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Renouvellement sans fla-fla
Moins de tension cette année pour le renouvellement des conseils de districts. Et pour cause. Les équipes proches de l?Alliance sociale ont pratiquement fait le plein dans les quatre zones rurales classifiées en conseils de districts. Même si dans certains cas, des têtes d?affiche ont mordu la poussière, notamment à Bambous où Hervé Aimé, ancien député rouge, n?a pu se faire élire comme conseiller de village. Autre défaite surprise, celle de Jean Philippe Étienne, président du parti mauricien Xavier Duval (PMXD). Il était candidat à Grand-Gaube. Dans l?ensemble cependant, les proches de l?Alliance sociale contrôlent les quatre conseils de districts. Un fait qui n?est pas contesté par les deux principaux partis de l?opposition.
À défaut de concéder la défaite, ils affirment avoir laissé quartier libre à leurs activistes. Le leader de l?opposition considère que c?était un «non-event politique». Rajesh Bhagwan, député d?une circonscription mi-urbaine? mi-rurale, qui a pourtant sillonné une partie de sa circonscription, affirme cependant que le Mouvement militant mauricien (MMM) s?est tenu à l?écart de cette joute. Il en est de même de Pravind Jugnauth. Le leader du Mouvement socialiste militant (MSM) se dit cependant « agréablement surpris des résultats obtenus dans quelques localités » par des proches de son parti. Mais il concède que ces élus ne sont pas en mesure d?influencer le choix des présidents de conseils de districts.
<B>« Promouvoir la causedes femmes »</B>
Si les grandes man?uvres n?ont pas encore débuté, ceux qui siégeront dans les quatre conseils n?étant pas connus, il n?en reste pas moins que les choses sont plus ou moins réglées en ce qui concerne le Nord et l?Ouest. Selon le calendrier provisoire, tout devrait être finalisé avant la St-Sylvestre. Dans les quatre conseils, on avance la date du 29 pour l?élection des présidents et vice-présidents. Mais il s?agira surtout d?agencer les séances pour permettre à des personnalités politiques d?y assister.
Au conseil de Pamplemousses?Rivière-du-Rempart, il est très probable que la présidence soit confiée à Sandhya Boygah (voir portrait ci-dessus). Si cette décision est entérinée, ce sera la première fois qu?une femme accède à un tel fauteuil. À ce jour, la plus haute responsabilité confiée à un élément féminin au sein de ce conseil de district, a été la vice-présidence.
Un dirigeant du parti Travailliste (PTR), qui a suivi de près les villageoises, affirme que ce parti entend installer une dame à la tête du conseil du Nord pour démontrer «sa volonté de promouvoir la cause des femmes». Un tel choix en faveur d?un élu de Rivière-du-Rempart constituerait aussi un clin d??il à cet important village du Nord pour sa contribution à l?élection de Rajesh Jeetah à la partielle de décembre 2003. Élection qui avait, en quelque sorte, sonné le réveil du PTR dans la circonscription.
Pour ce qui est d?une présidence féminine, il convient de noter que le conseil de district de Rivière-Noire a été, en quelque sorte, le précurseur dans ce domaine. Il a, à deux reprises, choisi de faire confiance aux dames, notamment à Danièle Perrier et à Arlette Labonne. À l?Ouest, tout semble indiquer que la présidence ira à un proche du PMXD, Christian Lafraisière, qui a été le chef de file du groupe majoritaire à Albion. En ce qui concerne l?Est, on attend de connaître l?identité de ceux qui seront désignés conseillers de district avant de se prononcer sur l?éventuel président. Mais il y aurait de fortes chances que le président vienne d?un village situé dans la circonscription de Moka?Quartier-Militaire.
Selon un arrangement datant de 1996, la présidence du conseil de district est confiée en alternance entre les trois circonscriptions tombant sous la juridiction de Moka?Quartier-Militaire. Le président sortant vient de Montagne-Blanche?GRSE. Son prédécesseur représentait un village situé dans la circonscription de Flacq?Bon-Accueil. Selon une telle rotation, le prochain devrait venir de Moka?Quartier-Militaire.
Avec l?installation des quatre conseils de districts, l?Alliance sociale rayonne à l?hôtel du gouvernement et sur toutes les collectivités locales. Une influence qui ne lui donne aucun droit à l?erreur.
