchalante, l?air faussement détaché. La voix un peu autoritaire, la mère demande à l?une des vendeuses du School Shop, «Ou ena iniform ?» Suit alors le nom du collège. Lancé de manière sonore, comme une fierté de plus. Dit tout bas, comme une douloureuse réponse.

En notre présence, trois élèves du Sodnac SSS défileront devant le miroir. Pendant que les mamans ? qui de toute évidence sont aussi des copines ? papotent, les collégiennes se poussent du coude devant le miroir. Un peu gênées dans ce vêtement neuf qu?elles auront tout le loisir d?apprivoiser, elles le jaugent, le jugent, l?évaluent, l?apprécient. Elles se laissent convaincre par la voix persuasive des vendeuses de choisir un chou assorti à l?uniforme.

Au School Shop, il faut compter entre Rs 200 et Rs 295 pour les tuniques et de Rs 60 à Rs 90 pour les blouses. Le magasin se charge des éventuelles retouches. Geeta Udhin passe à la caisse. Sort une liasse de billets rose, mauve et vert. Total : Rs 760. Nous lui emboîtons le pas jusqu?au parking du magasin. «Pri la ok. Enn modis ti pou pran mwa mem som.»

L?ambiance est nettement différente chez Petronic à la rue Jummah-Mosque, Port-Louis. Là, les uniformes sont disposés dans du plastique, entre des rangées de bouddhas en porcelaine. Dans la vitrine une poupée, habillée comme un petit écolier, fait les yeux doux à un énorme singe en peluche.

Protégé de la foule qui se presse contre le comptoir, par ses parents, le petit Josh montre des signes d?agacement. Il refuse tout net de passer son bras dans la manche d?une chemise rose que sa mère lui tend. C?est qu?il transpire déjà abondamment dans son t-shirt Ti Mambo. Sa maman, perchée sur ses hauts talons, le secoue un peu sous le regard un peu vague du père. «To krwar mo bizin pran enn nimero pli gran ? Li pou grandi non ?»

<B> «CHER PAYÉ MAIS OBLIGÉ...» </B>

L?essayage se fait à la va-vite sur les vêtements de ville. Le temps de s?assurer que l?échange est possible, la petite famille retrouve la chaleur écrasante des trottoirs de Port-Louis. «Rs 230, c?est cher pour deux blouses et un short d?enfant de maternelle. Mais on est obligé.» Depuis 40 ans que Petronic existe, le magasin s?est fait une renommée certaine. Le temps de jongler avec sa calculatrice, ses nombreux coups de téléphone et les clients qui s?impatientent, Grace Li, la propriétaire lâche : «Mo pa konpran kifer tou le lane, dimoun atann dernie ler.»

Question prix, elle confie : «Loret, bann iniform a caro en zeneral mwoin ser parski li an viscoz.» Il faut compter Rs 200 pour les uniformes quadrillés et Rs 300 pour les autres modèles.

A livre ouvert

Les temps sont durs pour Guy Alain Niclair. Arrivé devant la librairie Antara à Quatre-Bornes, il ne prend même pas le temps d?enlever son casque de motocycliste avant de foncer vers la porte d?entrée. En cette période de fête, il est pressé de rentrer chez lui à la route Bois-Chéri, Moka, où il doit recevoir des amis.

Le temps d?être servi et le voilà déjà qui repart avec un large sourire édenté. Qu?à cela ne tienne, il a tout trouvé. «La chance est avec nous.» Sa fille, la timide Gulliana commencera l?année scolaire en «Form I» au collège Eden. La facture : Rs 825. «Mo pa en moyen, mo prefer liv segon main.» Un sac en plastique engourdit petit à petit les doigts de Gulliana. Il contient son uniforme flambant neuf. «En tout, l?uniforme et les livres m?ont coûté Rs 1 300.»

Comme lui, ils sont nombreux les parents qui optent pour ces livres où «parfoi zenfan finn ekrir repons». Leur critère d?achat : que le livre soit en bon état.

C?est aussi la ligne directrice de Prithvi Fowdur, ancien économiste au ministère du Plan, reconverti dans la vente de livres de seconde main. L?air engageant, il nous entraîne dans l?arrière-boutique. Il nous montre fièrement ses étagères où fleurissent des éditions rares de livres de sociologie. Ses mains nerveuses feuillettent les livres, les soupèsent, histoire de nous prouver qu?ils sont comme neufs, sans ratures et prêts pour une nouvelle vie.

«Le prix du livre de seconde main ? dépendant de la demande - ne dépasse pas les 60 % du prix du livre neuf. C?est sûr que nous sommes là pour faire du business mais nous avons aussi une vocation sociale : permettre aux défavorisés d?accéder à l?éducation. C?est pour cela que nous essayons de promouvoir une culture du respect du livre pour que les gens puissent les échanger ou les revendre.»

Publicité