<B>Taxe d?habitation : une bouée de secours en veilleuse</B>
Comme un serpent de mer, elle revient après chaque législative, quand les moyens de lever des fonds publiques sont abordés. Quelques « fuites » sont organisées dans la presse et l?on « teste » l?opinion publique. Le gouvernement du jour refuse d?en assumer la responsabilité alors que son opposition, vierge effarouchée, crie au loup. Sans le moindre débat sur la question, cet enjeu est repoussé sous la moquette. Telle semble être la destinée de l?introduction de la taxe d?habitation en milieu rural.
« Nous sommes assis sur une mine d?or. Il y a tant de recettes fiscales à récupérer des habitations se trouvant en milieu rural que l?on pourra diminuer considérablement la dotation gouvernementale aux conseils de districts. Et Dieu seul sait ce que l?État pourrait faire de cette manne qu?il alloue aux conseils de districts ? », avance tout de go un ministre du précédent gouvernement.
Inutile de se leurrer : les conseils de districts delivrent les mêmes services, souvent de meilleure qualité que dans les villes. Fait qui n?est nullement contesté. Tant au niveau de la voirie que de l?éclairage public, en passant par l?entretien des voies et espaces publics, les services offerts par l?ensemble des conseils de districts ont fait de remarquables progrès qualitatifs ces dernières années.
Ce qui, semble-t-il, attire de plus en plus de citadins fortunés, « séduits » par cette qualité de vivre campagnarde. D?où les nombreux petits et grands châteaux construits ces cinq dernières années dans des morcellements « pour riches ». Rivière-Noire, Tamarin, Flic-en-Flac, Baie-du-Tombeau, Trou-aux-Biches, Péreybère, Saint-Antoine, Mapou, Villebague et, prochainement, Ebène? Autant de nouveaux morcellements qui, s?ils étaient situés en ville, auraient rapporté plusieurs centaines de millions de roupies en taxe d?habitation.
Un ancien « Government Evaluator » que la question intéresse, estime que la valeur des maisons construites chaque année dans les zones couvertes par les conseils de districts est « au minimum » de Rs 2 milliards. Devant la difficulté d?accéder aux chiffres officiels quant à la valeur totale des différentes habitations construites en région rurale, cette estimation « conservatrice » est partagée par plusieurs cadres des quatre conseils de districts. Quelle serait alors la somme qui pourrait être recueillie si les mêmes taux moyens de taxe d?habitation appliqués dans les villes frappaient également les propriétaires de ces maisons se trouvant en région rurale ? Les estimations varient entre Rs 1,8 milliard et Rs 2,5 milliards par an. Nous sommes donc assis sur une mine d?or.
Pour pouvoir en bénéficier, l?État devrait rapidement investir dans la création d?un registre cadastral national. Ce qui nécessiterait, selon un ancien haut cadre d?un conseil de districts, un budget total de Rs 120 millions. Ce travail mobiliserait une centaine de personnes chargées d?effectuer un relevé cadastral de tout le territoire mauricien. Travail qui prendrait, selon nos informations, quatre mois. Et deux mois additionnels pour l?informatisation de toutes les données.
Fort de ce registre complet et facilement mis à jour, les collectivités locales, tant urbaines que rurales, pourront facilement calculer la taxe immobilière imposable à chaque logement. Et décider de manière cohérente ceux qui en seront exemptés.
Dans le cadre d?une vraie « démocratisation » des collectivités locales, les budgets des différents conseils de districts et mairies seront ainsi financés par la taxe d?habitation. Permettant à ces collectivités d?être autonomes des pouvoirs publics ? car il faut savoir que le « grant-in-aid » gouvernemental représente presque l?intégralité des recettes des collectivités locales. L?infime recette étant représentée par les « Licence et Scavenging Fees » ainsi que par la « Entertainment Tax ».
Cependant, se soustraire au financement des pouvoirs publics équivaut à plus d?indépendance de ces mêmes pouvoirs. Ce que nos gouvernements successifs n?ont jamais pu tolérer. Une démocratie régionale de qualité n?est qu?un slogan de campagne jamais traduit dans les faits.
Avec une manne estimée entre Rs 1,8 et Rs 2,5 milliards, la palette et la qualité des services que pourront offrir les conseils de districts seront plus étendues. Et le poids des députés, PPS et autres ministres diminuera. Car comment pourront-ils demander aux conseils de lever leurs propres fonds tout en contrôlant, à l?hôtel du gouvernement, leurs moindres sou et projet ?
Force est de constater que le demi-milliard de subventions annuelles du gouvernement aux collectivités locales est loin d?être suffisant. Mais, demander à un habitant de région rurale de s?acquitter d?une taxe d?habitation, comme son concitoyen des villes, est un exercice qui demande beaucoup de courage politique. Denrée qui manque cruellement tant à toute notre classe politique.
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